Hosni Moubarak avait comparu à son procès au Caire sur un brancard, début juin © Reuters
Il avait juré un jour qu'il assumerait ses responsabilités "jusqu'à son dernier souffle". L'Histoire lui a donné tort. Ebranlé par la révolte de la place Tahrir, au Caire, le raïs avait dû fuir le 11 février 2011. Il est emporté, à 84 ans, par une attaque cérébrale et un nouvel infarctus, deux semaines après avoir été condamné à la prison à vie pour la répression sanglante de la révolte de son peuple.
Lorsque Hosni Moubarak, homme sans grand charisme, succède en 1981 au président Anouar al-Sadate — assassiné par des islamistes, rares étaient ceux qui osaient parier sur sa longévité à la tête de l'Egypte. Il restera au pouvoir... près de trois décennies.
Né le 4 mai 1928 dans une famille de la petite bourgeoisie du delta du Nil, Hosni Moubarak fait ses preuves à l'armée. Diplômé de l'académie militaire en 1949, il fait carrière dans l'aviation alors que l'Egypte entre dans la révolution nassérienne.
Lors de la guerre du Kippour d'octobre 1973 contre Israël, il acquiert la stature d'un héros en menant l'offensive aérienne égyptienne. Il devient commandant en chef des forces aériennes puis vice-président en avril 1975.
Dérive autoritaire
À la tête du plus peuplé des pays arabes, il érige dès 1981 la stabilité de son régime en dogme. Pendant près de 30 ans, il s'appuiera sur un redoutable appareil policier et un système politique dominé par un parti à sa dévotion.
Pragmatique, il a maintenu contre vents et marées l'ancrage de son pays dans le camp pro-américain et préservé les accords de paix avec Israël, signés en 1979, qui avaient coûté la vie à son prédécesseur.
Au cours de sa longue carrière, il a échappé à au moins six tentatives d'attentat, et n'a jamais levé l'Etat d'urgence mis en place depuis son accession au pouvoir.
Chômage, pauvreté, corruption
Au fil des années, les apparitions du "Sphinx" (il était surnommé ainsi pour son immobilisme) se font de plus en plus rares et sont soigneusement mises en scène. Garant de la stabilité d'un régime converti au libéralisme, menacé par l'islamisme, il refuse d'ouvrir le système, opposant régulièrement le spectre d'une déstabilisation catastrophique du pays et de la région.
C'est finalement la Révolution du jasmin qui aura raison de sa dictature. Après 18 jours de manifestations non-stop de la jeunesse égyptienne sur la place Tahrir pour dénoncer les maux de son règne (chômage, pauvreté, corruption, omniprésence policière), Moubarak est évincé du pouvoir le 11 février 2011.
Prison à vie
Rattrapé par la justice, Hosni Moubarak est jugé à partir d'août 2011 pour la répression sanglante des manifestations — plus de 850 morts. Le procureur requiert la peine de mort par pendaison contre l'ancien dictateur, jugé sur une civière en raison de la dégradation de son état de santé.
Le 2 juin 2012, Hosni Moubarak est condamné à la prison à vie.
Le jour même, sa santé se dégrade de nouveau.
Il est déclaré cliniquement mort, ce mardi soir, après son transfert à l'hôpital à la suite d'une attaque cérébrale et de plusieurs infarctus. Avant que des informations contradictoires ne le laissent dans le coma...
Retour sur les grandes étapes de la dictature Moubarak, avec Jacques Plana

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