Le 5 mai 1992, quelques minutes avant une demi-finale très attendue entre les locaux du SC Bastia et l'OM, la partie supérieure d'une tribune bâtie à la hâte et en dépit des règles les plus élémentaires de sécurité s'effondre, causant la mort de 18 personnes et en blessant 2.300 autres. Vingt ans plus tard, au moment où, pour le symbole, le club bastiais s'apprête à retrouver la ligue 1, la catastrophe de Furiani et ses blessures sont encore très vives dans la région.
La stèle d'hommage aux victimes, à l'entrée du stade de Furiani © Radio France - Matteu Maestracci
Ils sont deux, déjà presque "anciens combattants" de ce souvenir, de leurs témoignages, et conservent pourtant cette dignité, ce sourire et cette patience lorsqu'un journaliste leur demande de revenir sur le 5 mai 1992. Paul Calassi, 68 ans, est un ancien pilote de rallye et restaurateur, en fauteuil roulant depuis sa chute ce soir-là, épuisé par les interventions chirurgicales et traitements à répétition, dans une très belle maison de Poggio d'Oletta, qui donne sur la région de Patrimonio et le golfe de Saint-Florent. Présente à ses côtés, en fauteuil aussi, Karine Grimaldi, 39 ans, une douceur communicative et un physique presque "breton", yeux bleus, peau claire et cheveux blonds. Le 5 mai 1992, elle qui ne s'est jamais intéressé spécialement au football mais voulait participer à cette "fête" est tombée avec sa soeur Santa, agée de 15 ans, qui est décédée après sa chute.
Pour eux bien sûr, il ne s'agit que d'un "simple" anniversaire, déjà le vingtième, et ce compte rond pour arriver à 20 qui suscite un peu plus d'attention médiatique cette année ne change absolument rien, les hommages, les cérémonies "aussi sobres que d'habitude", le deuil ne différent pas des autres années, ni des autres jours. Et pourtant, la douleur est toujours présente, la "colère" toujours forte. Karine Grimaldi et Paul Calassi se battent encore pour que le coût élevé de leurs traitements et interventions continue d'être pris en charge par le fonds spécial destiné aux victimes, et partiellement remboursé par la CPAM comme une "simple" autre maladie ou handicap.
Lors des deux procès, en correctionnelle puis en appel, en 1995, la fureur de beaucoup de proches de victimes avait accueilli des peines et condamnations selon eux insuffisamment lourdes, et de manière générale tous avaient déploré ne pas avoir su "la vérité". La "double billetterie", pensée par certains dirigeants du club et estimée à 2 millions de francs à l'époque, n'a jamais été retrouvée. Et le président du club au moment des faits, Jean-François Filippi, a été assassiné devant son domicile en décembre 1994.
Au-delà de ce vingtième anniversaire, la catastrophe de Furiani s'est invitée récemment dans l'actualité lorsque Lauda et Josepha Guidicelli, étudiantes, filles de Pierre-Jean, technicien à France Bleu Frequenza Mora qui a trouvé la mort dans ce drame, ont lancé une pétition fin 2011 pour refuser que soit jouée une journée du championnat de France le samedi 5 mai, pour rendre hommage aux victimes et ne pas fêter le football lors d'un tel anniversaire. Près de 40.000 personnes dont plusieurs personnalités du ballon rond l'ont signée. Si les instances du football français ont finalement décalé la soirée concerné, rien ne dit que la date du 5 mai ne sera plus utilisée dans le calendrier professionnel lors des prochaines années.
Comme un clin d'oeil au destin, dans cette île où rien n'est vraiment comme ailleurs et les passions souvent plus enflammées, le Sporting Club de Bastia - qui n'est pas passé loin de la disparition sportive en 2010 avec une rétrogradation en CFA, championnat de France amateur - jouera en ligue 1 la saison prochaine, une élite que le club a quittée il y a sept ans. Et si la plupart des personnes interrogées ne dressent aucun parallèle entre les deux événements et préfèrent y voir une simple "coïncidence", il est impossible à mesure que la date approche de ne pas ressentir une émotion différente, voire un frisson au stade de Furiani, dont les deux plus grandes tribunes sont aujourd'hui flambant neuves, mais une enceinte pas encore complètement en harmonie avec les normes exigées au plus haut niveau du football français.
Lundi 23 avril ils étaient près de 15.000, l'une des trois meilleures affluences dans l'histoire du club bastiais, pour assister à la rencontre synonyme de montée face à Châteauroux. Ce soir-là le "vétéran" et ex-international Jérôme Rothen s'est dit fier, même si c'est "dérisoire", de "redonner un peu le sourire aux proches des victimes".

La tribune Nord, celle qui s'est effondrée, est neuve aujourd'hui, mais pas totalement terminée © Radio France Matteu Maestracci

La tribune Sud a, elle, été terminée voici un an © Radio France Matteu Maestracci

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