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"L'hiver des hommes", de Lionel Duroy

le Dimanche 16 Septembre 2012 à 05:25
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Les conflits qui ont endeuillé l'ex-Yougoslavie, il y a vingt ans ont laissé des traces indélébiles. C'est ce que montre Lionel Duroy dans son nouveau roman sélectionné pour le Prix Renaudot.

. © Julliard

L'écrivain, qui avait suivi cette guerre civile, est retourné sur place voir ces serbes qui ont affronté croates et bosniaques et qui veulent continuer le combat contre les musulmans. Ce voyage bouleversant dans un pays peuplé de cauchemars est une magnifique méditation sur le malheur humain. Lionel Duroy.

  • L'hiver des hommes, de Lionel Duroy est publié chez Julliard (358 p., 19E)
  • Note : ***
Mot de l'éditeur

Reclus dans la petite république ethniquement "pure" pour laquelle ils ont combattu leurs voisins croates et bosniaques, les Serbes de Bosnie sont pourtant aujourd'hui les gens les plus désespérés qui soient. Un voyage aux confins de l'Europe et une méditation sur la guerre et l'inaptitude au bonheur.
Pourquoi la fille du général Mladic, commandant en chef des forces serbes durant le siège de Sarajevo, accusé de génocide, s'est-elle tirée une balle dans la tête avec le revolver préféré de son père ? C'est pour tenter de répondre à cette question que Marc, écrivain, passionné depuis toujours par le destin des enfants de criminels de guerre, s'envole pour Belgrade en novembre 2010 alors que rien ne va plus dans sa propre vie. À Belgrade, il est amené par d'étonnants hasards, ou malentendus, à rencontrer quelques-uns des plus proches lieutenants du général Mladic, des hommes pour la plupart recherchés pour crimes de guerre. Ce sont eux qui l'encouragent à partir pour la petite République serbe de Bosnie ou, disent-ils, il rencontrera le véritable peuple serbe, celui qui a gagné la guerre et continue de se battre aujourd'hui contre les Musulmans.

Arrivé à Pale, la capitale historique des Serbes de Bosnie, un ancien village de montagne devenu une ville de trente mille habitants prise sous un mètre de neige, Marc découvre une population emmurée dans le désespoir, abandonnée de tous, mais cependant persuadée d'avoir mené une guerre juste. Les ex-officiers ne nient pas avoir commis les crimes les plus épouvantables contre leurs anciens voisins musulmans et croates, mais ils estiment avoir agi en état de légitime défense et avoir été trahis par leurs anciens alliés français. Pour se justifier, ils font à Marc le récit de leur guerre, ne cachant rien des atrocités qu'ils ont commises, ou qu'ils ont subies. Marc ne les juge pas – des jours et des nuits durant il les écoute. Ce sont pour la plupart des hommes attachants, exceptionnels parfois, qui luttent aujourd'hui contre leur propre conscience, contre leurs cauchemars aussi, enfermés dans une prison dont ils sont les geôliers. L'écrivain éprouve à leur endroit une curieuse empathie, comme si cet enfer dans lequel ils se sont enfermés faisait écho à son propre désarroi.
" Nous croyons qu'à rompre avec la source du mal nous allons pouvoir inventer notre propre vie et apporter le bonheur à nos enfants ", écrit-il, " alors que nous sommes faits de ce mal et qu'ainsi il continue de nous habiter et de nous ronger quoi que nous décidions, et quel que soit l'endroit du monde ou nous allions nous réfugier. " Ce que vivent ces hommes est finalement pour Marc l'écho le plus exacerbé, le plus terrifiant, de ce que nous sommes nombreux à vivre chacun silencieusement au fil de notre propre destin.

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