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Costa Concordia: l’insoutenable attente sur l’île du Giglio

le Vendredi 2 Mars 2012 à 07:15
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Un mois et demi après le naufrage du Costa Concordia, la justice Italienne avance, une audience préliminaire aura lieu demain. Retour sur cette catastrophe.

Depuis le 13 janvier, le Costa Concordia n'a pas bougé, toujours échoué au large de l'île de Giglio © Radio France - Richard Place

Le 13 janvier dernier, le paquebot s’est échoué sur l’île du Giglio avec plus de 4200 personnes à bord. 25 personnes sont mortes. Les corps de 7 passagers n’ont toujours pas été retrouvés. Et sur l’île, deux familles françaises vivent quasiment sur place depuis le drame.

Les Blémand et les Litzler. 2 couples unis dans le chagrin. Leur fille Mylène, 23 ans, et leur fils, Michael, 25 ans, étaient sur le Costa Concordia.

Un couple heureux qui avait acheté un appartement il y a deux ans, des projets plein la tête. Leurs corps n’ont officiellement pas été retrouvés. Leurs parents ont décidé de venir sur place, suivre les recherches.

Désormais sur l’île, tout le monde reconnaît ces silhouettes devenues familières qui déambulent sur le port, discutent avec les sauveteurs. Hilaire Blémand, le père de Michael observe tous les jours l’épave échouée sur les rochers et le ballet des embarcations tout autour : "Nous sommes là pratiquement toute la journée. Nous sommes à la recherche d’informations. Tous les jours, on nous répète la même chose : les opérations continuent. On le voit bien que ça continue. Mais ce n’est pas suffisant. Les jours passent et c’est très douloureux."

"Retrouver les enfants"

Pas suffisants les moyens déployés, c’est ce qu’affirment les deux familles. Par rapport aux premiers jours, elles constatent que les équipes de pompiers, de militaires, de sauveteurs se sont largement amoindries.

Alain Litzler, le père de Mylène, décrit, gestes à l’appui, jusqu’où s’étendait le matériel de sauvetage sur le quai il y a encore un mois.

Il sait que la France a proposé son aide, les autorités italiennes l’ont refusé. Expliquant que cela compliquerait les opérations. Il ne comprend pas pourquoi, ça l’agace. Il s’emporte. Et parle sans cesse de son obsession "retrouver les enfants". Depuis le début, c’est ce qu’il demande. Les premiers jours, il espérait qu’ils avaient survécu évidemment. Aujourd’hui, il sait qu’ils sont morts. Mais il ne parle jamais de corps, il parle "des enfants".

Huit corps ont été retrouvés dans l’épave, il y a un peu plus d’une semaine. Ils n’ont pas été identifiés et c’est l’un des motifs d’énervement des parents français qui vivent sur Giglio. Alain Litzler fustige la lenteur des identifications et surtout la légèreté des autorités italiennes : "Depuis une semaine, on nous balade. On nous dit que les résultats tomberont le lundi puis le mercredi puis le vendredi et maintenant, c’est la semaine prochaine. C’est bizarre. Les journées sont longues, l’angoisse est là. On ne dort plus mais ça n’émeut personne".  Les couples Litzler et Blémand sont installés ici aux frais de la société Costa. Ils attendent mais ne dorment plus. Ils patientent mais n’ont plus d’espoir.

Et ils refont le film des événements. Les textos reçus le soir du naufrage, jusqu’à minuit. Michael qui alerte son frère par ces mots : "Le bateau penche de plus en plus. Préviens les parents sans leur faire peur". Pour ne pas les effrayer son frère à préféré ne rien dire le soir même. Et puis, plus de nouvelles. Le téléphone de Michael s’éteint définitivement le lendemain matin vers 8h.

Et dans la journée du samedi, via le numéro de téléphone d’urgence, on leur dit que Mylène et Michael sont dans un bus en direction de Marseille. Le dimanche, tous les bus sont arrivés et toujours rien. On leur explique alors que c’est une erreur, Mylène et Michael n’ont jamais pris place dans ces navettes.

 "Trop de pression" pour le commandant du navire

Demain, lors de l’audience préliminaire, le champ d’action des experts sera déterminé ainsi que le délai qui leur sera accordé pour rendre leurs conclusions. Le commandant du navire ne sera pas présent. Son avocat a prévenu cette semaine qu’il ne viendrait pas. "Trop de pression", s’est-il justifié, et une question d’ordre public.

Il faut dire que Francesco Schettino est sans doute l’homme le plus détesté du pays. Il s’est approché trop près des côtes, il n’a pas alerté les secours assez rapidement et surtout, il a été l’un des premiers à quitter le bateau qui coulait. "Normalement, il devait être attentif à tout moment", s’indigne Hilaire Blémand. "On me dit qu’il n’est pas le seul coupable, je veux bien le croire. Mais il était le seul Commandant à bord. Il s’est barré comme un lâche en abandonnant 4.200 personnes." Et parmi elles, Mylène et Michael, leurs enfants. Les retrouver, c’est la priorité d’Alain Litzler. Mais il aimerait bien que la justice Italienne s’occupe du cas Schettino : "Il vit tranquille lui, il n’a pas de problème. Il est en résidence surveillée et nous, on ne vit plus. Ce n’est pas normal qu’il ne soit pas en prison".

Les Litzler et les Blémand viendront assister à l’audience à Grosseto demain. Mais ils ont bien du mal à quitter Giglio et ce paquebot, couché. Ce labyrinthe de métal dans lequel se trouvent sans doute leurs enfants.

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