France Info poursuit sa semaine au cœur d'une des 15 zones désignées cet été par le gouvernement Ayrault comme "zone de sécurité prioritaire" : Méru ville de 13.000 habitants dans l'Oise, à 52 kilomètres de Paris. Pour le moment, on sait peu de chose de ce que le ministère de l'intérieur prévoit dans ces zones. Sans doute Méru bénéficiera-t-elle de renfort de forces de l'ordre. Mais sur place si personne ne nie qu'il existe des quartiers sensibles, les habitants sont nombreux à penser que la vraie insécurité dans ce secteur c'est la précarité.
À Méru, le taux de chômage atteint 19 %, 45% dans le quartier de la Nacre © Radio France - Mathilde Lemaire
La région de Méru a un passé très florissant d'un point de vue économique. Au début du XXème siècle, la zone était même riche, et cela grâce aux "boutons de chemise". Méru se fait d'ailleurs encore appeler aujourd'hui la "capitale de la nacre". En 1900, pas moins de 10 000 boutonniers vivaient de cette industrie.
"On recevait les coquillages dans d'immenses toiles de jute, en provenance de Tahiti, d'Australie, des Fidji notamment. Du port du Havre, cela arrivait ensuite par train jusqu'à Méru. Et à partir de ces matières premières, on fabriquait ici des milliers de petits boutons. On taillait des pions de nacres, puis on les perçait de 4 trous. Ils étaient prêts pour les être cousus sur les chemises", raconte Jacky Didelet, guide au musée de la Nacre de Méru.
Plusieurs entreprises ont fermé
Il est le dernier boutonnier de France. En 1957, le plastique a fait son apparition. Peu couteux, simple à façonner, il a vite remplacé la nacre. La mode durable des fermetures éclairs a achevé de tuer cette industrie du joli bouton de nacre. Les derniers ateliers ont fermé au début des années 2000.
Plus récemment, d'autres entreprises renommées ont quitté Méru : les stylos Parker et Worthington Creyssensac, fabriquant belge de compresseurs. "Après la fermeture du site Creyssensac, on nous avait promis de nouveaux emplois, payés autant et dans la même zone. Evidemment c'était faux, archifaux !", se lamente Willy 56 ans. Il a fait partie des 115 derniers licenciés après 37 ans de maison.
Difficulté de se reconvertir
"Moi et mes collègues, on était mécaniciens monteurs. On ne sait rien faire d'autres. Mais le problème c'est que plus personne ne recherche de mécaniciens monteurs aujourd'hui dans l'Oise. L'industrie est devenue complètement sinistrée à Méru", ajoute le quinquagénaire qui craint de ne jamais retrouver d'emploi et s'apprête à tenir jusqu'à 62 ans grâce à ses économies et la solidarité familiale.
Willy et ses anciens collègues ont accepté de "retourner à l'école" : ils ont suivi deux stages de deux mois et demi intitulés "Réapprendre à écrire et à lire". Mais il est très difficile de réapprendre, de se reconvertir complètement, de changer de métier à 55 ans passés.
Des séniors qui n'arrivent pas à retrouver un emploi, des jeunes qui peinent à entrer sur le marché du travail : la conséquence inéluctable c'est un chômage qui atteint 19 % à Méru. Dans le quartier dit "sensible" de la Nacre, il dépasse même les 45 %.
La précarité, terreau idéal pour la déliquance
Les plus jeunes et les moins diplômés comptaient beaucoup ces derniers temps sur les missions d'intérim des équipementiers auto comme Faurecia, mais la chute des ventes de voitures n'épargne pas ces sites.
À la sortie du pôle emploi de Méru, la moyenne d'âge n'est pas élevée. Il y a de jeunes diplômés comme Julie qui réfléchissent sérieusement à quitter le secteur de Méru pour partir s'installer à Cergy-Pontoise, ou même à Paris où les opportunités d'embauche sont un peu plus importantes.
Les travailleurs sociaux pointent du doigt cette pauvreté, cette précarité comme un terreau idéal pour la délinquance et les flambées de violence. "La problématique principale qui engendre les autres problématiques comme l'insécurité ou le petit trafic, c'est la précarité, le manque de ressources, le manque d'accès aux choses fondamentales comme les soins. Quand on voit qu'on a fermé les urgences à Méru, on se dit que ça c'est une décision violente car dramatique de conséquences", commente Samir Bousnina, le directeur du centre social de Méru.
Selon lui, c'est en faisant la guerre à la précarité, en faisant baisser le chômage qu'on réduira les problèmes de délinquance. La Croix Rouge de Méru dit avoir ressenti l'accentuation de la précarité ces dernières années : environ 500 personnes se présentent chaque semaine pour les distributions de bons de nourritures, et de vêtements.

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