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Congrès du PC chinois : une nouvelle génération de dirigeants va émerger

le Jeudi 8 Novembre 2012 à 07:15
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C'est dans le Grand Hall du Peuple sur la place Tian An Men en face du Mausolée de Mao que 2270 délégués au 18e Congrès national Populaire vont préparer l'entrée en scène des successeurs de l'équipe dirigée par Hu Jin Tao et Wen Jia Bao. Ils leur passeront le relais en mars pour 10 ans et rares sont ceux qui connaissent la liste exacte des sept futurs dirigeants du Parti.

La place Tian An Men s'apprête à accueillir le 18e Congrès national Populaire. © Reuters - Petar Kujundzic

Le suspense est garanti car les sept ne sortiront de l'ombre qu'à la fin du Congrès par ordre d'importance sur le perron du Grand Hall du Peuple. Le Comité permanent du bureau politique est un organe de décision collégial mis en place par Deng Xiao Ping qui avait souffert comme d'autres des purges sous la férule de Mao.

Bien sur, on sait qui sera le numéro un au Comité permanent. Ce sera le même homme qui prendra la présidence en mars : Xi Jinping, âgé de 59 ans, sera nommé secrétaire général par ce 18e Congrès.

Il aura comme Premier ministre Li Keqiang, un juriste et un économiste de 57 ans, le numéro deux au Comité permanent après un vote à mains levées des 25 membres du Bureau Politique. Le Politburo sera élu par un nouveau Comité central, l'équivalent du Parlement du parti. Le Congrès s'est ouvert avec  le rapport "bilan et perspectives" du secrétaire général sortant Hu Jintao qui aura passé 10 ans à ce poste le 14 novembre.

Bilan et critiques

Les 10 dernières années ont été celles où la Chine a doublé le Japon en termes de PIB. Les Jeux Olympiques et l'Exposition Universelle ont été de grands succès assombris par les émeutes réprimées au Tibet et au Xinjiang.

Le revenu moyen annuel des chinois a quadruplé mais les écarts de richesses ont plus que décuplé et le mécontentement a grandi devant l'étendue de la corruption des cadres locaux ou dirigeants avec plus de 100.000 "incidents de masse" répertoriés. La révolte du village de Wukan dans le Cantonais en a été le symbole avec la mort du boucher du village torturé en prison avant que les autorités de la province ne réagissent et organisent des élections locales il y a un an.

La qualité de la vie au quotidien s'est dégradée à cause d'un modèle d'urbanisation galopante et d'une industrialisation à tout prix qui ont forcé le Premier Ministre Wen Jia Bao à appeler à des réformes audacieuses à peine entreprises. Le manteau de  sécurité sociale en zone rurale existe mais il est fin comme du papier de riz, ce qui pousse les jeunes et les vieux à migrer vers les villes. L'afflux des "Diaosi", les jeunes pauvres comme Ma, 25 ans, employé d'une société de climatiseurs, logé en collectivité, repose le problème de la création d'une nouvelle classe de prolétaires. Ma adresse son message  aux dirigeants :"Ecoutez la jeunesse qui se moque d'elle-même sur Internet  tellement elle est désespérée".

Le défi d'Internet

Inutile de préciser que 500 millions d'internautes constituent un défi pour l'autorité quand ils sont en colère. Le plus emblématique de cette nouvelle société civile, avec le poing levé en forme d'arobase quand ce n'est pas le doigt, est l'artiste dissident AI Wei Wei.

Aileen, 25 ans, rédactrice dans un journal de mode résume l'intérêt du Congres pour elle :"Ça ne changera rien à la vie quotidienne des chinois mais moi j'espère qu'ils parleront des libertés, cesseront de censurer les films et les livres et nous donneront accès à Facebook et à Twitter."

L'avertissement aux dirigeants concernant la corruption  est clair et net y compris de la part de fidèles du parti comme la retraitée Wang Tao, 64 ans, bénévole dans la rue pour assurer l'ordre: "Tout le monde doit être égal devant la loi. Ils feraient bien d'aller faire leurs courses au marché aux légumes et de sortir de leur tour d'ivoire. Il faut qu'ils changent leur façon de travailler." Un signal fort est donc attendu du Grand "Shibada".

Chambardement ou pourrissement ?

Attendue depuis 20 ans, sans cesse repoussée, l'ouverture démocratique est encore loin selon Jean Philippe Béja, chercheur au CNRS, et selon Michel Bonnin Professeur à l'université Tsinghua de Pékin: "La stagnation politique est ce qui a caractérisé les dix années passées en Chine. On est dans une ère brejnevienne et on sait comment ça se termine", résume Béja.

Ces deux connaisseurs de la Chine ne voient pas en Xi Jinping un réformateur pour la simple raison qu'il sera noyé dans un groupe de conservateurs, les "sept" défendront les acquis dont le principal est à leurs yeux le Parti qui doit rester unique.