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Pussy Riot en appel : la guerre des icônes

le Lundi 1 Octobre 2012 à 07:15
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Examen ce lundi de l'appel des Pussy Riot, ces trois jeunes activistes condamnées en première instance à deux ans de camp pour avoir chanté en février dernier une prière anti-Poutine dans la cathédrale Saint Sauveur de Moscou. Leur jugement a suscité une énorme vague d'émotion et de nombreux soutiens d'artistes mondialement connus. Comment ces soutiens sont-ils perçus en Russie ? Quel sort attend les trois jeunes femmes et quelles lignes ont-elles fait bouger au sein de la société russe? Claire Chaudière est allée à Moscou.

PUSSY RIOT PERFORMANCE RISQUE 7 ANS DE PRISON © vavazzzzzz

Dans la galerie d'art underground Vinzavod, en bordure du centre-ville de Moscou, l'artiste peintre Evguénia Maltseva montre au public ses tableaux depuis deux semaines. Sept tableaux dont trois ont été bénis pour en faire des "icônes" au sens propre du terme. Trois tableaux qui représentent les nouvelles icônes russes, Nadejda Tolokonnikova, Maria Alekhina, et Ekaterina Samoutsevitch. Sur la toile apparaissent en négatif les visages encagoulés des activistes emprisonnées.

Une des peintures de l'exposition du peintre Maltseva © Radio France Claire Chaudière

Lors de l'inauguration de cette exposition une vingtaine de militants orthodoxes est venue chercher la bagarre. Ils ont été interpellés par la police de Moscou. Depuis mars dernier, la capitale russe vit au rythme de ces altercations, de ces débats entre pro et anti Pussy Riot. 

De nombreux soutiens d'artistes internationaux

L'émotion suscitée par cette affaire a surpris beaucoup de Russes, y compris les proches des jeunes femmes. De Madonna à Jeanne Cherhal en passant par les Red Hot Chili Peppers, la mobilisation a été très importante. 

Jeanne Cherhal soutient les Pussy Riot  
 

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Tant qu'il y aura des Pussy / As long as there will be Pussies (Jeanne Cherhal) © ILYAuraDesPussy

Pourtant malgré tous ces soutiens, "la Russie n'est pas prête à adoucir son jugement en appel" explique Mark Feyguin l'avocat de Nadiejda Tolokonnikova. "C'est une décision politique, et qui restera politique. Vladimir Poutine a besoin de prouver qu'il garde la main sur cette affaire. Et si l'Occident est derrière les Pussy Riot, l'opinion publique en Russie est beaucoup plus partagée. Elle est même dans l'ensemble assez hostile" aux trois Moscovites.

Madonna's speech in support of the Pussy Riot at the concert in Moscow Madonna Free Pussy Riot © PussyRiotEng

Une opinion publique russe très partagée effectivement. Le chauffeur de taxi vous explique "qu'elles ont violé une loi sacrée", votre voisine de restaurant que "si elles avaient fait la même chose dans la rue, elle aurait accepté, mais dans une église, non. Deux ans de camp, c'est une décision normale", pour Anastasia une trentenaire Moscovite, de la même génération que celle des Pussy Riot.

Condamnation disproportionnée

De plus en plus de Russes, malgré tout, ont été progressivement convaincus de la disproportion de la peine appliquée aux Pussy Riot. "Même au sein de l'église orthodoxe, des prêtres demandent leur libération" assure Yaroslav Nikitenko, militant pro-Pussy Riot très impliqué dans la mobilisation moscovite. Au sein du mouvement de contestation, même les franges les plus nationalistes ont récemment pris position en faveur des Pussy Riot, à l'image de la star politique, le blogueur Alexis Navalny, qui ne défend pas leur action honteuse, mais "l'arbitraire qui a entaché leur condamnation" le 17 aout dernier, "ce même arbitraire qui a poussé des milliers de Russes à descendre dans la rue depuis l'hiver dernier pour demander des élections propres".

Quelle que soit la décision rendue par la justice russe, "cette affaire aura ouvert un débat que les Russes ne sont pas prêts de refermer", conclut Sacha Koulaieva de la FIDH, la fédération, "dans un pays où l'arbitraire ne se discute d'habitude pas". Un débat autour de la place de la religion dans la société, du lien entre Eglise et Etat en Russie. Un débat porté par trois féministes, "ce qui est aussi quelque chose que de nombreux Russes n'acceptent pas ou ne comprennent pas".

Même si le Premier ministre Dimitri Medvedev a laissé entendre que la place des Pussy Riot n'était pas derrière les barreaux et a "relancé" le suspense à l'approche de cette nouvelle audience, très peu de personnes croient véritablement à une surprise lors de ce procès en appel.