Michel Fize (sociologue) : "une jeunesse à l’abandon ne tarde pas à être en colère"

par Rédaction de France Info jeudi 3 mars 2016 10:58

"La jeunesse française subit depuis quarante ans des projets qui la maltraitent, qui la discriminent. Ces projets en font des citoyens et des travailleurs de seconde zone", a estimé jeudi sur France Info le sociologue Michel Fize. Selon le chercheur du CNRS, "une jeunesse à l’abandon ne tarde pas à être en colère".

Une vingtaine d’organisation de jeunes ancrées à gauche appellent à une journée d’action le mercredi 9 mars contre le projet de loi de la ministre du travail Myriam El Khomri. Cette mobilisation n’est pas étonnante pour Michel Fize : "dans ce projet il y a le meilleur et le pire. D'un côté, il permet de s’orienter vers un CDI et puis de l'autre, il plafonne les indemnités de licenciement ce qui aura pour conséquence de rendre le licenciement plus facile. Cette réforme rendra le CDI plus précaire. Donc on avance d’un pas, on recul d’un autre… on fait du sur place".

Selon le sociologue, il est difficile de faire le parallèle entre le mouvement à venir et la mobilisation massive contre le CPE en 2006. "La différence c’est que ce n’est pas un projet qui concerne directement les jeunes". Impossible de dire si l'appel à manifester le 9 mars sera suivi. "Dans tous les cas il ne faudra pas sous-estimé les manifestations virtuelles, la mobilisation sur les réseaux sociaux a déjà beaucoup de succès", a fait remarquer le sociologue.

"Tout le monde le dit c’est jamais bon d’avoir la jeunesse dans la rue. Au-delà de l’insatisfaction par rapport à ce texte, il y a une insatisfaction globale. On a beaucoup parlé des agriculteurs car ils sont visibles mais les jeunes subissent dans le silence. C’est indigne", a jugé Michel Fize.

Le spécialiste de la jeunesse a estimé que la solution passe par une autre représentation de la jeunesse : "tant qu’on verra un jeune comme étant un être insouciant, irresponsable et incapable par définition, tant qu’on fera de l’expérience le critère majeur d’embauche, on ne changera pas la situation."

Michel Fize publie le 8 mars, à la veille des manifestations, un livre intitulé Jeunesses à l’abandon.