L’ancien directeur du FMI va pouvoir exposer aux enquêteurs sa version de l’affaire du Carlton, dès ce matin. Plusieurs témoignages l’accusent d’avoir été client d’un réseau de prostitution dirigé depuis la Belgique par "Dodo la saumure".
Dominique Strauss-Kahn à son retour en France en septembre 2011. © Reuters Gonzalo Fuentes
Il le demandait depuis quatre mois. Dominique Strauss-Kahn sera interrogé ce matin sur l’affaire de l’hôtel Carlton de Lille. Le nom de l’ancien ministre socialiste apparaît dans le dossier comme possible client d’un réseau de prostitution. Plusieurs dirigeants de l’hôtel lillois sont mis en examen dans cette affaire, comme un responsable d’une filiale du groupe de BTP Eiffage et un autre de la police du Nord.
DSK avait demandé à être entendu "le plus rapidement possible" pour mettre fin à des "insinuations malveillantes", quand son nom est apparu dans la presse mi-octobre dernier. Plusieurs prostituées ont déclaré avoir eu des relations sexuelles avec lui en 2010 et 2011 à Washington et à Paris.
Deux qualifications possibles
L'ancien ministre socialiste pourrait être placé en garde à vue pendant son interrogatoire. Les faits évoqués sont susceptibles d’être qualifiés en recel d'abus de biens sociaux. DSK pourrait aussi être mis en cause pour proxénétisme, si la justice considère qu’il a joué un rôle dans l’organisation du réseau. Son interrogatoire pourrait durer jusqu'à 48 heures.
Dans le livre "Affaires DSK, la contre-enquête" de Michel Taubmann, l'ancien patron du FMI jugeait "insupportable" de voir son nom associé à la prostitution. Il reconnaissait avoir "participé à des soirées libertines, mais d'habitude, les participantes à ces soirées ne sont pas des prostituées". Me Henri Leclerc, un des ses avocats, a aussi déclaré que DSK "pouvait parfaitement ignorer" que les femmes rencontrées lors de soirées étaient des prostituées.
Déjà huit mises en examen
Huit personnes sont poursuivies dans ce dossier parti d'une affaire de proxénétisme en Belgique et de l’arrestation de Dominique Alderweireld, un français surnommé "Dodo la saumure". Son réseau aurait mis des prostituées à disposition de clients de l'hôtel Carlton et de personnalités lilloises.
L'enquête cible en particulier trois hommes qui auraient joué un rôle d'intermédiaires entre Dodo la saumure et DSK. Tous trois ont été mis en examen pour proxénétisme aggravé en bande organisée et abus de biens sociaux.
Le commissaire divisionnaire lillois Jean-Christophe Lagarde est soupçonné d'avoir organisé des déplacements de prostituées à Paris et aux Etats-Unis pour Dominique Strauss-Kahn en 2010 et 2011.
Selon les premiers éléments de l'enquête, ces femmes étaient rémunérées par Fabrice Paszkowski, gérant d'une entreprise de matériel médical et membre d'un club de réflexion strauss-kahnien, et David Roquet, ancien dirigeant d'une filiale du groupe Eiffage. Selon son témoignage, Eiffage connaissait ces pratiques, mais le groupe nie et s’est constitué partie civile.

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