Syrie : "Alep risque de devenir une deuxième Madaya" (spécialiste du monde arabe)

par Rédaction de France Info mardi 9 février 2016 08:09

Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, a mis en garde mardi sur France Info sur le risque de voir la ville syrienne d'Alep devenir une "deuxième Madaya", une ville actuellement assiégée dans laquelle la population souffre de la famine.

"Le risque de l'Etat islamique n'existe plus à Alep, c'était presque un refuge pour d'autres Syriens qui fuyaient d'autres localités, aujourd'hui Alep risque d'exploser et de forcer des milliers de civils à prendre le chemin de l'exil", a-t-il expliqué. Le spécialiste du monde arabe a souligné que la ville est sous "un déluge de feu de l'aviation russe" : "elle n'a pas cessé de mener des frappes aériennes sur Alep. On sait qu'Alep ne contient pas d'éléments de l'Etat islamique, alors que l'aviation russe s'est engagée à ne cibler que les positions de l'Etat islamique. Le deuxième élément est que le régime de Bachar el Assad a fait appel à ce qu'on appelle des 'mercenaires', des milices de la mobilisation chiite irakienne, mais aussi des Iraniens, des Afghans, des Azéris, venus prêter main forte au régime qui a du mal à mobiliser au-delà de l'armée syrienne."

Revenant sur le rôle de Moscou dans le conflit, Hasni Abidi a estimé que "la Russie est le seul pays aujourd'hui en mesure de dicter ses conditions pour la négociation, l'équilibre des forces est largement en faveur de la Russie et de Bachar el Assad."

"C'est un véritable gâchis, parce que les négociations de Genève [suspendues le 3 février-NDLR] étaient précédées par une résolution prometteuse, adoptée à l'unanimité, elle a été bafouée par les Russes. La résolution parlait de cesser de cibler les civils, elle était aussi considérée par les auteurs comme une mesure de confiance pour amener aux négociations dans un délai de 18 mois. La veille, l'aviation russe ne trouve rien de mieux que de pilonner les villes, les écoles, les hôpitaux", a regretté Hasni Abidi.

Des milliers de Syriens fuient actuellement la ville d'Alep.