Quelques heures après son retour de Syrie, vendredi, Jacques Bérès s'est exprimé sur France Info. Le chirurgien, co-fondateur de Médecins sans frontières, a effectué une mission à Alep, fréquemment bombardée, où il a soigné des combattants. Il a rencontré beaucoup de djihadistes, dont deux Français.
Syrie : Jacques Bérès a soigné des djihadistes français à Alep © FranceInfo
Jacques Bérès était en Syrie jusqu'à ce vendredi. Il participait à sa troisième mission depuis le début du soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad en mars 2011. Cette fois-ci, il était à Alep, la plus grande ville du pays, située au nord, toute proche de la ligne de front. Dans un hôpital de la zone "libérée", il a soigné de nombreuses personnes dans des conditions très difficiles, "je recevais entre 25 et 40 blessés de guerre par jour", raconte-t-il, "c'est un très bon hôpital avec trois salles d'opérations mais je ne saurais pas vous dire le nombre de chirurgiens parce que des dentistes s'improvisent médecins, des biologistes s'improvisent infirmiers".
"Il y a du sang partout"
Un dentiste qui devient chirurgien, une adaptation professionnelle vitale étant donné l'affluence dans cet hôpital explique Jacques Bérès, "après un bombardement, ce sont des vagues de blessés qui arrivent, la plus importante qu'on a eu c'était 15 blessés à la fois en deux minutes. Il y en a partout, il y a du sang partout, il y en a qui meurent dans la minute, les familles veulent rentrer, les amis, les combattants, c'est très difficile de travailler dans ces conditions".
Du sang sur la farine
Jacques Bérès, humanitaire "vétéran", (il était au Vietnam dans les années 60, en Libye l'année dernière et a fait en tout 45 ans de mission) reste troublé par des images de douleur absolue, "je confirme les attaques par hélicoptère sur les gens qui font la queue devant les boulangeries pour avoir du pain. J'ai reçu un boulanger qui était sorti pour voir ce qui se passait en dehors de sa boulangerie et qui a reçu une rafale. C'était très troublant, il était tout blanc, couvert de farine, avec plein de trous rouges".
Lorsqu'il est reparti vers la France ce vendredi, le chirurgien a été arrêté à la frontière turque. Il raconte que pour les Syriens qui tenteraient de fuir, "les Turques ont inondé la frontière pour éviter que les gens ne fuient".
Des djihadistes français à Alep et Mohammed Merah comme exemple
Parmi les dizaines de blessés que Jacques Bérès a soigné, il confie que la majorité était des combattants, ce qui s'explique par la proximité d'Alep avec la ligne de front. Mais ce qui a changé par rapport à ses autres missions, notamment celle de février dernier à Homs, ce sont les profils des combattants, "la moitié me paraissait être des djihadistes", ils avaient "le bandeau, les versets coraniques, même les voitures qui les amenaient avaient le drapeau d'Al-Qaida". Mais devant l'origine des blessés, Jacques Bérès ne se pose pas de question politique ou philosophique, "ma préoccupation majeure c'est de savoir d'où vient le sang et combien de temps ça peut tenir".
Après, quand il peut, le chirurgien discute avec ceux qu'il a sauvés. Il a été surpris de rencontrer récemment deux Français, "c'était un peu troublant, l'un disait que Mohammed Merah était l'exemple à suivre. Ils disent qu'ils sont là pour l'après Bachar pas pour les combats du moment et que leur but c'est l'émirat mondial et la charia".
A bientôt 71 ans, des années d'humanitaires, et des milliers de blessés soignés, Jacques Bérès a confié sur l'antenne de France Info que ce troisième voyage en Syrie serait sa dernière mission.

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