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Trio pour un coup d'état

le Vendredi 26 Juillet 2013 à 00:00
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Après la mort de Pierre Le Grand, en 1725, cinq tsarines vont se succéder sur le trône : d'abord sa fille cadette Elisabeth 1ere, en 1730 c'est au tour d'Anna Ivanovna, sa nièce de devenir impératrice de Russie. Elle n'a pas eu d'enfant, et quand elle s'éteignit en octobre 1740, la tsarine laisse la régence à son amant d'origine allemande Biron, jusqu'à la majorité du tsar Ivan VI. Mais il ne resta pas longtemps, mis en exil.

marquis de La Chétardie (1705-1759) est un officier et diplomate français, organisateur du coup d'État qui mit Élisabeth Ire sur le trône de Russie en 1741. © wikipedia - inconnu

Au milieu du XVIIIe siècle, la situation internationale était tendue et chacun était à la recherche d'un allié.

La France passant pour la grande puissance du continent, l'Angleterre mettait tout en œuvre pour la priver de son hégémonie. L'Empire ottoman, la Suède et la Pologne avaient trouvé, quant à eux, de solides appuis à Versailles contre la Russie.

La tsarine Anna Ivanovna resta fidèle à la politique étrangère francophobe de ses conseillers, favorables à la Prusse, au grand dam de l'ambassadeur La Chétardie. Surveillée et suspectée de sympathies à l'égard des Français, Élisabeth avait quitté la Cour et s'était installée à Moscou. Son avenir semblait compromis.

N'ayant pas eu d'enfants, Anna Ivanovna fit venir auprès d'elle sa nièce, Anna Leopoldovna, et son époux, Antoine-Ulrich, prince de Brunswick-Lunebourg, puis proclama leur fils Ivan héritier du trône. Le 28 octobre 1740, l'impératrice s'éteignit en laissant la régence à son amant Biron, " jusqu'à la majorité du tsar Ivan VI ". Le célèbre historien Klioutchevski résuma ainsi cette époque du règne des Romanov :

"Une page des plus sombres de notre histoire, mais la tache la plus noire sur cette page sombre fut la tsarine elle-même".

Avec un tsar âgé de deux mois et un régent d'origine allemande, la Russie était bien mal lotie. Cependant, Biron ne resta pas longtemps en place. Arrêté le 9 novembre 1740 au matin, il fut condamné à l'exil perpétuel en Sibérie. Nommée à son tour régente, Anna Leopoldovna, la mère du petit empereur, ne suscita pas pour autant la sympathie du peuple, car elle continua de s'appuyer sur le "parti allemand". Elle était de plus très au fait des "relations suivies" du marquis de La Chétardie avec la grande-duchesse Élisabeth, et lui manifestait une hostilité ouverte. La mission du diplomate paraissait désormais bien hasardeuse. Il devenait urgent d'agir.

Tous les ressorts d'un roman de cape et d'épée, dont seul le XVIIIe siècle eut le secret, allaient être réunis dans le complot visant à faire accéder Élisabeth au trône des tsars : magnétiseur, voyants, nuits enflammées avec la tsarevna, rendez-vous dans les souterrains. Malgré la surveillance de plus en plus étroite que la régente faisait peser sur Élisabeth, le peuple et la garde impériale ne cessaient de manifester leur attachement à la fille préférée de Pierre le Grand. La princesse restait populaire, car elle cultivait le message national : elle seule semblait de nature à chasser de Russie la coterie allemande.

Le principal allié de La Chétardie dans ce qui ressemblait fort à une conspiration se nommait Lestocq.

Arrivé en Russie sous Pierre le Grand, au début des années 1700, ce huguenot d'origine française, guérisseur, chirurgien, magnétiseur et spirite, gagna rapidement la confiance d'Élisabeth. Aventurier dans l'âme, aimant "les femmes les plus abandonnées", cet amateur de bons vins avait accumulé tant de dettes aux jeux de hasard qu'il y avait englouti tous ses revenus.

Lestocq fut certainement le membre le plus actif de ce groupe qui parvint à convaincre la grande-duchesse de sortir de sa retraite moscovite. Il avait été chargé d'inciter Élisabeth à s'emparer du pouvoir. Intelligente mais d'un naturel nonchalant, la tsarevna n'avait aucun goût pour l'intrigue. Cependant, la méfiance de la régente doublée d'une réduction drastique des subsides que celle-ci lui allouait emportèrent ses dernières hésitations.

Il fallut d'abord écarter tout soupçon, effacer tout indice. La Chétardie quitta donc momentanément Saint-Pétersbourg pour prendre quelque distance avec la Cour. Bravant tous les dangers, Élisabeth venait le rejoindre en secret à la nuit tombée, dans un bateau, dissimulée sous d'épaisses fourrures...

Malgré tous ces subterfuges, Anna Leopoldovna eut vent de ces rencontres enflammées.

Le 22 novembre 1741, elle somma Élisabeth de renvoyer Lestocq et de cesser toute relation avec le diplomate français. La fille de Pierre le Grand sut alors montrer toute la force de son caractère. L'heure était grave.

Après une explication houleuse avec la régente, Élisabeth accompagna Lestocq à la caserne des régiments de la garde impériale. Le huguenot, rappelant aux grenadiers de qui la jeune femme tenait sa légitimité, obtint la complète adhésion des officiers à sa cause. Perspicace, La Chétardie avait aussi pris ses précautions. L'ambassadeur avait au préalable distribué de grandes quantités de vin aux militaires russes. La grande-duchesse promit au surplus de gracier tous les condamnés à mort. Puis elle prit la tête du cortège et se dirigea en pleine nuit vers le palais de la régente.

Lorsque Élisabeth entra dans la chambre d'Anna Leopoldovna, elle la trouva en compagnie d'une "tendre amie".

"Il est temps de vous lever, ma petite sœur "

dit-elle en toute simplicité.

Anna obtempéra et se rendit calmement.  Après le succès de ce coup de force qui avait porté Élisabeth au trône, ses instigateurs furent "royalement" récompensés. Lestocq reçut le titre de comte et La Chétardie, le cordon de l'ordre de Saint-André ainsi que la coquette somme d'un million et demi de livres.

L'horizon radieux qu'il avait jusqu'alors connu s'assombrit. L'impératrice l'évitait désormais et trouvait tous les prétextes pour ne pas le recevoir. À quoi tenait ce revirement ?

Le marquis avait, semblait-il, négligé deux qualités proprement russes : la maîtrise des langues et le génie mathématique. Or un certain Goldbach, mathématicien de talent au service du vice-chancelier du tsar, était parvenu à déchiffrer les messages diplomatiques de Paris. La première dépêche secrète interceptée provenait du ministre français des Affaires étrangères, Amelot. Elle était adressée au comte de Castellane, ambassadeur de France à Constantinople.

Cette missive affirmait que la France cherchait à "faire revenir la Russie au néant" et que l'Empire ottoman devait en profiter pour reprendre l'avantage sur la scène internationale.

Cette position avait été naturellement portée à la connaissance de l'impératrice Élisabeth. Quelques mots désobligeants, surtout, allaient être fatals à l'ambassadeur. S'il consentait à admettre que la tsarine était à son goût, il ajoutait avec une cruelle et audacieuse franchise :

"Bien qu'elle ait les hanches d'une cuisinière polonaise..."

L'offense était publique. Élisabeth ne pardonna pas ces écarts de langage, qui de surcroît faisaient état de leurs relations intimes. En fait, le marquis ne l'intéressait déjà plus.

 

 

 

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Vos réactions sur cette info
Avatar de anonyme
Cahours d'Aspry (anonyme),
Cela démontre encore une fois l'union historique de la Russie et de la France
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