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Commerçants à Saint-Malo : "La droite avance", la gauche moins

le Vendredi 29 Juillet 2011 à 08:45
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À Saint-Malo, on vote plutôt à droite mais les habitants sont de moins à l'aise avec Nicolas Sarkozy. Reportage auprès des commerçants de l'ancienne cité corsaire.

En 2002, 52% des Malouins avaient voté pour Nicolas Sarkozy. © Radio France - Chloé Leprince

A Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), ville de droite au plan municipal et national (un seul maire de gauche en cinquante ans et 52% pour Sarkozy en 2007 au second tour), une partie des commerçants rencontrés disent leur déception envers le Président et leur sentiment d'être "laissés pour compte".

Ils sont les héritiers d'une culture plus empreinte d'un héritage RPR que centristecontrairement à la région qui reste un terrain de jeu confortable pour les formations démocrates-chrétiennes – 22% pour Bayrou en 2007. Leur député-maire depuis 1989, René Couanau, a démissionné en avril de l'UMP pour "reprendre sa liberté d'action".


"L'élection présidentielle approchant, on a dû lui dire de se calmer, mais à un moment, c'était devenu vraiment agaçant, cette manière de toujours sur-réagir. Un problème ? Bam, une solution. Sans prendre le temps du recul, de la réflexion."

Pascal, à la tête de la très active union des commerçants du quartier de Saint-Servan et d'un magasin franchisé de linge de maison, raconte que c'est l'"intranquillité" du locataire de l'Elysée qui a fini par le troubler :

"J'ai voté pour lui, mais j'ai trouvé ça vraiment étrange de manquer ainsi de recul."

La gauche est "souvent bien plus conservatrice"

François, qui dirige la maison de la presse intra-muros, était négociant agricole avant de reprendre il y a 16 ans ce commerce.

Il estime qu'il s'est rapproché du centre à mesure que le quinquennat de Nicolas Sarkozy s'écoulait. A cause des "excès" de l'exécutif ("Le Fouquet's, Jacques Séguéla et consorts" davantage que la politique sociale ou migratoire), il est séduit "un peu intuitivement" par un Hervé Morin.

Aucun des deux n'adhère à un parti même si Pascal, élu municipal dans une petite ville, avait songé à militer en 2007 "pour aller de l'avant" avant de renoncer parce que n'y était plus "la même flamme". Les deux hommes (qui ne se connaissent pas) lient d'une manière qui se ressemble leur sensibilité de droite et leur activité professionnelle.

Le franchisé Pascal, par exemple, sursaute encore, à plus de 45 ans, à chaque fois qu'il entend l'expression "conservateurs de droite". Pour lui, ce flanc-là de l'échiquier veut surtout dire "avancer, s'adapter au monde tel qu'il est", et aussi "être récompensé de ses efforts quand on aime avancer". Face à la gauche, "souvent bien plus conservatrice".

"Voter à droite, c'est faire attention à ne pas casser le moteur"

Même s'il attendrait "davantage de bon sens", le buraliste soupire qu'il "faudra bien voter pour quelqu'un" l'an prochain. Basculer à gauche reste peu probable :

"Parce que le côté économique passerait quand même avant le côté social. Ça ne veut pas dire que j'oublie le côté social, évidemment, mais pour redistribuer, répartir les richesses, il faut d'abord en produire. Voter à droite, c'est faire attention à ne pas casser le moteur."

Est-ce qu'il vote en fonction de son chiffre d'affaires, lui qui vit à 60% de la vente de titres de presse mais se plaint beaucoup des intermédiaires ?

"Bien sûr que non. Ni en fonction de la fiscalité d'ailleurs. C'est normal qu'on soit imposé, ce qui l'est moins, ce sont les abus."

Ce dont parlait par exemple Laurent Wauquiez en étrillant début mai le "cancer de l'assistanat" en France ? François songeait plutôt aux très riches "protégés" par le Président à qui il avait donné sa voix :

"La France ne leur convient pas parce qu'on y paye trop d'impôts ? Fort bien, qu'ils s'en aillent mais qu'on ne les exonère pas !"

"Commerçant ne veut pas dire tiroir-caisse"

Marié à une travailleuse sociale, très impliqué dans le bénévolat et soucieux de montrer que "commerçant ne veut pas dire tiroir-caisse", il ne dit pas pour qui il vote mais évoque "une révolution personnelle" accomplie avec le changement d'univers professionnel.

Pour Jean-Yves qui tient un magasin de chaussures : "Commerçant ne veut pas dire tiroir-caisse." © Radio France Chloé Leprince

Jean-Yves, ancien prof de sport dans l'armée, gère un magasin d'articles de sport. Lui attend "une véritable ouverture". Pas une poignée de postes alloués à des personnalités "aux mains liées".

Il dit surtout son souhait d'une politique "plus consensuelle" :

"On a tous bien conscience que la gauche maîtrise mieux le social, que la droite va forcément davantage dans le sens de l'entreprise, et je trouve qu'il faudrait faire un "mix" de tout ça avec une véritable ouverture."

À Saint-Malo, "on sent une forme de détresse"

Sur le trottoir d'en face, dans ce quartier de Saint-Servan qui vit à l'année, loin des vendeurs de cartes postales à flanc de rempart, Patricia est libraire à son compte depuis six ans.

Elle raconte que jongler pour joindre les deux bouts l'éloigne encore un peu plus de la chose électorale. Qu'en tant que commerçante, elle votera moins en fonction des charges sociales de son unique salariée (sa fille en l'occurrence) "même si c'est parfois dur" qu'en fonction de ce que peut lui raconter la clientèle :

"On voit des gens très seuls, assez âgés ; des gens qui ont perdu leur travail également. Saint-Malo est aussi une ville populaire. On sent que ça s'est dégradé, qu'il y a une forme de détresse."

Pour Patricia, la libraire : "Tenir un commerce, c'est se plonger dans le concret." © Radio France Chloé Leprince

"Trop de soucis pour songer à l'élection présidentielle"

Patricia conclut qu'elle a toujours voté à l'identique, "n'en a jamais parlé car c'est très personnel" mais que "ça pourrait finir par changer, si les choses se dégradent encore". Pour l'heure, elle est loin de la campagne électorale : Des personnes âgées, des habitués venus faire leurs courses "malgré l'absence de stationnement" – principal enjeu politique des discussions entre élus locaux et commerçants de la ville –, passent dans la boutique qui vend aussi de la papeterie et des articles religieux.

"Tenir un commerce, c'est d'abord plonger dans le concret. J'ai trop de soucis pour songer à l'élection présidentielle. Il est possible que je n'y pense pas avant le début de l'année prochaine."

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