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Une retraitée : "À la banque alimentaire, je mets mon orgueil de côté"

le Lundi 2 Avril 2012 à 07:15
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Chaque lundi avant la présidentielle, France Info passe en revue les principales préoccupations des Français à travers l'exemple de deux villes. Aujourd'hui, nous parlons du niveau de vie des retraités. Reportages croisés à Biarritz, où de nombreux retraités aisés profitent de la douceur de la côte basque et au Havre, une ville ouvrière où résident beaucoup de personnes âgées très modestes.

Selon les chiffres de l'INSEE un retraité touche en moyenne 1200 euros par mois. Mais cette moyenne cache des réalités très diverses.

Marion (son prénom a été modifié) touche beaucoup moins. Cette sexagénaire du Havre n'a pas une retraite complète. Elle a commencé à travailler sur le tard, après son divorce. Elle a enchaîné les contrats, tour à tour femme de ménage, secrétaire, animatrice de centre aéré. Et à l'arrivée, à bientôt 61 ans, sa pension est très maigre : "Je touche 720 euros par mois. Si on enlève le loyer de 500 euros, l'électricité, le téléphone, la mutuelle, je ne mange pas. Je suis obligée d'aller aux Restos du cœur. Et encore, le soir, je mange juste une soupe."

"Les Restos du cœur, la première fois que j'y suis allée, j'en ai pleuré."

Marion, malgré la pauvreté ne baisse pas les bras. Pour améliorer un peu son quotidien, elle fait quelques heures de ménage au noir : "J'ai un peu honte, mais c'est la seule solution pour survivre, je ne suis pas la seule dans ce cas. A force de récurer les toilettes et de lessiver les murs, je suis usée."

En dépit de la fatigue, cette retraitée toujours élancée s'efforce de rester dynamique. Elle court les friperies pour dénicher des robes à tout petit prix. Car elle tient à rester élégante. "Question de dignité" dit-elle. 

Le président de la banque alimentaire du Havre, Jacques Langlois, évoque un autres cas de figure assez fréquent. C'est la situation de certaines femmes veuves qui n'étaient pourtant pas dans le besoin avant le décès de leur mari. Mais ces veuves se retrouvent brusquement en difficulté car elles ne touchent que la moitié de la retraite de leur conjoint décédé.

Pour Jacques Langlois, "elles ont des pensions de réversion très maigres, proches des minimas sociaux. Je connais une personne qui vit dans un appartement assez grand, un T4. Elle ne veut pas le quitter, elle y a tous ses souvenirs. Mais c'est beaucoup de charges. Il ne lui reste plus grand-chose pour la nourriture et elle aussi est obligée de venir nous voir."

Jacques Langlois, président de la Banque alimentaire du Havre, évoque la situation des retraités  
 

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Les questions liées à la santé

Dominique Passavant accueille plusieurs dizaines de retraités dans l'un des plus gros centres des Restos du Coeur du Havre. Beaucoup se privent de soins : "On voit des gens qui arrivent chez nous et qui ne parviennent pas à bien lire les papiers qu'on leur donne. Leurs lunettes ne sont plus adaptées à leur vue, mais ils n'ont plus les moyens de les changer."

On estime qu'en France, environ 10 % des retraités vivent en dessous du seuil de pauvreté. Avec moins de 900 euros par mois.

Biarritz, symbole de la retraite dorée

Pour les membres du club des Ours blancs de Biarritz, la retraite s'apparente à une longue période de vacances © Radio France Florent Guyotat

Sur le sable soigneusement ratissé de la plage du Port-vieux, Catherine, 80 ans, est toute bronzée. Elle est membre du club de natation des Ours blancs et se baigne toute l'année.

Cette ancienne antiquaire, qui a longtemps habité à Paris, est déjà en maillot de bain,  prête à plonger dans l'eau plutôt fraîche : "Elle fait autour de 12-13 degrés, ça va. Je me baigne chaque jour une demi-heure, un quart d'heure l'hiver." Pour elle, la retraite est synonyme de vacances.

"C'est le paradis. Et ici il n'y a pas de risque de se faire voler sa voiture, c'est très tranquille, on ne voit pas un flic !"

Et pendant ce temps, à quelques kilomètres de là, à Anglet, Jean-Marc, un ancien cadre d'Air France se félicite lui aussi d'avoir quitté la région parisienne. Sa retraite est de 3800 euros par mois. Il a vendu son appartement versaillais.

Avec sa femme il est venu s'installer dans une belle villa basque : "Je rêvais d'un atelier, je l'ai enfin ! Si nous étions restés à Versailles, pour une maison équivalente, nous aurions dû débourser 900.000 euros, alors qu'ici, nous n'avons payé que 500.000 !" 

Même si les prix de l'immobilier dans l'agglomération de Biarritz restent inférieurs à ceux de Versailles ou de Paris, ils ont très nettement augmenté.

"Comme il y a beaucoup d'acheteurs qui ont de l'argent, c'est logique", explique cet agent immobilier qui souhaite rester anonyme : "Désormais, pour un logement bien situé dans Biarritz, c'est 6.000 euros le mètre carré, contre 3.500 il y a quelques années."

"A 80 %, notre clientèle est composée de retraités. Et ils achètent comptant, pas de crédit !"

Cet afflux de retraités aisés provoque parfois des commentaires agacés de la part de certains jeunes Basques. Ils critiquent les "vieux" Parisiens qui, disent-ils, arrivent sur la côte avec leurs "valises pleines d'or". Avec la montée des prix, de nombreux jeunes actifs ne peuvent plus se loger à Biarritz et vont habiter plus loin dans l'arrière-pays.


 

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Vos réactions sur cette info
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SCHIAVI (anonyme),
Bonjour, En écoutant votre chronique, j'ai été fort surprise que votre journaliste ne souligne pas que si la situation est aussi catastrophique c'est pour une bonne partie à cause de la décote qui touche principalement les femmes. Une année manquante coûte presque 2 années travaillées... Donc vous allez jusqu'à 67 ans, mais si vous en êtes incapable physiquement ou moralement, ou si vous ne trouvez pas d'emploi en tant que senior, vous partez avec une retraite minable!!! Cordialement, MS
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