"Il ne faut pas croire les énormités que vous proférez vous même..." Quand il n'était pas content, Philippe Séguin ne mâchait pas ses mots. Et ses colères sont légendaires. Mais pour beaucoup des journalistes qui l'ont suivi, l'ancien président de l'Assemblée nationale était une personnalité respectée, et attachante.
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Philippe Séguin, réélu président du RPR, qui ne cache pas ses larmes. Qui va porter sa vie durant le poids de la décoration reçue tout enfant au nom de son père tué pour la Libération de la France, ce qui expliquera sa colère quand Lionel Jospin avait évoqué la réhabilitation des fusiliers de 1918. Philippe Séguin qui fait des réussites pendant ses déplacements -je l'ai vu recommencer l'une d'entre elles en pariant sur son élection à la présidence de la République... sans succès. Ses proches qui craquent parfois devant ses célèbres colères, les téléphones ou les cendriers volaient, disait-on dans son bureau de l'hôtel de Lassay. Son rire impossible à imiter. Mais plus que des sons, plus que des images, ce sont ses mots qui resteront dans l'histoire politique de la Vème République. Des discours très écrits, souvent dévastateurs, gentiment ironiques, parsemés de maximes.
Beaucoup ont découvert Philippe Séguin opposé à François Mitterrand pendant la campagne du referendum de Maastricht. Mais il arrive au premier plan aux premiers jours de la campagne de Jacques Chirac fin 94-début 95. Il y avait les discours du candidat Chirac sur la fameuse fracture sociale, inspiré par Philippe Séguin et les discours de Philippe Séguin lui-même qui pulvérisaient le camp adverse, celui d’Edouard Balladur, à coup de textes ciselés au millimètre, des boulets de canon qui ont réveillé une présidentielle trop tranquille. Il y a eu le fameux "circulez il n’y a rien à voir" lancé à Bondy en janvier aux électeurs au tout début de la campagne quand l’élection d’Edouard Balladur était considérée comme acquise: “Le vainqueur a déjà été désigné. Proclamé. Fêté. Encensé. Adulé. Il est élu. Il n'y a pas à le choisir, il n'y a à le célébrer. Donc, ça n'est pas le peine de vous déranger...”Puis devant la polémique, le récit extrêmement détaillé et savoureux par Philippe Séguin de la façon dont il mettrait un bulletin au nom du Premier ministre dans l'enveloppe, et cette même enveloppe dans l'urne, si celui-ci devait être en tête au soir du premier tour. Et ce personnage si massif concluait d'un "chouette" qui ravageait de rire son public. Ou encore le message prémonitoire adressé à Jacques Chirac entre les deux tours de la présidentielle de 1995 alors qu’il savait déjà qu’il ne serait pas premier ministre, le "N’oublie pas le pacte républicain...N'oublie pas ce peuple qui t'aura fait confiance et dont tu seras le seul recours… " Dans cet hommage au président, entre les lignes, Philippe Séguin salue Chirac pour le supplément d’âme et de convictions qu'il avait apporté lui même à cette campagne…
Des relations compliquées avec les journalistes Philippe Séguin se jugeait incompris et mal aimé. La presse qu'il connaissait, c'était la presse écrite. Réduire un discours d'une heure voire de deux à 30", disons qu’il appréciait peu…Comme il n'aimait pas trop les papiers ou questions un peu dérangeantes. Quand par exemple candidat à la mairie de Paris, il avait décidé de se présenter en 4ème position sur la liste dans le 18ème arrondissement. un positionnement incompréhensible qu’il devra abandonner…
Sylvie Johnsson

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