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Faut-il voir l'affaire Snowden à travers le Prism économique ?

le Lundi 1 Juillet 2013 à 18:37 mis à jour à 19:57
Par Clara Beaudoux

Le siège de la NSA à Fort Meade © Maxppp

DECRYPTAGE | Les révélations d'Edward Snowden, ex-agent de la NSA, sur le programme de surveillance américain Prism se succèdent. Dernière en date : en plus d'espionner les institutions comme l'Union européenne, l'agence américaine du renseignement NSA espionnait également les représentations françaises aux Etats-Unis. Mais pour quoi faire ? Les intérêts économiques pourraient être au cœur de l'enjeu.

Depuis le début du mois de juin, Edward Snowden, ancien consultant de l'Agence de sécurité nationale américaine (NSA), fait trembler l'administration Obama en livrant petit à petit les détails du programme de surveillance baptisé Prism. Après les révélations sur la coopération des géants du Web tels que Google ou Facebook, l'homme de 30 ans a dévoilé ce week-end que l'Union européenne avait été la cible d'espionnage, notamment dans ses représentations à Washington et à l'ONU, et que la France faisait partie des "38 cibles" du programme d'espionnage, notamment dans ses ambassades, y compris au moyen de classiques micros.

Des informations qui n'étonnent pas du tout les spécialistes : il ne s'agit que d'une "mise en lumière" qui représente d'ailleurs un "échec" pour des opérations de renseignements, explique Nicolas Arpagian, directeur scientifique sur la sécurité numérique à l'Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), et auteur de La cyberguerre (Ed. Vuibert). "On a toujours connu des micros, on a même connu à l'époque du bloc de l'Est des micros qui étaient installés dès l'origine dans les parpaings servant à bâtir les ambassades", ajoute-t-il. "Le système américain est un pur produit de la Guerre froide, qui s'est redéployé sur d'autres objectifs", ajoute sur France Info Christian Arbulo, directeur de l'école de Guerre économique à Paris. 

Du prisme terroriste au prisme économique

Mais alors pourquoi un tel espionnage, dans quel but ? Dès le début de l'affaire, le gouvernement américain a mis en avant les menaces terroristes. "La priorité numéro un du président est la sécurité nationale des Etats-Unis. Nous devons avoir les outils nécessaires pour faire face aux menaces posées par les terroristes", déclarait alors un porte-parole de la Maison-Blanche, Josh Earnest. Mais selon François-Bernard Huygue, directeur de recherche à l'Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), le terrorisme est un "prétexte".

"Dans les cas de terrorisme, on ne peut pas dire que cela a été inefficace, mais ça n'empêche pas les insurrections en Afghanistan et des attentats comme ceux de Boston", explique François-Bernard Huygue. Par contre, dans le domaine économique, "c'est quelque chose de beaucoup plus important, nous sommes dans des sociétés de la communication et de l'immatériel, ça veut dire que nos richesses sont immatérielless et confiées à des machines à distance, c'est très intéressant d'aller piocher dedans", ajoute-t-il.

Pour Nicolas Arpagian, directeur scientifique sur la sécurité numérique à l'INHESJ, "quand il s'agit de piéger des sites diplomatiques, il est évident que c'est pour essayer de connaître quels sont les tendances qui peuvent se dégager dans la majorité européenne, quels sont les groupes, les alliances, et quels arguments font que telle ou telle option va être retenue ou rejetée, effectivement le fait de connaître les secrets des discussions va permettre d'influencer les discussions futures", explique-t-il.

"Les industries participent à la sécurité nationale"

Mais cet aspect diplomatique, politique, n'est encore une fois pas bien éloigné de la dimension économique. "Aujourd'hui les Etats ne perdent pas d'éléction pour des sujets diplomatiques, mais pour des sujets économiques : pour une hausse du chômage, pour une croissance qui ne vient pas, donc évidemment la collecte d'information économique est un élément de leur puissance et de leur maintien en activité". Et puis, dans une ambassade on ne parle pas que géopolitique, ajoute-t-il : "vous avez aujourd'hui des ambassades qui servent de salle d'exposition pour représenter des produits, qui accompagnent des délégations commerciales...en plus c'est un endroit où on peut se lâcher, le conseiller commercial peut par exemple briefer une délégation, quels sont vos problèmes ? Vos contacts ? Votre agenda ? Votre priorité ?"

Le chercheur décrit l'intérêt de connaître les secrets de fabrication, l'agenda de production, les nouveaux débouchés ou les changements stratégiques "qui pourraient façonner le marché et mettre en difficulté ou favoriser les acteurs nationaux" d'un Etat. "Ce serait presque une défaillance de ne pas le faire", ajoute-t-il. "On peut considérer que des industries participent à la sécurité nationale. D'ailleurs même la France, depuis l'ordonnance de 1959, intègre la sécurité économique au titre de la défense nationale, c'est-à-dire qu'on considère que vous ne pouvez pas avoir un pays prospère, serein, souverain, dès lors que son économie serait défaillante", indique-t-il.

Alliés certes, mais "compétiteurs économiques" avant tout

Alors même avec des alliés politiques, comme le sont les Etats-Unis et l'Union européenne, sur ce terrain, "nous sommes entre compétiteurs économiques" avant tout, analyse le chercheur. Mais alors, cela pourrait-il remettre en cause les négociations actuelles, notamment celles sur le grand marché transatlantique ? "On ne peut pas négocier sur un grand marché transatlantique s'il y a le moindre doute que nos partenaires ciblent des écoutes vers les bureaux des négociateurs européens", a jugé lundi la commissaire européenne chargée de la Justice, Viviane Reding. 

A Strasbourg, les députés européens ont exprimé leur colère. Reportage au Parlement européen, Anja Vogel  
 

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"Personne n'a la candeur de croire que ça n'existait pas avant"

"Ce sera politique, il va y avoir des éclats de voix, des prises de position un peu solennelles, beaucoup d'émotion, mais de toutes façons personne n'a la candeur de croire que ça n'existait pas avant" et "chacun a trop à perdre dans la rupture des négociations commerciales", analyse pour sa part Nicolas Arpagian, directeur scientifique sur la sécurité numérique à l'INHESJ.

A Bruxelles, certains tirent un point positif de tout cela : l'importance de l'espionnage prouverait que l'Union européenne pèse lourd dans les affaires de la planète. Ce dont personne ne doutait. Par contre "Obama a dit qu'il répondrait de manière bilatérale à chaque chancellerie", indique Nicolas Arpagian, ce qui prouve bien que "l'Europe politique, diplomatique, n'existe pas", que "le collectif européen n'a pas de réalité au regard de Washington".

Par Clara Beaudoux
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Vos réactions sur cette info
Avatar de anonyme
Derick13 (anonyme),
Les Etats-Unis, les Allemands et maintenant les Britanniques... C'est la chasse aux données personnelles... Moi j'utilise Datarmine, une extension qui me permet de me protéger sur les réseaux sociaux en tout simplicité... Si on récupère mes données, elles seront chiffrées et BAM dans les dents !
Avatar de anonyme
RUTH Daniel (anonyme),
Pour avoir été longtemps informaticien, je pense que le monde a confié très imprudemment ses informations aux USA par le biais du quasi monopole des entreprises informatiques Microsoft, GOOGLE, le WEB lui-même. La presque totalité des micro-ordinateurs fonctionne sous MSDOS. Depuis toujours, on décèle des "failles" dans les logiciel qui gèrent nos ordinateurs. Bien sur, ces failles, une fois détectées sont corrigées et remplacées par d'autres plus subtiles qui finissent par être détectées à leur tour et remplacées et ainsi de suite. Il suffirait de voir comment le procès de microsoft pour monopole abusif a été réglé en son temps pour se convaincre qu'il y a entente entre le gouvernement américain et les entreprises de logiciels. Il est finalement facile de laisser une petite fenêtre discrète ouverte afin de laisser un cambrioleur s'y infiltrer, faire des photos de tout ce qui l'intéresse et de ressortir sans laisser de trace pour pouvoir revenir quand il le souhaite. Toute cette affaire démontre que nous sommes bel et bien dans une guerre économique entre les USA et l'UE depuis sa création. Les USA ont tout fait pour empêcher sa création ou entraver son fonctionnement. Ce fut d'abord la chute du mur de Berlin pour affaiblir l'Allemagne puis la guerre en Yougoslavie (les Balkans ont toujours été le tendon d'Achille de l'Europe) sans parler de la candidature de la Turquie qui pourrait faire exploser l'Europe. Nous sommes également en guerre économique avec tous les grands : USA, Chine et Russie pour l'approvisionnement en matière première ou en pétrole. Tout cela amène les pays à espionner leurs puissants voisins sans parler de la science et des technologies où la concurrence est sévère. Si Boeing peut connaitre les plans des futurs avions de Dassault ou sa politique commerciale envers ses gros clients, les négociations sont plus faciles et par ces temps de crise, ce n'est pas négligeable. Ne soyons pas naïfs, les pays européens en font autant et particulièrement le France qui fait la vierge effarouchée alors que tout cela est bien connu depuis toujours. Oui, nous sommes alliés avec les USA mais en guerre économique et nos intérêts sont contradictoires.
Avatar de anonyme
Vous vouliez écrire Monsieur Christian Harbulot, et non Arbulo, directeur et fondateur de l'Ecole de Guerre Economique. Merci de faire les corrections.
Avatar de Colibriu
c'est simplement de l'impérialisme anglo-américain. Ce n'est pas nouveau, ce qui n'est pas normal c'est qu'on leur facilite la tâche. On n'a rien à cacher de toute façon puisque nos élites leur ont prêté allégeance ce qui est de la haute trahison
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