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30 août 1914 : les Russes craquent à Tannenberg

le Dimanche 13 Octobre 2013 à 10:10
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Alors que les troupes allemandes volent de succès en succès en France, l'entrée en action de l'allié russe est vitale. C'est tout le sens de l'alliance entre Paris et Moscou. Jusqu'au 30 août, tout va si bien que l'état-major allemand est obligé de prélever des troupes sur le front ouest pour tenter de contrecarrer l'offensive russe en Prusse orientale.

Prisonniers russes après la bataille de Tannenberg. © Berliner Illustrirte Zeitung/R.Minzloff

La bataille dite de Tannenberg va lui donner un coup d'arrêt. Du 26 au 30, les troupes du Kaiser démontrent leur supériorité sur celles du tsar. Et en France, l'angoisse monte d'un cran. Ses troupes reculent à peu près partout, mais en cette fin du mois d'août 1914, le général Joffre, chef d'état-major de l'armée française, peut se féliciter sur un point : sous la pression de Paris, les Russes sont au rendez-vous. Les Allemands ont perdu leur pari, sûrs que le grand ours de l'est, encore empêtré dans les ombres du Moyen-âge, serait très lent à mobiliser. De ce côté de la frontière, leurs troupes n'ont pas de vocation offensive.

Les Russes vainqueurs

Et non seulement les Russes sont là, mais encore ils sont vainqueurs. Ils culbutent l'armée allemande à Gumbinnen, malgré leur préparation incomplète. Toute la Prusse orientale, berceau d'un grand nombre d'officiers allemands, est ouverte aux hommes du tsar. Panique et colère à Berlin. Première mesure, deux divisions allemandes sont retirées du front occidental, pourtant décrété prioritaire. Ensuite, le haut commandement du front est réorganisé. Le vieux général Paul von Hindenbourg, héros de la guerre de 70, est sorti de sa retraite, flanqué du très agressif Erich von Ludendorff. Sa première mesure est de stopper la retraite de ses troupes.

Hindenbourg attaque

En face, les succès russes cachent de graves faiblesses. Pressés par la France d'attaquer, ils ne sont pas prêts. Ils manquent de logistique alors que les distances à parcourir sont énormes, officiers et soldats sont insuffisamment formés, la valeur de la troupe chancelle au premier revers. La IIème armée de Samsonov en particulier n'a pas achevé sa mobilisation. Or c'est précisément celle-ci qu'Hindenbourg se prépare à attaquer.

L'objet de la semaine, présenté par Frédérick Hadley, de l'Historial de la Grande Guerre de Péronne, dans la Somme :

Boule de Noël à l'effigie d'Hindenburg, vainqueur de Tannenberg : le culte du héros jusque dans la crèche. © Historial de la Grande Guerre

La bataille de Tannenberg de la fin août est la seule grande bataille de la Grande Guerre qui se déroule en Allemagne. Elle symbolise pour celle-ci l'encerclement dont elle serait victime en 1914 de la part des Alliés. Comme en France (mais de manière inversée) l'avancée des troupes étrangères crée une grande panique qui s'accompagne d'un exode massif des civils allemands en Prusse orientale. Les œuvres de bienfaisance devront se mobiliser pour répondre à l'urgence.
Face à la menace, Hindenburg et Ludendorff utilisent le réseau ferré plus dense que du côté russe pour battre successivement (et donc séparément) les deux armées d'invasion russes.
 
La victoire de Tannenberg est plus qu'un soulagement, elle incarne le lieu où la nation allemande a été sauvée et Hindenburg devient un héros. Comme pour Joffre après la bataille de la Marne, les objets souvenirs à son effigie se multiplient. Ce véritable culte se poursuivra bien au-delà de la guerre puisque le vieux général sera élu par deux fois président de la République de Weimar dans l'Entre-deux-guerres.
Notons que la bataille de 1914 n'a pas eu lieu à Tannenberg même mais Hindenburg impose ce nom pour gommer la défaite des chevaliers Teutoniques face aux Polono-Lithuaniens lors de la première bataille de 1410. Ainsi, les combats de 1914 s'inscrivent dans une longue histoire de construction nationale et d'extension vers l'Est.

France Info y était, une chronique à retrouver tous les dimanches sur France Info à 10h15, 14h45 et 17h15.

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Vos réactions sur cette info
Avatar de anonyme
roger christiani (anonyme),
Excellente chronique. Bravo à vous !
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