L'ex-locataire de l'Elysée est-il intervenu personnellement dans l'enquête sur l'affaire Bettencourt ? Ces derniers mois, le juge d'instruction bordelais Jean-Michel Gentil aurait recueilli des preuves contre l'ancien président de la République. Le juge enquête sur un possible financement illégal de l'UMP par la famille Bettencourt.
Nicolas Sarkozy et Philippe Courroye lors d'une cérémonie au Mont Valérien, à Suresnes © Reuters - Charles Platiau
Mardi matin, l'ex-procureur de Nanterre Philippe Courroye sera entendu à Bordeaux "en qualité de témoin", précise son avocat. Parallèlement, selon le site d'information Médiapart, plusieurs proches de Nicolas Sarkozy vont être entendus cette semaine par les policiers parisiens de la brigade financière : l'avocat Thierry Herzog, l'ancien secrétaire général de l'Elysée Xavier Musca et celui qui fut le conseiller à la justice de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart.
Le juge chercherait à démontrer que l'ancien président de la République est intervenu personnellement dans le dossier judiciaire Bettencourt. Bref, que l'enquête préliminaire (menée par Philippe Courroye) a été téléguidée par l'Elysée.
Des rendez-vous entre Sarkozy et Courroye
Le juge s'appuie sur des éléments matériels recueillis au début de l'été lorsqu'il a perquisitionné le domicile parisien de l'ancien chef de l'Etat, ainsi que son nouveau bureau situé dans le VIIIe arrondissement. Jean-Michel Gentil était reparti à Bordeaux avec, sous le bras, les agendas de Nicolas Sarkozy. On pensait alors que le magistrat cherchait la trace de rendez-vous secrets avec les Bettencourt pendant la campagne présidentielle de 2007, rendez-vous durant lesquels le candidat de l'UMP aurait pu réclamer de l'argent à la famille milliardaire.
En fait, selon nos informations, le juge Gentil aurait trouvé dans ces agendas des rendez-vous avec Philippe Courroye. C'est lui qui était chargé de l'enquête préliminaire sur les différents volets de la saga Bettencourt. Le procureur a freiné des quatre fers pour enquêter sur un éventuel financement politique illicite dans cette affaire.
Le dossier allait-il devenir trop gênant pour l'UMP, l'Elysée a-t-il cherché à ce que la vérité judiciaire n'éclate pas ? Une source judiciaire affirme que oui, ajoutant que le juge Gentil disposerait de preuves. Selon cette source, l'Elysée aurait suivi en temps réel l'enquête du parquet de Nanterre. Lilianne Bettencourt aurait été avertie des investigations en cours ou à venir (c'est d'ailleurs ce qui ressort des enregistrements clandestins réalisés par le majordome au domicile de la vieille dame). Le gestionnaire de la fortune de la milliardaire, Patrice de Maistre (mis en examen depuis pour abus de faiblesse) aurait, lui aussi, été en contact régulier avec le "monsieur Justice" de l'Elysée, Patrick Ouart.
Un coup d'éclat pour le juge ?
Pour autant, la montagne pourrait bien accoucher d'une souris. Il semble peu probable que le volet "financement politique", le plus sensible de cette saga judicaire, débouche sur des mises en causes pénales. Premièrement : le juge n'a pas la preuve formelle que l'argent des Bettencourt a servi à financer la campagne présidentielle de l'UMP en 2007, et ce malgré la mise en examen de l'ancien trésorier du parti, Eric Woerth. Deuxièmement : selon une source judiciaire, même si ce financement occulte était avéré, les faits seraient prescrits. Le juge Gentil aurait d'ailleurs renoncé à l'idée de convoquer l'ancien président pour l'entendre.
Selon nos informations, le juge veut s'offrir un dernier coup d'éclat en interrogeant la garde rapprochée de Nicolas Sarkozy. Le magistrat veut aller vite, il souhaiterait boucler ses instructions avant la fin de l'année, puisqu'il doit en principle quitter Bordeaux dans quelques mois.
Seuls le volet "atteinte à la vie privée" et la partie (plus tentaculaire) "abus de faiblesse" de l'affaire Bettencourt devraient déboucher sur des procès au pénal, l'an prochain.

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