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Chez les cabaniers héraultais : entre Frêche et Le Pen

le Vendredi 26 Août 2011 à 08:45
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Reportage dans l'Hérault où auprès des cabaniers du bord de mer, on navigue entre Georges Frêche et Marine Le Pen.

Une grande partie des cabanons s'est installée sur d'anciennes vignes. © Radio France - Chloé Leprince

Une partie des habitants de Vias, petite cité balnéaire de 5 000 habitants voisine du Cap-d'Agde, dans l'Hérault, les appellent "les Gitans". Mais les propriétaires des 3.000 cabanons posés en lisière de Mediterranée, les pieds dans le sable, trois mille cabanons, n'ont rien à voir avec les gens du voyage.

Une grande partie des "bungalows" qui ont poussé depuis cinquante ans sur ces terrains jadis plantés de vigne ne sont occupés qu'à temps partiel. Beaucoup de résidents étant retraités, l'été s'étire souvent de mai à octobre.

Environ deux cents cabanons sont aujourd'hui habités à l'année. On y vit coupé du bourg de Vias, derrière un parc d'attraction, une bretelles d'autoroute, un bout de marais sur les flancs du canal du Midi ou un camping.

Dans les années 80, à leur frais, les habitants ont fait raccorder ces bungalows à l'électricité, à l'eau et ont créé des fosses septiques. C'est à cette époque-là que le "quartier" s'est déployé.

La mairie a d'abord laissé faire la "cabanisation" du littoral

Beaucoup sont des natifs d'Algérie, comme Claude, fils de maçon, qui a monté ses murs lui-même au tournant des années 70. Dix ans plus tôt, il avait acheté une parcelle "parce que ça n'était pas sans rappeler l'autre côté de la Méditerranée" alors qu'il entamait une carrière d'enseignant.

Ses voisins, ingénieurs, contremaîtres ou cadres chez EDF ou à la SNCF, découvraient pour leur part les mobile-homes. Pendant des années, la mairie a donné sa bénédiction à cette "cabanisation" du littoral. En 2005, volte-face : le maire se range derrière le préfet et décide de faire démanteler certains mobile-homes, dont les propriétaires avaient retiré les roues afin de les sédentariser.

Aujourd'hui, le conflit reste entier. Les autorités viennent de déclarer la zone inondable, ultime argument pour obtenir l'évacuation du quartier, qui possède aujourd'hui de véritables rues et des panneaux de signalisation (également financés par les habitants).

Comme Claude, certains habitants ont bénéficié de la loi triennale, qui entérine le bâti existant, même s'il a été construit dans l'illégalité. Il a bien conscience d'avoir "triché", vivant aujourd'hui dans une mignonne maison de plain-pied d'une centaine de mètres carrés, entourée de dix figuiers et d'un potager.

D'autres, enjoints par le juge de redonner à leur parcelle sa virginité, sont sous le coup d'une astreinte qui dépasse parfois 4 600 euros à mesure que le temps passe. En 2008, la justice avait prononcé quelque 500 condamnations.

Un bras de fer qui n'a pas dépolitisé les habitants

Sur place, on peste contre les pouvoirs publics qui ont pourtant donné leur aval à certaines opérations de viabilisation. Au point que certains ont même installé des piscines. Claude, qui préside l'association Les dunes dénonce une hypocrisie :

"J'aimerais qu'on m'explique comment on aurait pu faire des tranchées de cinquante mètres pour raccorder l'électricité sans que la préfecture ne soit mise au courant. Fallait-il qu'ils soient myopes ?"


Le bras de fer n'a pas dépolitisé les habitants. La plupart continuent de voter, certains résidents secondaires, dont beaucoup de cadres moyens ou d'enseignants, ont même décidé de s'inscrire sur les listes électorales de Vias pour faire la nique à ceux qui les traitent de "gitans". Ils se targuent d'avoir défait la majorité sortante aux dernières municipales.

Le désir d'élus "forts en gueule"

Au plan national, le quartier est aussi hétérogène que le reste de la ville, où l'on recensait 20% de bulletins FN en 2007 (et 62% pour Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle). Une tendance se dessine toutefois, accentuée par le sentiment de défiance envers la classe politique que féconde la guerre avec la municipalité : le souhait de personnalités "fortes en gueule".

Léo et Fred, "camelots" sur les marchés, votent mais disent s'en "contre-foutre"... à moins qu'une figure émerge, "avec une personnalité qui sort du lot".

La pionnière Christiane, installée elle aussi à son arrivée d'Algérie, n'a jamais osé demander à son mari la couleur de son bulletin de vote. L'époux est décédé récemment sans qu'elle sache pour qui il ait jamais voté.

Au fur et à mesure que la discussion s'installe, cette native des régions industrielles de l'Est lâche toutefois qu'elle envisage un "vote sanction", même si "ça ne servira pas à grand chose". Plutôt par "ras-le-bol", et parce que personne ne lui plaît.

"Frêche était un grand homme... lui"

Au coin de la rue sablonneuse, "la bande des instits" fait une pétanque quand le soleil de plomb mollit un peu. Eux sont là depuis 1974, année durant laquelle ils ont acheté à cinq une parcelle divisée ensuite en petits lots. Le confort s'est installé : un auvent adjoint au mobile-home a remplacé tentes et caravanes.

La soixantaine, Denis, Claudette, Gérard et Chantal ont en commun d'avoir tous milité au Parti socialiste, même si certains l'ont quitté plus tôt que d'autres. Tous soutiennent Georges Frêche, nom qu'ils prononcent avec le sourire.

À Vias, l'ancien maire de Montpellier, ancien président du conseil régional de Languedoc-Roussillon est très regretté, qu'importe ses propos sur les harkis qualifiés de "sous-hommes" ou ses états d'âme sur la couleur des joueurs de l'équipe de France : ses nostalgiques sont nombreux, tout comme ceux qui jugent, au frais des cabanons, qu'une personnalité de sa trempe fait cruellement défaut au Parti socialiste.

Gérard considère que la phrase de Frêche sur les Bleus était peut-être "une connerie" mais avoue avoir perdu une figure sans son panthéon personnel :

"Mes idées n'ont pas changé mais le problème vient des hommes qui les portent. Les hommes politiques sont un mal nécessaire."

À la mort de Frêche en 2010, l'hebdomadaire frontiste Minute avait titré "Lui au moins, il en avait". René, qui vit à quelques pâtés de cabane de "la bande des instits" et de Claude, n'était alors ni "frêchiste", ni lepéniste. Plutôt électeur traditionnel de droite.

Ex-cadre à la SNCF, il a voté Nicolas Sarkozy à la dernière élection. Il explique en jouant au chat et à la souris qu'il pourrait basculer cette fois-ci. Voter Marine Le Pen, en tous cas au premier tour.

FN ou UMP : "Une même sensibilité"

Mais précise que ça n'aurait rien d'un vote sanction, toutefois. Plutôt un vote "conforme à sa sensibilité", c'est-à-dire cette inclinaison qu'il a depuis toujours pour la droite traditionnelle. Pour lui comme pour son voisin pourtant plus jeune, la bascule qu'il envisage sans être toutefois encore fixé n'a "rien d'idéologique" :

"J'ai gardé la même sensibilité, j'hésite simplement entre deux candidats possibles. Mais mes idées sont les mêmes, les problèmes aussi, seule la manière de les traiter diffère."


Un brouhaha accueille les propos de René : les "instits" haussent le ton. L'un d'eux assure qu'il n'entendait jamais des propos de ce cru il y a encore quelques années.

 

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