La sexualité des détenus n'est pas prise en considération par l'institution. C'est l'amer constat qui ressort d'un livre qui sort aujourd'hui en librairie: "Sexualité et prison ; Désert affectif et désirs sous contrainte" écrit par Arnaud Gaillard et édité chez Max Milo. Ce sociologue a mené une enquête auprès de plusieurs dizaines de détenus et leurs familles, qui souffrent de ce manque de sexualité.
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Pour Arnaud Gaillard, la politique affichée dans le projet de loi pénitentiaire de maintien des liens familiaux et sexuels pour les détenus condamnés à de longues peines risque de ne rester qu'un vœu pieux, faute de structures appropriées. Le sociologue a enquêté pendant trois ans auprès d'une soixantaine de détenus dans cinq établissements pénitentiaires. Son constat: "La dimension sexuelle de l'incarcération n'est pas reconnue aujourd'hui. C'est une part de l'humanité des détenus qui n'est pas considérée par l'institution" . "En théorie, écrit-il, la France est en train de se donner les moyens d'avoir une politique de maintien des liens familiaux et de sexualité possible pour les longues peines". Mais "au rythme où vont les choses, il faudra à notre démocratie plusieurs dizaines d'années pour équiper le parc pénitentiaire" . En 2003, l'administration pénitentiaire a ouvert des unités expérimentales de visite familiale dans trois établissements pilotes. La décision de les étendre a été prise en 2006. Mais, souligne Arnaud Gaillard, "c'est un voeu pieux parce qu'il n'y a actuellement que sept unités de visites familiales (UVF) sur 194 établissements pénitentiaires". Et même avec de nouvelles prisons en perspective, "on va rester avec un nombre dérisoire de dispositifs de rencontres familiales, là où d'autres pays ont déjà incorporé cela dans leur système pénitentiaire" , explique-t-il, citant l'Espagne, l'Amérique latine, certains Etats américains et le Canada. Pourtant, aucun texte de loi n'interdit la vie sexuelle en prison. Un article du code de procédure pénale rappelle seulement que toute offense à la pudeur ou tout acte obscène constitue "une faute disciplinaire". Une sorte de double peine: la sexualité est réduite de fait à la pornographie, l'homophobie, très puissante chez les détenus hommes, des humiliations, des violences extrêmes, des viols, décrit Arnaud Gaillard. Le Réseau d'alerte et d'intervention pour les droits de l'homme (RAIDH) dont il est le secrétaire général, a lancé cette semaine une pétition "pour un droit à la sexualité en prison" , déjà signée par la Ligue des droits de l'homme et envoyée aux parlementaires.
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