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Un an après, les cicatrices de Fukushima

le Mercredi 7 Mars 2012 à 15:12
Par Olivier Bénis

Le 11 mars 2011, un tsunami gigantesque ravage la côte Est du Japon, stoppant l'alimentation électrique et les circuits de refroidissement de la centrale Fukushima Daiichi. Trois des six réacteurs subissent une fusion partielle. Retour sur les conséquences visibles et invisibles du plus grave accident nucléaire depuis Tchernobyl en 1986.

Ils sont encore 3.000 à travailler directement dans la centrale accidentée. Évidemment, les conditions sont très strictes : les employés sont équipés d’une tenue de protection complète, et ils ne restent pas plus de trois heures par jour sur le site. Du travail, il y en aura encore longtemps sur place : le démantèlement nécessitera du personnel sur place 24h/24 pendant 40 ans.

Vidéo du site de Fukushima Daiichi, le 28 février 2012

Car le site ne servira plus jamais : il est condamné. Quatre des six réacteurs sont endommagés. Tous sont actuellement à l’état d’arrêt à froid, c’est-à-dire que l’intérieur des cuves est maintenu durablement sous la barre des 100 degrés Celsius. On a bien enregistré quelques remontées de température au début du mois de février… Mais elles étaient dues à un thermomètre défectueux, assure la compagnie d’électricité Tepco.

Des stigmates invisibles à des kilomètres à la ronde

Le chantier s’étend largement au-delà de l’ancien site de la centrale. D’abord côté océan, avec la construction par Tepco d’un gigantesque plancher au fond de l’eau, pour fixer les particules radioactives. L’entreprise a en effet relevé "d’importantes densités d’éléments radioactifs dans le sol sous la mer, en bordure de la centrale. En fixant les particules sur un plancher, nous voulons éviter une extension de la contamination marine". La structure de ciment et d’argile mesurera 73.000 mètres carrés, soit dix terrains de football.

Taux de contamination des sols autour de Fukushima (IRSN)

Du côté des terres, la situation est beaucoup plus compliquée. La zone interdite s’étend jusqu’à 20 km de la centrale. Dans les premières semaines de l’accident, environ 100.000 personnes ont été évacuées. Une partie d'entre eux ne reviendront jamais : selon une étude publiée récemment, certains lieux autour de la centrale sont et resteront inhabitables. Des zones parfois très éparses : dans la seule ville de Futaba par exemple, on enregistre aussi bien des records de radioactivité que des taux presque normaux.

Du césium radioactif dans les assiettes

Fukushima s’est aussi invitée dans les repas des Japonais. Les limites légales de radioactivité tolérée dans les aliments ont été remontées suite à l’accident : des produits qui auraient été jetés auparavant sont aujourd’hui vendus en magasin. Une disposition qui sera levée le 1er avril, pour revenir à une situation normale. En attendant, la nourriture peut contenir jusqu’à 500 becquerels de césium par kilogramme (le taux habituel est fixé à 100).

Un consensus général pour sortir petit à petit du nucléaire

Avec les réacteurs de Fukushima Daiichi, c’est aussi l’image du nucléaire qui s’est effondrée au Japon. La gestion de la crise par Tepco est très critiquée dans l’opinion publique, tout comme l’attitude jugée arrogante de ces dirigeants. Ces derniers pourraient même payer de leur poche leur impuissance : 42 actionnaires de la compagnie leur réclament près de 52 milliards d’euros. La compagnie doit déjà dédommager toutes les victimes de la catastroph. Elle ne survit que grâce à l’aide financière de l’État japonais.

Traumatisé par l’expérience, le pays compte tout faire pour réduire la part du nucléaire dans sa consommation d’énergie. Certains élus, autrefois favorables à ce type d’énergie, militent aujourd’hui contre le nucléaire. C’est le cas par exemple du maire de Futaba, au sud-est de Fukushima.

Message de Katsutaka Idogawa, maire de Futaba, pour la présentation à Berlin du film "Nuclear Nation" / Atsushi Funahashi

Le dernier des 54 réacteurs japonais sera stoppé quelques jours après l’anniversaire de la catastrophe, le 11 mars 2012. Une interruption totale qui ne pourra être que temporaire : le pays a cruellement besoin d’énergie.

Par Olivier Bénis
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Vos réactions sur cette info
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Dupont (anonyme),
C'est une honte ! Après une telle catastrophe, la question du nucléaire devrait être au coeur du débat politique actuel pourtant il n'en est rien. Le discours de nos dirigeants est le même que celui des Japonais avant la catastrophe; nos centrales sont sûres, il n'y a pas de dangers. Mensonges? Oui. Intérêts économiques aux dépens de millions de personnes ? Oui . Si l'on souhaite utiliser une énergie , apprenons d'abord à a contrôler . Une chose est certaine, Fukushima ne sera pas la dernière catastrophe.
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René (anonyme),
Bonjour, Une vidéo sous-titrée en Français est visible ici, peu de Français lisent l'Anglais et la position de ce maire autrefois fervent partisan du nucléaire devrait être mieux connue en France : http://www.dailymotion.com/video/xp6m90_message-de-katsutaka-idogawa-mai... Un an après Fukushima, rien n'a changé en France, on poursuit dans cette voie mortifère. Le laboratoire ACRO a rendu public des résultats montrant que des enfants vivants à plus de 200 km de la centrale ont du césium dans les urines, quelques Bq/l. Seulement, voilà, les travaux menés par Iouri Bandajevski en Biélorussie suite à Tchernobyl montrent que quelques Bq/l d'urine suffisent à déclencher des cancers car le césium "squatte" en lieu et place du sodium et du potassium corporel. La démographie est en chute libre en Biélorussie et en Ukraine, qui continue malgré Tchernobyl à promouvoir l'usage du nucléaire pour la production électrique. Le Japon était déjà en dénatalité avant Fukushima. Ce pays risque fort de disparaître, la densité des échanges économiques dispersant la pollution radioactive. Il faut 0,175 grammes de césium-137 (artificiel car né de la fission d'un noyau d'uranium) pour rendre 1,00 km² inhabitable pendant 300 ans, avec 555000 Bq/m² en moyenne. Le plutonium-239 (MOX) requiert 24390 ans pour perdre la moitié de sa radioactivité. On en meurt avec 1 µg dans le corps, le bombardement alpha est très intense sur une toute petite sphère de matière vivante, qui finit par devenir cancéreuse. Les Allemands et les Qatari avec les usines Andasol et Gemasolar ont montré que de telles usines solaires à concentration peuvent fournir autant d'électricité le jour que la nuit, grâce à la technique des sels fondus (salpêtre et nitrate de sodium), 24h/24 et 7J/7. C'est sûr, il faut 20 usines de 2 km² chacune pour produire autant qu'un réacteur. Mais on a jamais employé "utilement" l'énorme quantité de chaleur issue des réacteurs, qu'on dissipe en pure perte. Maintenant, les Japonais "ont de la place"... ils ont perdu l'équivalent de la région Bretagne (28000 km², pour l'instant). L'excédent de chaleur produit par Andasol et Gemasolar (rendement électrique final de 22%) peuvent permettre des cultures potagères adjacentes, du chauffage rural et urbain l'hiver, de la climatisation solaire l'été, juste en transportant de l'eau chaude jusqu'aux villes et villages. Ces usines à concentration sont installables partout, de manière décentralisée, y compris en France. Areva en a même vendu ...en Australie ! Mais il ne s'en vantent pas, comprenez-vous ? Qu'est ce qu'on attend ? Une catastrophe, qui reléguera la France comme étant un pays à fuir, pour ses habitants et ses touristes ? Si Fessenheim explose, c'est une bonne partie de l'Allemagne et la totalité des Pays-Bas qui seront contaminés par les résidus de corium, cette masse infâme et inmaîtrisable de combustible fondu, porté à 3000°C et qui traverse tout : cuve nucléaire en acier, radier en béton, sols et lits de rivières. Si Nogent-sur-Seine explose, le corium polluera la Seine en amont de Paris, c'est la France qui est décapitée pour des millénaires. On est le seul pays a avoir construit une centrale nucléaire en amont de sa capitale, là où tout le Pouvoir est concentré. En plus. 18 millions de Français ont besoin de l'eau de la Seine, une paille. Tout ça pour 3,6% de l'énergie finale mondiale produite en 2010, chiffre de l'Agence Internationale de Paris. Les renouvelables gagnent du terrain et dépasseront ce nain énergétique. Partout... sauf en France, en Ukraine, et dans les autres pays très nucléarisés, comme la république Tchèque. La seule vraie utilité c'est d'avoir et de maintenir des armes de destruction massive. Le pic pétrolier a été atteint en 2008... Tant que les gens n'auront pas compris que les renouvelables peuvent prendre le relais, des pays comme l'Iran, le Japon ou la Corée du Nord donneront l'argument du "droit à l'énergie nucléaire". S'ils veulent de l'énergie, qu'ils fassent des renouvelables, ils ont l'embarras du choix : géothermie, éolien, solaire, biomasse, hydraulique, marémotrice, cogénération, sobriété et optimisation énergétique. Il est plus que temps de faire tomber cet énorme mensonge, que le nucléaire est irremplaçable : les Japonais vont avoir des cancers, de plus en plus, et d'autres problèmes plus terribles encore, liés aux démantèlements. Croyez-vous qu'ils laisseront rouvrir les 51 autres réacteurs fermés ?
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