Le 11 mars 2011, un tsunami gigantesque ravage la côte Est du Japon, stoppant l'alimentation électrique et les circuits de refroidissement de la centrale Fukushima Daiichi. Trois des six réacteurs subissent une fusion partielle. Retour sur les conséquences visibles et invisibles du plus grave accident nucléaire depuis Tchernobyl en 1986.
Ils sont encore 3.000 à travailler directement dans la centrale accidentée. Évidemment, les conditions sont très strictes : les employés sont équipés d’une tenue de protection complète, et ils ne restent pas plus de trois heures par jour sur le site. Du travail, il y en aura encore longtemps sur place : le démantèlement nécessitera du personnel sur place 24h/24 pendant 40 ans.
Vidéo du site de Fukushima Daiichi, le 28 février 2012
Car le site ne servira plus jamais : il est condamné. Quatre des six réacteurs sont endommagés. Tous sont actuellement à l’état d’arrêt à froid, c’est-à-dire que l’intérieur des cuves est maintenu durablement sous la barre des 100 degrés Celsius. On a bien enregistré quelques remontées de température au début du mois de février… Mais elles étaient dues à un thermomètre défectueux, assure la compagnie d’électricité Tepco.
Des stigmates invisibles à des kilomètres à la ronde
Le chantier s’étend largement au-delà de l’ancien site de la centrale. D’abord côté océan, avec la construction par Tepco d’un gigantesque plancher au fond de l’eau, pour fixer les particules radioactives. L’entreprise a en effet relevé "d’importantes densités d’éléments radioactifs dans le sol sous la mer, en bordure de la centrale. En fixant les particules sur un plancher, nous voulons éviter une extension de la contamination marine". La structure de ciment et d’argile mesurera 73.000 mètres carrés, soit dix terrains de football.

Taux de contamination des sols autour de Fukushima (IRSN)
Du côté des terres, la situation est beaucoup plus compliquée. La zone interdite s’étend jusqu’à 20 km de la centrale. Dans les premières semaines de l’accident, environ 100.000 personnes ont été évacuées. Une partie d'entre eux ne reviendront jamais : selon une étude publiée récemment, certains lieux autour de la centrale sont et resteront inhabitables. Des zones parfois très éparses : dans la seule ville de Futaba par exemple, on enregistre aussi bien des records de radioactivité que des taux presque normaux.
Du césium radioactif dans les assiettes
Fukushima s’est aussi invitée dans les repas des Japonais. Les limites légales de radioactivité tolérée dans les aliments ont été remontées suite à l’accident : des produits qui auraient été jetés auparavant sont aujourd’hui vendus en magasin. Une disposition qui sera levée le 1er avril, pour revenir à une situation normale. En attendant, la nourriture peut contenir jusqu’à 500 becquerels de césium par kilogramme (le taux habituel est fixé à 100).
Un consensus général pour sortir petit à petit du nucléaire
Avec les réacteurs de Fukushima Daiichi, c’est aussi l’image du nucléaire qui s’est effondrée au Japon. La gestion de la crise par Tepco est très critiquée dans l’opinion publique, tout comme l’attitude jugée arrogante de ces dirigeants. Ces derniers pourraient même payer de leur poche leur impuissance : 42 actionnaires de la compagnie leur réclament près de 52 milliards d’euros. La compagnie doit déjà dédommager toutes les victimes de la catastroph. Elle ne survit que grâce à l’aide financière de l’État japonais.
Traumatisé par l’expérience, le pays compte tout faire pour réduire la part du nucléaire dans sa consommation d’énergie. Certains élus, autrefois favorables à ce type d’énergie, militent aujourd’hui contre le nucléaire. C’est le cas par exemple du maire de Futaba, au sud-est de Fukushima.
Message de Katsutaka Idogawa, maire de Futaba, pour la présentation à Berlin du film "Nuclear Nation" / Atsushi Funahashi
Le dernier des 54 réacteurs japonais sera stoppé quelques jours après l’anniversaire de la catastrophe, le 11 mars 2012. Une interruption totale qui ne pourra être que temporaire : le pays a cruellement besoin d’énergie.

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