"Il faut lutter sur le comportement de chefs d'entreprise qui n'utilisent que des CDD" (Eric Heyer/OFCE)

par Rédaction de France Info vendredi 11 mars 2016 08:17

"La France est le deuxième pays en Europe qui utilise le plus de CDD courts, derrière la Suède mais loin devant le Royaume-Uni et l'Allemagne", a rappelé sur France Info vendredi matin l'économiste Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE. Il réagissait à l'idée de surtaxer les contrats courts pour inciter les employeurs à leur préférer le CDI. Une des concessions possibles du gouvernement pour calmer les opposants au projet de loi Travail.

Pour Eric Heyer, "il faut lutter sur le comportement de chefs d'entreprise qui n'utilisent que des CDD, et réembauchent systématiquement la même personne sur le même poste. C'est un cercle dont on n'arrive pas à sortir, avec un salarié qui reste systématiquement en CDD." L'économiste a rappelé les difficultés d'accès au logement, au prêt bancaire pour les salariés précaires.

"Utiliser le CDD de manière ponctuelle, ça peut être une bonne chose", a indiqué l'économiste de l'OFCE. "Un peu comme les heures suplémentaires. C'est quand ça devient structurel qu'il faut lutter contre, quand le chef d'entreprise l'utilise de façon continue, et sans réfléchir à pérénniser son emploi". Dans ce cas de figure, Eric Heyer a proposé d'"essayer de mettre des bonus/malus", et donc de surtaxer les contrats courts.

Le recours abusif aux CDD courts, a rappelé le directeur de l'OFCE, "coûte extrêmement cher [à l'UNEDIC-NDLR], à cause des allers-retours incessants" entre l'emploi et l'assurance-chômage des salariés précaires.

Eric Heyer a invité à "dédramatiser l'idée de la rigidité du CDI. Ce n'est pas un contrat à vie, un tiers des CDI sont rompus dans l'année de leur signature".

Sur l'esprit du projet de loi El Khomri, Eric Heyer a constaté que l'idée de faciliter les licenciements pour créer de l'emploi "empiriquement, il n'y a aucune étude qui montre que ça fonctionne." Pour lui, "ce qui va pas dans la loi aujourd'hui, c'est qu'on va vers plus de flexibilité, mais aussi vers un peu moins de droits pour les chômeurs. Ce qu'il faut c'est avoir une loi un peu mieux équilibrée entre la flexibilité et la sécurité".