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Déco 2012 : l’héritage de Jean Prouvé

le Dimanche 12 Février 2012 à 09:49
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110 ans après sa mort, la ville natale de l’architecte, Nancy, lui rend hommage tout au long de cette année 2012, avec une série d’expositions. Des meubles scolaires à la maison des « jours meilleurs », Jean Prouvé reste aujourd’hui l’un des architectes /designers les plus cotés, ses créations s’adjugent plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Pupitre Jean Prouvé. © Anticthermal

Toute son enfance, Jean Prouvé (1901-1984) , fils du peintre Victor Prouvé,  a baigné dans la philosophie de l’Art Nouveau. Cette idée que l’art devait descendre dans la rue, pour être populaire au sens noble du terme, c'est-à-dire servir à tous.

Cette idée ne le quittera jamais tout au long de sa carrière. Il commence comme apprenti ferronnier dans la banlieue de Nancy, avant de devenir architecte et designer, même si le mot "designer" n’existait pas dans les années 1950 !  (Pour un historique complet, je vous conseille ce site.)

Maison de sinistrés. © Anticthermal.

Comme architecte, il crée les maisons de sinistrés après la guerre, pour tous ces gens qui rentrent de déportation et qui n’ont plus rien. Des maisons en kit, à monter en quelques jours, voire en quelques heures. Elles sont en bois (lattes de bois à l’extérieur)  sur une armature en fer, avec une charpente en tôle pliée.

Après l’hiver 1954, Prouvé travaille avec l’Abbé Pierre, pour concevoir là encore des maisons "d’urgence" en quelques sortes, pour les plus pauvres. C’est la "maison des jours meilleurs" (1956)  saluée d’ailleurs par Le Corbusier comme étant "la plus belle maison que je connaisse".

Elle est très avant-gardiste, cette maison, avec le bloc sanitaire au centre de l’habitat et non pas relégué dans un coin de la maison. Le bloc sanitaire, c’est la cuisine, la salle de bains, les toilettes, regroupés dans un seul bloc fermé. D’un coté on accède à la salle de bains, de l’autre il y a la cuisine. L’avantage c’est que tous les tuyaux sont concentrés au même endroit. Dans cette maison, la cuisine est ouverte sur le salon, comme les grandes pièces à vivre d’aujourd’hui.  Trop d’innovations pour les années 1950, l’état refuse cette maison.

Maison d'instituteur (région de Metz). © Anticthermal.

Prouvé n’aura pas plus de chance avec sa maison "tropicale" : il fallait reconstruire vite après la guerre, y compris dans les anciennes colonies. Prouvé chercha donc à concevoir une maison que l’on pourrait produire de façon industrielle, mais qui serait adaptée aux exigences climatiques de l’Afrique. Sur cette maison "tropicale", il pose  alors des brise soleil sur les murs et des toitures ventilées. Les différentes parties de la maison sont fabriquées dans les ateliers lorrains de Prouvé  et sont expédiées ensuite par avion cargo. Deux projets sont menés à bien à Dakar et à Niamey entre 1947 et 1949. Des projets peut être trop innovants, là encore. Ils resteront à l’état de prototypes.  (Pour en savoir plus, sur cette maison "tropicale" c’est par ici ).

En France, quelques maisons construites par Jean Prouvé, et notamment des maisons de sinistrés, existent encore aujourd’hui. Surtout en Lorraine, sa région d’origine, mais pas seulement, on en trouve aussi en île de France. Elles se vendent aux alentours de 80.000 €, surtout à des clients américains qui avaient très vite été séduits par l’inventivité de Prouvé.

Chaises standard, avec pieds triangulaires. © Anticthermal.

Des clients américains qui achètent aussi les meubles Prouvé :
des meubles très sobres, aux lignes épurées, faussement simples, faits de bois et de métal. La "signature" de Prouvé, ce sont les pieds de chaises ou de bureau en forme d’aile d’avion pliée. Ils sont triangulaires, en métal, en tôle d’acier pliée empruntée à l’industrie automobile.



Fauteuils kangourou. © Anticthermal.


Aujourd’hui on les qualifierait de meubles "design". A l’époque cela paraissait presque trop simple ! Ils sont fabriqués en série,  et équipent les universités, les collectivités, les écoles… Les chaises "standard", "Anthony" (du nom de la cité universitaire), les bureaux "compas" ( les pieds du bureau sont écartés comme les deux branches d’un compas) … 
S’ils semblaient banals dans les années 1960 et 1970, aujourd’hui ces meubles se vendent très très chers : 40.000€ pour une chaise "Anthony", et jusqu’à 152.000 € (un million de francs en 2001) pour une paire de fauteuil Kangourou adjugée à Nancy à l’hôtel des ventes Anticthermal. 
La cote de Prouvé était très haute au début des années 2000, elle est un peu redescendue aujourd’hui mais un siège se vend encore autour de 20.000€ ! 

Bureau à caissons. © Anticthermal.


Et les clients viennent du monde entier. Souvent, donc, ce sont des Américains qui équipent leur boutique ou leur maison avec ce style de meuble. Et puis l’on voit apparaitre aujourd’hui une autre catégorie d’acheteurs : des cinquantenaires, férus de déco et d’esthétisme, qui apprécient particulièrement les lignes sobres des meubles de Prouvé  mais aussi le concept  en lui-même.

Car Prouvé aimait le travail de la matière avant tout. Chercher à comprendre la matière, à contourner les contraintes pour créer ensuite un objet, un meuble etc. C’est ce qu’il apprenait à ses étudiants, au Conservatoire des Arts et Métiers dans les années 1960. Le cours ne s’appelait pas encore "design" mais cours "d'arts appliqués" et d' "esthétisme industriel". Yves Savinel  et Gilles Rozé  ont suivi ces cours. Dans la chronique audio, vous entendrez leur témoignage, ce qu’ils ont gardé de l’enseignement de Jean Prouvé. "Je me sens redevable" confiait hors micro Yves Savinel, qui vient de terminer sa carrière de designer.

Si vous êtes séduits par tout cela, sachez que vous pouvez trouver des  meubles de Jean Prouvé, dans les brocantes ou les vide-greniers. Beaucoup de gens ne savent pas que ces meubles ont une telle importance, d’autant qu’ils ne sont pas signés. Pour savoir si c’est bien un meuble Prouvé, regardez les pieds des chaises ou des bureaux. S’ils sont triangulaires, alors c’est bien  une création de Jean Prouvé.

Avec la complicité de Sylvie Teitgen (Anticthermal) et d’ Yves Savinel.