Espagne : le système politique "bloqué par une combinaison d'intérêts politiques et personnels" (historien)

par Rédaction de France Info samedi 5 mars 2016 07:59

Alors que les députés espagnols ont rejeté ce vendredi l'investiture du socialiste Pedro Sanchez comme chef de gouvernement, le pays semble se diriger vers de nouvelles élections, conséquence, selon l'historien Benoît Pellistrandi, d' "une combinaison d'intérêts politiques et personnels qui ont bloqué le système politique espagnol."

Ce spécialiste de l'Espagne se dit ce samedi sur France Info sceptique quant à une sortie de crise permettant d'éviter de nouvelles législatives : "Très honnêtement, je serais extrêmement surpris qu'un candidat soit investi dans les deux mois à venir, on ira vers des élections. Podemos a une stratégie très claire : ils veulent, dès les prochaines élections, dépasser le parti socialiste, faire ce qu'on appelle en espagnol 'el sorpasso', c’est-à-dire dépasser les socialistes et reconstruire une gauche espagnole. Ils feront tout pour retourner aux urnes. Et puis, de l'autre côté, vous avez le Parti populaire, avec Mariano Rajoy qui est encore le président en fonction. Or, le Parti populaire est lui aussi dans un état de très grande fragilité, éclaboussé par des scandales de corruption incroyables. Mariano Rajoy contrôle tout ça d'une main de fer. S'il abandonnait la moindre parcelle du pouvoir, il serait inquiété par la justice et peut-être même mis en examen et soumis à un procès."

Benoît Pellistrandi décrit également les conséquences économiques d'un tel blocage politique : "Les investisseurs commencent à prendre peur de cette situation de blocage, plusieurs rapports montrent que cette incertitude pourrait coûter jusqu'à un demi-point de croissance du PIB alors même que l'Espagne était en pleine relance, ce qui veut dire que la tendance ascendante s'achèverait à cause d'un climat politique délétère."

C'est la première fois en quarante ans de démocratie que l'Espagne connaît un tel blocage politique.