Robert Badinter : "On ne touche pas au coeur de la démocratie sans s’affaiblir"

Un monde d'idées par Olivier De Lagarde mardi 13 janvier 2015
écouter l’émission disponible jusqu'au 08/10/2017
Le mardi 13 janvier 2015

VIDEO | L'ancien ministre de la Justice de François Mitterrand met en garde contre la tentation d’un "Patriot Act" à la française après les attentats de la semaine dernière. "Ne nous laissons pas aller à des ripostes de papier", réagit Robert Badinter. Il fait aussi le parallèle "entre ce qui est advenu dans l'hypermarché casher et la barbarie nazie".

Ancien ministre de la Justice de François Mitterrand et ancien président du Conseil constitutionnel, Robert Badinter dénonce avec la plus grand vigueur la tentation d’un "Patriot Act" à la française après les attentats en Ile-de-France la semaine dernière. Pour lui, la France dispose déjà de tout l’arsenal législatif nécessaire. "Et je peux vous assurer, déclare-t-il, que nos juges sont tout sauf laxistes". "Ne nous laissons pas aller à ces ripostes de papier presque dérisoires qui consistent à fabriquer textes, exceptions qui méconnaissent les principes fondamentaux", réagit Robert Badinter.

"On ne touche pas au coeur de la démocratie et de l’état de droit démocratique sans s’affaiblir au lieu de se renforcer". "Il faut être extrêmement ferme face à des réactions que l’on peut comprendre, le désir de protection contre des tueurs mais ce n’est pas là que cela se situe". Pour lui, c'est sur la prévention qu'il faut agir, "désarmer le tueur avant qu'il ne passe à l'action".

"Une filiation directe entre ce qui est advenu dans l'hypermarché casher et la barbarie nazie "

Sur les actions d'Amedy Coulibaly, l'auteur de la prise d'otages d'une supérette casher à Vincennes et de la mort d'une policière à Montrouge, Robert Badinter estime que "c'était un crime antisémite pensé comme tel. Nous savons maintenant que c'était une école que le tueur de Vincennes voulait d'abord ensanglanter comme Merah. Pour lui, "on est au dernier degré de l'inhumanité quand on course, on poursuit un enfant juif, c'était pour Merah une petite fille juive, qu'on l'arrête par les cheveux et qu'on l'abat d'un coup de feu. Ca c'est le retour de ce qu'on a connu du temps des SS. II y a une filiation directe pour moi entre ce qui est advenu dans l'hypermarché casher et la barbarie nazie ".

Robert Badinter salue les marches républicaines dans toute la France, "cet instant où il y a eu une unanimité rare dans la Nation" mais "il faut accepter l'idée que c'est d'abord une réaction viscérale, immense, puissante de la Nation française toute entière ne pouvant pas admettre, refusant absolument que l'on puisse accepter la loi du terrorisme".

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