Avec Aller-retour (éd. Delcourt), le toulousain Frédéric Bézian signe son album le plus personnel et l'un des plus ambitieux de ce début d'année. Un travail sur la mémoire et le deuil de l'enfance.
Bézian, aller-retour © Delcourt Bézian
Bézian a passé son enfance près de Carcassonne dans un village fait de rues concentriques dans lesquelles le dessinateur revient régulièrement sur ses pas depuis que sa famille en est partie en 1969.
A chaque fois, il éprouve la même sensation. Deux temps se télescopent: ici et maintenant, le moment de sa déambulation d’adulte, et hier qui n’est pas tout à fait ici, le temps de la mémoire, celui des images emmagasinées. L’angle de vue a changé. Quand on est enfant, on lève souvent la tête ; aujourd’hui, Frédéric Bézian, 1m87, dit la baisser plus souvent.
Aller-retour, sa nouvelle bande dessinée parle de cela. De ces sentiments confus quand, sur les lieux qui vous ont vus grandir, on fait tout pour retrouver les émotions passées. Avec la claire conscience que c’est un leurre. Et l’inconscience de vouloir y croire. Une note de musique, le grain de la pierre, une odeur fugace suffit.
Avec la série Adam Sarlech, on avait découvert Bézian auteur de bandes dessinées inquiétantes, baroques et fantastiques. Puis l’auteur, creusant la veine du thriller, avait inscrit dans le réel des récits tout aussi inquiétants : Les Garde-fous, Chien rouge, chien noir.
Aller-retour, qui tient de l’autofiction, tend à la banalisation du propos. Le livre parvient néanmoins, par son écriture abondante et sa maîtrise du dessin inachevé, à conserver cette dimension qui fait la marque du toulousain à la plume acérée, aux arbres torturés, aux ombres habitées. Quand on lui fait remarquer qu'il est perpétuellement inquiétant, Bézian répond: "plutôt inquiet".
Aller-retour, Bézian, aux éditions Delcourt.

Info manga © Radio France
Tous les 15 jours, Jean-Christophe Ogier accueille ici la chronique "Info manga" de Lætitia de Germon de la rédaction de franceinfo.fr. Pour vous guider parmi les nombreuses, parutions, Lætitia vous livre sa sélection et ses coups de cœur.

Secret service © Kurokawa - Cocoa Fujiwara
Secret service, Maison de Ayakashi de Cocoa Fujiwara chez Kurokawa
Ririchiyo vient d'emménager dans la "Maison de Ayakashi", une résidence réservée à ceux qui sont nés de l’union entre une créature surnaturelle et un humain. Dans cette maison, chaque habitant à son propre serviteur, qui fait aussi office de garde du corps. Sôshi va ainsi obéir au doigt et à l’œil de Ririchiyo, qui ne peut s’empêcher d’être désagréable dès qu’elle s’adresse à quelqu’un. Mais la jeune fille n’est pas au bout de ses surprises. Ce premier tome nous fait découvrir un à un les occupants de la résidence et les relations qui les unissent.
Romance, humour, action, ce manga mélange un peu tous les genres.
La bande-annonce de Secret service, Maison de Ayakashi

Bonne nuit Punpun ! © Kana - Inio Asano
Bonne nuit Punpun ! d’Inio Asano chez Kana
Punpun, qui ressemble à un poussin, est un jeune garçon de
CM1. Sa vie va basculer le jour où son père, alcoolique, et qui bat sa femme, est
envoyé en prison. Contraint de cohabiter avec son oncle, Punpun partage ses
journées entre l’école, ses copains, avec qui il découvre les mystères de la
sexualité, et Aiko, la nouvelle élève dont il est fou amoureux. Sa vie va
changer encore un peu plus.
Bonne nuit Punpun ! est un manga un peu décalé, prenant et touchant à la
fois. Les personnages ne manquent pas de nous surprendre, comme le graphisme
très simple pour Punpun et sa famille, mais très précis et expressif pour le
monde et les personnages qui les entourent.
La bande-annonce de Bonne nuit Punpun !

Front mission – Dog Life & Dog Style © Ki-oon - Yasuo Ôtagaki - C.H. Line
Front mission – Dog Life & Dog Style de Yasuo Ôtagaki (scénario) et C.H. Line (dessins) chez Ki-oon
En 2090, une guerre éclate sur l’île de Huffman, dans l’océan Pacifique, entre l’USN (union des Amériques) et l’OCU (union de l’Océanie et de l’Asie du sud-est), les deux superpuissances mondiales qui en convoitent les richesses naturelles. Le journaliste japonais Akira Matsuda est envoyé sur place pour suivre les évènements. Il va être aidé par Kenichi Inuzuka, un reporter freelance effacé qui arpente les champs de bataille pour mettre sur le net des photos atroces témoignant de la réalité de cette guerre.
Adapté du jeu vidéo Front Mission, le manga possède un graphisme efficace qui plonge immédiatement le lecteur au cœur de la guerre, avec un mélange de scènes très violentes, voire chocs. Le récit assez froid privilégie le drame humain. A réserver à un public averti.

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