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Les écologistes tiraillés entre opposition et majorité

le Lundi 20 Août 2012 à 15:50 mis à jour le Mercredi 22 août à 09:55
Par Clara Beaudoux

Trois mois après son entrée au gouvernement, les journées d'été d'Europe Ecologie-Les Verts démarrent ce mercredi à Poitiers. Le parti tente de s'imposer durablement sur la scène politique mais peine à trouver sa place entre opposition et majorité.

Beaucoup de choses ont changé depuis les dernières journées d'été d'Europe Ecologie-Les Verts (EELV) : le parti dispose désormais d'un groupe au Sénat, d'un groupe à l'Assemblée nationale, et de deux ministres dans le gouvernement. Ces nouvelles responsabilités seront au cœur des discussions des journées d'été du parti, qui s'ouvrent mercredi à Poitiers pour trois jours.

Avec son entrée au gouvernement et au Parlement, le parti EELV entre dans une période charnière de son histoire. "C'est de nature à redonner au mouvement écologiste une crédibilité nationale qu'il n'avait plus, ou qu'il n'avait jamais vraiment eu d'ailleurs", estime François de Rugy, co-président du groupe EELV à l'Assemblée nationale. De l'aveu même de son nouveau secrétaire national Pascal Durand, il faut "construire un nouveau mouvement". 

Départ en masse de militants

Certains font référence à la période faste de l'après-présidentielle de 1995, qui - malgré le mauvais score des Verts -  avait été suivie de l'entrée au gouvernement de Dominique Voynet puis d'Yves Cochet à l'Environnement. A cette époque, la formation atteignait des records de popularité. Mais aujourd'hui, le contexte est différent : les enjeux environnementaux sont loin d'être la priorité des Français, davantage préoccupés par la crise économique et sociale.

Et puis, si le parti a su se faire une place dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, il reste marqué par son très faible score à la présidentielle (2,3%) et une campagne, menée par Eva Joly, très critiquée, même dans ses rangs. Le nombre d'adhérents aurait baissé de 50% en une année. 

Surtout, cette entrée au gouvernement ne plaît pas aux militants les plus radicaux. L'eurodéputé Daniel Cohn-Bendit avait été le premier à fustiger la "course aux maroquins". Dernier exemple en date, cinq membres de l'équipe dirigeante d'EELV en Moselle et six de ses anciens candidats aux législatives dans le département ont quitté le parti au mois de juillet.

La crainte de voir le parti se diluer dans la majorité

"En gros, un certain nombre de militants ont l'impression d'avoir été sacrifiés pour obtenir deux postes de ministre et 18 sièges de députés", résume Stéphane Aurousseau, désormais ancien cosecrétaire régional d'EELV en Lorraine. 

"Il y a un risque de déformation du mouvement, qui serait dans la réussite à un niveau institutionnel, et qui en revanche, dans sa base militante, serait un peu perdu", confirme le secrétaire national Pascal Durand. "La difficulté pour Europe Ecologie, c'est la tentation d'être au gouvernement et d'être dans l'opposition en même temps", explique Daniel Cohn-Bendit, qui poursuit :

"On ne peut pas avoir le beurre

et l'argent du beurre !" - Daniel Cohn-Bendit

Pour Noël Mamère, député-maire, "le problème est de savoir si notre présence dans les institutions est un atout pour faire avancer l'écologie ou si on risque de s'embourgeoiser et de se noyer dans les institutions". Mais pour Emmanuel Rivière, de l'institut TNS Sofres, la présence d'écologistes au gouvernement à d'autres postes que l'environnement pourrait justement être bénéfique et permettre au parti de sortir du "carcan du pur environnemental".

"Il ne faut pas que nous perdions notre âme"

"Des écologistes au gouvernement, pour quoi faire ?", ce sera justement le thème d'une des séances plénières organisées lors de ces journées d'été. Les deux ministres EELV, Cécile Duflot (Logement et Egalité des territoires) et Pascal Canfin (Développement), viendront débattre de la question.

"Avec des responsabilités ministérielles, nous faisons pression par exemple" dans le dossier du gaz de schiste, explique également Jean-Vincent Placé, sénateur de l'Essonne. "Le but d'un parti politique est d'avoir des élus", ajoute Yves Cochet, ancien ministre du gouvernement Jospin, mais "en tant qu'écologistes, il ne faut pas que nous perdions notre âme", ajoute-t-il.

Pour certains analystes, le principal obstacle du parti est en fait institutionnel : sans une dose de proportionnelle, promise par François Hollande, les écologistes sont contraints à une alliance avec un Parti socialiste avec lequel ils ne partagent pas un même projet de société.

Les sujets qui fâchent

Le secrétaire national du parti le reconnaît : "nous avons de vraies divergences de projet de société avec une partie de nos partenaires". Ces divergences sont particulièrement notables sur le thème du nucléaire. EELV est partisan d'une sortie totale alors que François Hollande souhaite réduire la part du nucléaire dans la production d'électricité française de 75% à 50% d'ici 2025.

Autre point d'achoppement, cet été, EELV a fait entendre ses divergences avec le gouvernement sur les démantèlements de campements Roms. Pour EELV, ceux-ci "contredisent brutalement une des promesses" du président Hollande (lire le communiqué d'EELV à ce sujet). Mardi matin encore, sur France Info, Pascal Durand jugeait que dans un gouvernement de gauche, ce n'était pas au ministère de l'Intérieur de gérer cette question.

La Syrie est aussi matière à débat. Il y a quelques jours, EELV demandait dans un communiqué que la France, qui préside le Conseil de sécurité de l'ONU, pousse ses partenaires à "peser davantage sur la communauté internationale pour que cette barbarie du régime syrien cesse". 

La présence remarquée de Ségolène Royal

Sans oublier les oppositions au PS sur le traité budgétaire européen (question qui fait débat au sein même d'EELV), sur la question de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), ou encore l'idée de taxer le kérosène, que relançait récemment sur France Info Barbara Pompili, députée Europe Ecologie-Les Verts de la Somme.

Autant de dossiers qui donneront matière à débat ces trois prochains jours, et sur lesquels EELV va tenter de s'affirmer face au Parti socialiste. Les écologistes ont déjà marqué un point avec la venue de Ségolène Royal. Elle s'exprima lors de l'ouverture de ces journées, en tant que présidente de la région Poitou-Charentes. Une présence qui attire la lumière sur les écologistes, surtout dans la mesure où l'ex-candidate PS à l'Elysée ne sera pas présente aux universités d'été du PS du 24 au 26 août à La Rochelle, ville dans laquelle elle avait échoué aux législatives en juin. 

Les journées d'été d'Europe Ecologie-Les Verts démarrent ce mercredi à Poitiers, les hostilités ont déjà commencé - reportage Marion Lagardère 

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Par Clara Beaudoux
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Vos réactions sur cette info
Avatar de anonyme
janvier 95 (anonyme),
Les verts font la meme erreur que le PS : ils n'acceptent pas les règles de la mondialisation donc forcement ça coince !
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