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Un ver d’oreille, cet air de musique qui ne nous quitte pas

le Lundi 20 Février 2012 à 14:45
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Ce soir, les Victoires de la musique classique vont être décernées et la cérémonie sera retransmise sur France Musique. Peut-être, demain matin vous réveillerez-vous avec en tête un air entendu à cette occasion et dont vous ne pourrez pas vous défaire? Comment expliquer ce phénomène ? Réponse avec Christilla Pellé-Douël, journaliste à Psychologies Magazine.

 Si je vous chante « La lettre à Elise » ou l’air de Carmen, je ne vais pas forcément vous rendre service...

Non, peut-être même allez-vous me pourrir la journée, parce que vous m’aurez communiquée ce qu’on appelle un « ver d’oreille », dont j’aurai le plus grand mal à me défaire. Savez-vous que nous sommes tous atteint de cette sensibilité et que seuls 1% d’entre nous seraient immunisés contre ce phénomène ?

Pourquoi ne parvenons-nous pas à nous défaire de ces petits airs ?

D’après le philosophe Pierre Szendy, qui a travaillé sur les caractéristiques des tubes, ce sont essentiellement les structures musicales simples et répétitives qui s’impriment dans notre cerveau, parce qu’elles sont quasiment automatiques et donc faciles à mémoriser (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est bien plus facile d’apprendre un poème qu’un texte en prose).

Dans ce cas, n’importe quelle petite ritournelle peut faire l’affaire et nous devrions être envahis toute la journée?

Et ce n’est pas le cas : nous ne sommes pas  "infestés" par n’importe quel "ver d’oreille" : l’association de la musique et des paroles, ou la musique seule, sont d’après la psychanalyste Edith Lecourt, toujours en relation avec notre inconscient, ils viennent évoquer pour nous des sensations, des émotions de notre passé, par exemple parce que nous écoutions cette musique avec nos parents. Ces petits airs sont une porte d’entrée privilégiée, cette part cachée de nous-mêmes. En y portant attention, nous pouvons alors tenter de décrypter nos affects : ces petits airs nous disent des choses de nous, notre inconscient ne choisit pas par hasard notre  "ver d’oreille". Si je chantonne  "il pleut sur Nantes"  ou bien "Je vous souhaite tout le bonheur du monde", vous êtes d’accord avec moi, cela ne veut pas dire la même chose, cela n’a pas la même  "tonalité".

Cela peut-il aller plus loin ?

Oui. Nous pouvons soudain, sans l’entendre, être envahi par une phrase musicale, un air, et que celle-ci produise alors un effet puissant. Le psychiatre anglo-américain, Oliver Sacks, a raconté l’histoire suivante : pendant une excursion en montagne, il s’était blessé à la cuisse et ne pouvait quasiment plus marcher. Et puis un jour, je cite "une glorieuse musique de Mendhelsson monta en moi, fortissimo ! Aussitôt, je me remis à marcher avec la musique. La mélodie et le rythme inconscient de la marche m’étaient revenus." Je pourrais aussi citer le cas du l’écrivain William Styron, qui, plongé dans une très grave dépression, commença à remonter la pente à partir du jour où lui revint en mémoire que chantait sa mère. L’évocation de cette musique lui avait ouvert la voie jusqu’au lien qui l’unissait à elle et lui permit de reparcourir le chemin de son enfance. Alors, la prochaine fois que vous chantonnerez, ne vous agacez pas (d’ailleurs, les vers d’oreille disparaissent en général après une nuit de sommeil ou après l’écoute d’un autre morceau de musique) et tentez d’écouter ce qu’il a à vous dire...

Un article signé Hélène Fresnel à retrouver dans Psychologies Magazine du mois de février,

Un livre à conseiller ?

Oui, deux :

Musicopholia, la musique, le cerveau et nous un superbe essai du psychiatre Oliver Sacks, Seuil.

Et La musicothérapie d’Edith Lecourt, aux Editions Eyrolles.