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Quand l'ADN permet de résoudre de très vieilles enquêtes

le Jeudi 9 Février 2012 à 07:15
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Grâce au Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques, l'un de ses agresseurs présumés d'Elodie Kulik, tuée il y a 10 ans, a été identifié. L'occasion de s'intéresser à ce supermarché de l'ADN qui ne cesse d'être alimenté.

1.950.647. C'est le nombre d'ADN recensés fin 2011 dans le FNAEG. Près de 2 millions de codes barres précieusement stockés par la police technique et scientifique. L'année dernière, 340 000 nouveaux profils génétiques y ont été enregistrés. Des ADN connus, prélevées sur des personnes impliquées dans une affaire. Des ADN inconnus aussi, trouvés sur des scènes de crime ou de délit.

340 000 nouveaux profils génétiques, cela parait énorme, c'est pourtant la norme depuis quelques années. Le prélèvement d'ADN est en effet devenu systématique pour certains. Comme pour le Service Local de Police Technique et Scientifique de Mantes la Jolie dans les Yvelines. Là bas sur 90 % des affaires, on se déplace avec un kit de prélèvement, un écouvillon notamment, sorte de gros coton tige. Instrument qui ne quitte jamais le policier Arnaud Desdoits. C'est "l'outil qu'on utilise le plus fréquemment" explique-t-il. Instrument "indispensable" que le policier a utilisé 4 fois ce jour là. Dans une voiture abandonnée par son conducteur: prélèvements sur le volant, le pommeau de vitesse, une poignée de porte. Arnaud Desdoits l'admet: "C'est du prélèvement de masse". Mais du prélèvement nécessaire d'après lui. "C'est ça qui nous motive" raconte le policier, "l'identification potentielle d'une personne à partir d'un frottement sur un objet...C'est pas magique, c'est scientifique".

Grâce au fichier, des affaires élucidées 25 ans après les faits

Car une fois les prélèvements effectués, c'est direction le laboratoire et le fichier des empreintes génétiques pour tenter de mettre un nom sur cet ADN. On attend que ça "matche" disent les policiers.

Et l'année dernière ça a matché. On a compté près de 14.000 rapprochements. 14.000 fois l'ADN entré dans le fichier a correspondu à un ADN qui y figurait déjà. Cela veut dire potentiellement du nouveau dans une affaire voire une élucidation.

Et parfois des années après les faits. Exemple avec le rebondissement récent dans l'affaire Elodie Kulik, cette jeune directrice d'agence bancaire violée et tuée dans la Somme en 2002. Un préservatif et un mégot avaient été retrouvés près du corps de la victime. Malgré plusieurs milliers d'expertises ADN, ça ne donne rien, jusqu'au mois dernier. Grâce à la technique dite de l'ADN apparenté - on recherche dans le fichier un ADN proche de celui relevé sur le lieu du crime, une première dans une affaire criminelle - l'agresseur présumé d'Elodie est confondu. Il s'agit d'un jeune homme, mort quelques mois seulement après l'agression.

Autre exemple frappant: l'affaire Angélique. C'était en 96 dans l'Oise, une jeune fille, Angélique, est également violée et tuée. Des traces de sperme sont prélevées sur son corps mais rien...jusqu'à l'année dernière. L'ADN d'un homme arrêté pour violences conjugales est ajouté au fichier. Et, surprise, c'est ce même ADN qui a été retrouvé sur la scène de crime 15 ans auparavant. On tient le meurtrier présumé d'Angélique. Un aboutissement pour sa mère Marie-Pierre Mazier qui n'a jamais douté: "Je me disais toujours: un jour le fichier va parler. Et on a réussi à l'avoir, parce qu'il frappait sur sa femme! Tous les jours on voit dans les journaux: 20 ans après, 25 ans après...on les retrouve! grâce au fichier".

Marie-Pierre Mazier : "Il faudrait que nous soyons tous fichés"

Du coup, Marie-Pierre Mazier milite pour une généralisation des prélèvements ADN. La liste des infractions qui donnent lieu à un prélèvement a pourtant été considérablement élargie. A la création du fichier, en 1998, seuls les délinquants sexuels définitivement condamnés pouvaient être fichés. Aujourd'hui, c'est le cas depuis 2003, on peut prélever de l'ADN sur un cambrioleur, un faucheur d'OGM, un proxénéte, un escroc, un casseur, un voleur...cela concerne près de 140 infractions. Les condamnées et les suspects à partir de 13 ans. Beaucoup, mais pas suffisant pour Marie-Pierre Mazier qui envie les britanniques. Au Royaume-Uni, le fichier des empreintes génétiques est au moins 2 fois plus fourni qu'en France. "Si on prélevait les chauffards, ce serait déjà bien mieux" explique la mère d'Angélique - elle a d'ailleurs interpellé les candidats à la présidentielle à ce sujet.

Ce qu'elle souhaite, à terme: "Que tout le monde soit fiché, dès la naissance". Ainsi, d'après elle, José Mendes Furtado, le meurtrier présumé de sa fille, qui s'est suicidé très vite après son prélèvement, n'aurait pas échappé à la police. "Si on était tous dans le fichier, et bien c'est sur que Furtado, on l'aurait retrouvé tout de suite", soupire Marie-Pierre Mazier. "J'aurais pas eu 15 ans de combat, de fatigue, de nuits passées à ne pas dormir. Il aurait pu me donner toutes les réponses aux questions que je me pose depuis 15 ans. C'est important pour les familles".

Syndicat de la Magistrature : "Une alimentation de masse dangereuse"

Ficher tout le monde? La proposition fait hérisser le poil de beaucoup et notamment de Matthieu Bonduelle, magistrat, président du Syndicat de la Magistrature. Pour lui, on alimente déjà beaucoup trop le fichier. "Dans une démocratie, il y a un équilibre à respecter entre la recherche légitime des auteurs d'infraction et le respect des libertés individuelles" explique-t-il. "Ca n'est pas neutre de mettre le profil génétique de quelqu'un dans un fichier pendant 25 ans - quand il est mis en cause - ou 40 ans - quand il est condamné. On ne sait pas de quoi demain sera fait. On ne sait pas quelles erreurs peuvent être commises dans l'enregistrement, dans la gestion, dans l'exploitation de ce fichier". Ainsi, Mathhieu Bonduelle comprend "les militants qui, pour des infractions très peu graves - fauchage d'OGM, action anti-publicité par exemple - ne veulent pas se retrouver pendant 25 ou 40 ans dans le même fichier que Michel Fourniret".

Mathieu Bonduelle qui a récemment tenu à témoigner en faveur d'un ancien syndicaliste CGT. Arrêté pour le saccage d'un bâtiment public, il a refusé que l'on prélève son ADN. Sauf que c'est illégal. Il vient d'être condamné à 1200 euros d'amende.