Lutte contre les anglicismes : "ces choses-là sont peu importantes" (Alain Bentolila, linguiste)

par Rédaction de France Info samedi 12 mars 2016 07:23

"Dites-le en français !" C'est la campagne de communication lancée par le CSA, la Conseil supérieur de l'audiovisuel à l'occasion de la semaine de la langue française et de la francophonie, à partir de ce samedi jusqu'à dimanche prochain. Un clip diffusé à la télévision invite à préférer les mots français aux anglicisme. "Ces choses-là sont peu importantes", tranche le linguiste Alain Bentolila, invité de France Info ce matin. Pour lui, il faut "se battre pour le mot juste, fut-il d'origine anglaise, arabe ou espagnole".

Pour lui, une telle campagne ne fait que "réduire la bataille pour la langue" et l'important n'est pas là, mais dans le fait de ne pas savoir s'exprimer correctement : "Un des drames aujourd'hui, c'est qu'il y a des gens qui fonctionnent sur 350 ou 400 mots. Là-dedans, il y a peut-être des anglicismes, peu importe. La grande difficulté c'est que ces gens ne vont pas pouvoir entretenir avec les autres des rapports sociaux pacifiques, explicites et bienveillants. Moins on a de mots, plus on passe à l'acte de façon violente", souligne-t-il.

S'inquiétant de voir des jeunes "vulnérables" car faciles à manipuler en raison de leur mauvaise maîtrise de la langue, il en appelle à l'école : "La tâche de l'école primaire, c'est qu'aucun enfant n'en sorte sans avoir à sa disposition un vocabulaire siffusant, une capacité de dire, lire, écrire et raisonner. C'est à ce prix-là qu'ils vont pouvoir ne pas se laisser avoir par toutes les tentations dangereuses sur internet. Il faut faire de nos enfant, par les mots, des résistants intellectuels".