La guerre des taxis

Transportez-moi par Gérard Feldzer samedi 23 janvier 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 18/10/2018
grève des taxis
© franceinfo

Mardi prochain, devrait avoir lieu, si un accord n’est pas trouvé d’ici là, une manifestation des taxis, qui s’annonce dure avec blocage des accès. Essayons de mieux comprendre pourquoi…

Jusque dans les années 2000, c’était une profession bien encadrée, avec des règles et un nombre de licences délivrées par les pouvoirs publics, en fonction des besoins. Du coup la demande étant supérieure à l’offre, elles ont pris de la valeur, et on a laissé s’installer un marché des licences que les chauffeurs revendaient souvent au départ à la retraite, avec même quelquefois une plus-value.

Les conducteurs de taxi s’endettent pour l’achat de la voiture et de la licence

Pour cette dernière, il faut compter entre 150.000 et 250.000 euros, mais ce prix est en baisse compte tenu de la concurrence et de l’attribution de licences gratuites.
"On va pas se laisser faire !" répliquent des artisans-taxis, qui ne baissent pas les bras. La voiture de tourisme avec chauffeur, dite VTC, est considérée comme une menace, d’où cette manifestation.

En fait la profession n’a pas vu arriver l’ère du numérique et de ses applications qui modifient nos modes de vie. Du coup des sociétés se sont engouffrées dans la brèche, et ont pris de court les taxis qui arrivent un peu tard dans les nouvelles technologies et la qualité de service.

"Il y a de la place pour tous"

L’an dernier pourtant une loi dite Thévenoud censée protéger l'activité des taxis tout en ouvrant la porte aux VTC, a été adoptée et semblait convenir aux différents acteurs.

Ecouter l'Interview complète de Thomas Thevenoud

"Appliquons cette loi, mais appliquons la dans sa totalité," dit Thomas Thévenoud, ancien ministre, député de Saône-et-Loire. "Modernisons les taxis – les forfaits, les voies dédiées, la carte bleue – et règlementons les VTC, c’est-à-dire faisons en sorte que ces nouveaux arrivants, qui sont des concurrents légitimes, respectent les règles sociales, fiscales, et environnementales...et que l’équilibre se trouve entre les deux. Il y a de la place pour les deux."

Cependant, il faut pouvoir traquer les taxis clandestins de façon plus efficace, mais il faut des gens sur le terrain.
Jusqu’à présent les Boers (la police des taxis) sont largement insuffisants en nombre.

Et puis il y a de nouveaux concurrents comme l’utilisation des voitures particulières pour faire le taxi, comme feu UberPop (interdit l'an dernier) et aujourd’hui Heetch, qui propose un service de ramassage des jeunes qui sortent des boites de nuit. D’ailleurs son jeune co-fondateur Teddy Pellerin n’y voit aucune concurrence. "Obliger les jeunes à réserver un chauffeur professionnel, c’est comme obliger les jeunes à aller à l’hôtel quand ils partent en vacances," dit-il "ça n’a aucun sens et ils ne le font pas."

La réponse ne s'est pas fait attendre

"C'est un travail dissimulé, assimilable au taxi clandestin, sans licence, sans tarif, comme dans certains pays ou on doit négocier son prix..." répondent les autorités.

Il faut reconnaitre que ces nouveaux venus ont bousculé le monde des taxis au grand bénéfice des clients : ils paient moins cher, le chauffeur identifié est avec sa photo sur votre smartphone, vous ouvre la porte, il y a des journaux, et la fameuse bouteille d’eau en prime, c’est quand même un progrès. Mais à quel prix ?

Ce pourrait être un ascenseur social , mais cela reste à prouver, de même pour les plus faibles qui n'ont pas les moyens d'acheter une licence et une voiture, ils pratiquent la location et ont du mal a s'en sortir.
"Dans la loi je voulais que l’on supprime de suite le système de location et la précarité qui va avec. Il faut faire rentrer 4.000€ par mois, pour commencer à gagner sa vie modestement. La G7, entre autres, propriétaire de milliers de licences s’est roulée par terre pour obtenir un délai. Ce sera en 2017, et les locataires qui sont les esclaves du système auront la possibilité d’une location-gérance qui leur permettra une vie meilleure et un accès plus facile à la licence, mais ce sera pour les professionnels …pas pour les maquignons !" précise Thomas Thevenoud.

Uber, la jeune start-up californienne qui au bout de 5 ans est valorisée à 50 milliards de dollars (plus que General Motors !) ne prend aucun risque, y compris fiscal

Ses acteurs savent mobiliser, ont des moyens juridiques puissants, et sont d’une créativité et d’une réactivité redoutables. Mais ils sont aussi très contestés – comme actuellement à Londres, Montréal, et Washington où il va y avoir une grève des chauffeurs VTC le mois prochain.

En attendant, la grande mobilisation en France de ce mardi 26 janvier inquiète : "Il y a eu d’autres journées de mobilisation et elles ne se sont pas très bien passées"  dit M. Thévenoud. "Donc à titre préventif, j’appelle tout le monde à la responsabilité et au calme. Et ensuite, appliquons cette loi dans sa totalité."

La séquence insolite : un petit échantillon des taxis dans le monde...

Le taxi fait partie du patrimoine : New York est identifié par ses taxis jaunes, Londres par ses black cabs, Bangkok par ses tuk-tuks… d’ailleurs, entre nous une identification des taxis parisiens serait bienvenue pour le tourisme entre autres.

Je conseille aussi les taxis collectifs magnifiquement décorés avec musique plein pot pour découvrir les Andes. Ou pour les amoureux, les bateaux taxis à Venise.

Encore plus fou, le mois prochain vous pourrez embarquer dans des taxis automatiques sans chauffeur à Tokyo ! Une expérimentation qui risque encore de faire du bruit. En attendant, pour les amateurs d’émotions il y a la moto taxi au Vietnam. Et là c’est chacun pour soi ! ...avec des milliers de motos qui se croisent dans tous les sens !