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Comment les Syriens vivent les violences au quotidien

le Mardi 7 Février 2012 à 07:15
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Valérie Crova notre envoyée spéciale a pu se rendre à Deraa lors d’un voyage très encadré. C'est de là qu'est partie la protestation en mars dernier quand des adolescents ont inscrit des slogans inspirés de la révolution égyptienne sur les murs de la ville. Aujourd’hui, Deraa n’a plus rien d’une ville contestataire. Valérie Crova nous raconte son voyage très contrôlé par les autorités.

Un enfant devant un poste de police attaqué dans la ville d'Hama © Maxppp YIN BOGU/LANDOV/MAXPPP

8h : rendez-vous est donné devant le ministère syrien de l’information où nous attend un bus. Première surprise en montant dans le bus : la plupart des journalistes sont russes et chinois ce qui peut se comprendre étant donné le soutien apporté par leur pays à la Syrie… Les journalistes européens eux sont nettement moins nombreux … Je suis la seule française. Puis nous prenons la direction de Deraa qui est à environ 1h de route au sud de Damas. Nous traversons plusieurs barrages militaires avant d’arriver dans la ville de Deraa où l’on est accueilli par un immense drapeau syrie. Sur l’avenue principale qui mène au centre ville, des soldats ont investi des maisons et se montrent sur les balcons. Une fois dans le centre, on se rend compte que les magasins sont ouverts, et que les gens semblent mener une vie quasiment normale si ce n’est que l’armée est déployée un peu partout dans Deraa.  

Un programme minutieusement préparé par les autorités

Premier arrêt imposé : le bâtiment du gouverneur de Deraa qui nous reçoit pendant une heure. Ce n’est pas lui qui était là au moment des troubles l’an dernier et notamment quand des bâtiments publics  ont été attaqués par des manifestants. Son prédécesseur a été en effet limogé par Bachar el Assad... Le gouverneur de Deraa nous explique qu’il y a encore quelques éléments qui veulent déstabiliser la ville mais que Deraa est désormais sous contrôle de l’armée syrienne contrairement à certaines informations qui parlent de tirs  régulièrement aux abords de la ville.

Deuxième arrêt encore une fois imposé : l’immeuble de la télévision syrienne qui a été saccagé par des manifestants puis le palais de justice de Deraa qui avait été incendié en mars dernier.

Enfin on nous emmène dans un endroit en plein air où des armes sont entreposées. Il y avait des fusils, dont un M16 américain et quelques Kalachnikov, des munitions, des bombes artisanales et des détonateurs. D’après nos accompagnateurs, ces armes ont été saisies sur des terroristes.

Rares sont les occasions de parler aux gens de la rue en raison des Moukabarat, les agents de la sécurité syrienne, qui sont tout autour de nous. Une seule fois, nous arrivons à poser quelques questions à une femme qui passait avec son petit garçon sur une place publique au centre de Deraa. Elle nous dit qu’elle a peur tout le temps, qu’elle ne sait jamais si elle pourra rentrer chez elle quand elle sort faire des courses, qu’elle manque de mazout. Tout d’un coup, elle s’arrête de nous parler. Elle nous dit qu’elle a peur des agents de sécurité quasiment aussi nombreux que les passants… Une autre jeune fille me dit aussi très rapidement qu’il n’y avait plus de stabilité dans le pays, qu’il n’y a rien d’autre que la peur. Des échanges très rapides, presque furtifs, qui donnent la mesure du climat qui règne en Syrie.