Travailleurs détachés, la fin du n’importe quoi ?

Tout euro, tout éco par Lise Jolly samedi 23 janvier 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 18/10/2018
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photo d'illustration © office de tourisme de Pologne

Les travailleurs détachés, sujet de polémique récurrent compte tenu du dumping social dont on les accuse lorsqu’ils se rendent dans un autre pays de l’Union. Ça pourrait bien changer car la France et l’Allemagne veulent prendre le taureau par les cornes et durcir les règles européennes en la matière.

Vous vous souvenez sans doute du plombier polonais, celui qui au moment de l’élargissement à l’Est de l’Union européenne, allait venir nous prendre nos emplois en travaillant chez nous pour des clopinettes, l’objet de tous les phantasmes qui mettait en lumière une directive européenne, sujet de toutes les controverses : la directive Bolkenstein.

Du nom de son auteur, le commissaire européen néerlandais, Frits Bolkenstein. Sa directive service adoptée en 96, revue et corrigée en 2006, prévoit toujours que le travailleur détaché d’un pays de l’Union soit payé au salaire minimum du pays dans lequel il est envoyé, mais que ses cotisations sociales demeurent au tarif de son pays d’origine. Le salaire des salariés de l’Est est beaucoup moins chargé que chez nous, d’où l’accusation de dumping social attaché à cette directive européenne, qui a tant pesé dans le non au référendum de 2005.

Polémique avant la COP21

Rappelez-vous la polémique avant la COP21, 200 à 250 salariés qui ont monté les infrastructures étaient des travailleurs détachés, dont les entreprises avaient pu rafler les marchés parce que moins chères. On pourrait citer aussi les abattoirs allemands qui ont fait de cette main-d’œuvre le levier de leur compétitivité.
Cerise sur le gâteau, l’Allemagne jusqu’à l’an dernier n’avait pas de salaire minimum et parfois pas de convention dans certaines branches. Quand on sait que les patrons défalquaient aussi des fiches de paie les repas et l’hébergement souvent insalubre, on arrivait à des salaires de 2€50 de l’heure. Imbattable quand le souci est de limiter les frais de personnel. Ces salariés détachés ont aussi en Allemagne, construit de nombreux bâtiments officiels, notamment la chancellerie dans les années 2000. 

Le marché du travail ouvert sans harmonisation et les marchés publics ouverts également ont amené l’Europe à se tirer toute seule une balle dans le pied. Elle n’a tiré la leçon que plus tard, quand la Bulgarie et la Roumanie sont entrées dans l’Union, en retardant l’accès au marché du travail à leurs ressortissants.

Le réveil de la FranceAllemagne

Les deux pays se réveillent face à la menace de Brexit car David Cameron fait de la limitation du nombre de salariés européens étrangers sur son sol une condition pour rester dans l’Europe. Du coup, au moment où la commission prépare des mesures pour réglementer la mobilité des salariés dans l’Union, la France et l’Allemagne mais aussi  l’Autriche, la Belgique, le Luxembourg, la Suède et les Pays-Bas veulent durcir les règles communautaires et réviser une fois encore la directive sur le détachement.

Pour Andréas Nahles, la ministre du travail allemande, il faut introduire le principe du "travail égal, salaire égal sur un même lieu" et un détachement de deux ans maximum. Le but c’est de mettre fin aux abus qui minent la cohésion européenne. Cette libre circulation des travailleurs dans l’Union et cette directive Bolkenstein, 20 ans après, continuent donc de faire des vagues au sein d’une Union déjà en crise et surtout en plein doute.