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Enregistrements de Merah : soupçons de fuite au sein de la police

le Lundi 9 Juillet 2012 à 16:13 mis à jour à 21:04
Par Marion Bernard, Anne Lamotte

L'enregistrement de Mohamed Merah n'était consultable qu'au palais de Justice de Paris. © SIPA

Les bandes des conversations entre Mohamed Merah et les policiers du Raid étaient placées sous scellés, mais plusieurs copies ont circulé dans les différents services travaillant sur l'affaire. Après la diffusion d'une partie des échanges dimanche soir sur TF1, le CSA a annoncé lundi la convocation de la chaîne ainsi que celles de BFM-TV et I-Télé pour une audition mardi.

La polémique se poursuit après la diffusion, dimanche soir dans l'émission Sept à huit d'une partie des enregistrements des conversations entre Mohamed Merah et les policiers du RAID. Des heures de conversations capturées par le RAID sur un simple iPhone, le 21 mars dernier, lors de l'assaut mené à Toulouse contre le "tueur au scooter". Des échanges retranscrits sur 187 pages, dans un dossier "rapidement mis sous scellés" selon une source proche de l'enquête. Les bandes ont ensuite été ressorties, momentanément, des scellés, le temps que les conversations soit retransmises sur papier.

Les bandes sont restées sous scellés

Seules les retranscriptions de ces bandes, et non pas les enregistrements physiques, ont donc atterri jeudi dernier sur le bureau des juges d'instruction. De leur coté, les avocats des familles des victimes rappellent que ces dernières n'avaient même pas eu accès à de telles pièces, dont plusieurs copies ont pourtant circulé dans les services concernés comme la DCRI (renseignement intérieur) ou la DCPJ (police judiciaire).

Lundi la "police des polices" a tenté en vain de récupérer les enregistrements auprès de la société de production Éléphant et Cie. "Vers 18h30, deux policiers sont venus avec une réquisition pour obtenir les supports audio et vidéo contenant l'enregistrement de la négociation", a indiqué Frédéric Boisset, un des rédacteurs en chef de "Sept à Huit". "Le matériel qu'on nous a demandé n'existe plus. Mais on a remis une copie du reportage à la police", a-t-il ajouté.

TF1, BFM-TV et I-Télé convoquées devant le CSA

Le CSA, par la voix de son président Michel Boyon, avait déjà fait part ce matin de son indignation : "Je suis profondément choqué. Ce n'est pas acceptable qu'on puisse se moquer ainsi de la douleur des familles ou manquer de respect à des personnes qui ont été blessées". La sentence n'a pas tardé : après avoir demandé aux différentes chaînes de télévision de ne pas rediffuser les enregistrements de Merah, le CSA annonce la convocation pour audition, mardi, des rédactions incriminées : TF1, mais aussi BFM-TV et I-Télé. 

Diffusion sur TF1 : les parties civiles décident de porter plainte

Alors que les familles des victimes, qui ont exprimé leur colère dès dimanche soir, annoncent le dépôt d'une plainte collective contre TF1 pour "recel du secret de l'instruction", l'un des avocats de la partie civile, Me Jean Tamalet, qui défend le frère d'un des militaires abattus, s'interroge sur le motif éventuel de cette fuite : 

"Sans vouloir jeter de l'essence sur les braises encore ardentes de la guerre entre les services, est-ce qu'on ne peut pas légitimement se demander si c'est la DCRI, la SDAT (sous-direction antiterroriste) ou le laboratoire de police scientifique qui a eu à un moment ou un autre intérêt (...) à transmettre la copie à la presse ?" 

Selon Me Béatrice Dubreuil, autre avocate des proches des victimes, les juges avaient assuré que ces enregistrements seraient placés sous scellés et qu'un dispositif d'alerte serait mis en place : "Un point extrêmement important pour les familles". Toutefois, les "fuites" auraient pu survenir avant même la mise sous scellés, ou lors de la retranscription "papier" des échanges : les enregistrements numériques ont été faits avec un téléphone portable, des fichiers ainsi faciles à transférer sur divers supports (CD, clé USB).

Dans cette enquête, toute personne qui concourt à la procédure est soumise au secret de l'instruction (enquêteurs, greffiers...). "Il convient donc de s'interroger sur les moyens par lesquels le diffuseur a pu se procurer le dit enregistrement" déclarait hier soir Manuel Valls, ministre de l'intérieur.

Par Marion Bernard, Anne Lamotte
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