Sécurité européenne, la nécessaire prise de conscience

Tout euro, tout éco par Lise Jolly samedi 26 mars 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 20/12/2018
la police belge après les attentats à Bruxelles
la police belge après les attentats à Bruxelles © MaxPPP

Combien l’Europe consacre-t-elle à sa sécurité ? C’est évidemment la question qui se pose après les attentats de Bruxelles, et une chose est sure, l’Union pourrait mieux faire.

Sur un budget de 135 milliards d’euros pour la période 2014-2020,  soit 0,80 centimes d’euros par européen et par jour, l’Europe consacre un peu moins de 4 milliards, soit 4,5 %, au fonds de sécurité intérieure.
Rien à voir avec les 60 milliards de la nouvelle politique agricole commune, ni même avec les 50 milliards consacrés à la croissance et l’emploi. Frontex qui manque de garde-côtes affiche un budget de 142 millions seulement pour assurer la police des frontières. Europol, c'est un peu moins de 100 millions. Eurojust, qui s’occupe de justice, affiche 33 millions et le système d’information Schengen qui croise les fichiers de renseignements représente quelque 28 millions.
Autant dire que la part que l’Europe consacre à la sécurité, c’est une goutte d’eau dans la mer, une toute petite tranche sur le camembert du budget européen.

Une question nationale

Après Londres, Madrid, Paris et Bruxelles cette semaine, peut- on vraiment continuer à en faire une question nationale et en rester là ? La collaboration entre états se fait souvent sur la base d’accords bilatéraux, de pays à pays, et non pas sur le plan européen.
Pourtant les outils sont déjà là. A côté de Frontex, d’Europol que les 28 veulent renforcer grâce à une équipe d’experts en terrorisme, d’Eurojust,  il y aussi le système ECRIS qui croise les casiers judiciaires, Airpol qui favorise la collaboration entre pays membres en matière de sécurité aérienne, le réseau Atlas qui chapeaute les forces d’intervention des différents pays, plus la Norvège et la Suisse et Ran, le réseau de lutte contre la radicalisation, sans parler du mandat d’arrêt européen et de la loi sur la réglementation de la vente des armes à feu dans l’union. L’Europe a presque tous les outils. La question est : fonctionnent-ils suffisamment bien ? La réponse est non. En matière de renseignement par exemple, les fichiers sont mis à jour bien trop tard.

Le PNR, "Passenger name record", bloqué à Strasbourg

Une partie des parlementaires n’en veut pas, au motif que cela constitue une atteinte à la vie privée ou que les données seraient conservées trop longtemps. Pourtant 16 pays ont déjà mis en place, au sein de l’Union, leur PNR avec état civil des passagers, numéro de vol, moyens de paiement,  etc… En tout, une vingtaine de données qui peuvent être croisées.
La France a déjà les bureaux mais pas encore le système informatique. Ce PNR européen coûterait environ 500 millions d’euros, ce n’est pas infaisable mais les états ne suivent pas.

Au-delà des mots, rien ne passe

Manuel Valls a plaidé à Bruxelles pour un pacte européen de sécurité. Jean-Claude Juncker, le président de la commission, voudrait une union de la sécurité comme on a déjà une union bancaire, une union de l’énergie, une union économique et monétaire et j’en passe, mais au-delà des mots, rien ne se passe.
Le conseil a du mal à se saisir du sujet, et surtout, chacun de ses Etats-membres à se déposséder d’un domaine qui lui tient à cœur, sa propre sécurité.
Quant au FBI européen, où à une agence européenne de renseignement, on en est loin. Sans prise de conscience et surtout sans volonté politique, les terroristes ont de l’avenir en Europe.