L'hebdomadaire satirique sort ce mercredi un numéro où apparaissent des caricatures du prophète Mahomet. Ces dessins pourraient être vus comme une provocation dans un contexte de manifestations contre le film américain anti-islam. Le siège du journal a été placé sous surveillance policière.
La UNE de Charlie Hebdo du mercredi 19 septembre. Les caricatures de Mahomet sont en pages intérieures © Charlie Hebdo
Charlie Hebdo ne va pas se laisser dicter ce qu'il doit dire ou plutôt écrire. L'actualité, ce sont ces manifestations, parfois violentes, contre la vidéo "l'innocence des musulmans" qui éclatent un peu partout dans le monde depuis plus d'une semaine, et c'est justement de cela que le journal satirique veut parler. Il a décidé de publier des caricatures Mahomet dans des positions osées. Ces dessins ne sont pas en UNE mais en pages intérieures dans la rubrique "les couvertures auxquelles vous avez échappé".
Les arguments de Charlie Hebdo
Ces nouvelles caricatures de Mahomet, six ans après les premières de février 2006, et un an après l'incendie des locaux de l'hebdomadaire, ne sont pas plus provocantes que d'habitude, estime le journal. "La liberté de la presse est-elle une provocation ?" s'est interrogé son directeur Charb à la veille de la publication, admettant que ces dessins "choqueraient ceux qui vont vouloir être choqués".
La rédaction a choisi de ne pas mettre les caricatures en première page. La une est une parodie du film "Intouchables", dessiné par Charb. Les caricatures ont été dessinées par Luz. Interrogé par France Info, le dessinateur explique que Mahomet est au centre des manifestations et du film "l'innocence des musulmans" donc il se devait d'être représenté dans le journal, "le but de notre travail, ce n'est pas de faire de la provocation contrairement à ce que les gens disent, c'est justement à répondre aux provocations".
"On fait juste notre boulot et ça emmerde les gens qui ont envie d'être emmerdés" Luz, dessinateur à Charlie Hebdo
"Nous ne tolérerons pas de débordements" a averti ce mercredi matin Jean-Marc Ayrault sur RTL.
Dans un communiqué publié hier soir le Premier ministre avait affirmé sa "désapprobation face à tout excès" dans le contexte actuel et a appelé à "l'esprit de responsabilité de chacun". Jean-Marc Ayrault a souligné que "la liberté d'expression constitue l'un des principes fondamentaux de notre République" mais que "cette liberté s'exerce dans le cadre de la loi et sous le contrôle des tribunaux, dès lors qu'ils sont saisis".
En déplacement au Caire, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a déclaré qu'il était "contre toutes les provocations surtout dans une période aussi sensible que celle-là", ajoutant, "la liberté d'expression existe mais je suis absolument hostile à toute provocation".
"Je ne vois pas l'utilité d'une provocation et je la condamne" (Laurent Fabius)
La réaction des musulmans de France
Dès mardi soir, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur a lancé un "appel au calme". Il s'est dit étonné et attristé de la parution de nouvelles caricatures qui risque, selon lui, "d'exacerber l'indignation générale du monde musulman".
Dans un communiqué, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a condamné "avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe qui vise à offenser délibérément les sentiments des Musulmans". Son président, Mohammed Moussaoui, avoue qu'il a appris la publication de l'hebdomadaire avec une "profonde consternation".
"Service Temporarily Unavailable"
Mardi soir, à partir de 23h, le site internet de Charlie Hebdo a connu quelques petits problèmes. Il était par moment impossible de cliquer sur le lien vers la UNE du journal. Le message "503 Service Temporarily Unavaible" s'affichait par intermittence.
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