La Chine met les pieds dans le foot européen

Tout euro, tout éco par Lise Jolly samedi 6 février 2016
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Au moment où Renault implante sa première usine en Chine, la Chine elle, laisse derrière elle son image d’atelier du monde et devient un acteur économique majeur mondial dans de nombreux secteurs, y compris dans celui du foot où elle fait son marché en Europe.

A la fin du Mercato lundi dernier, la Chine a lâché 200 millions d’euros pour acheter des joueurs à destination de ses propres clubs. C’est elle qui remporte la palme de la transaction la plus chère : 33 millions pour le brésilien Ramirez qu’elle pique à Chelsea pour son club de Shangaï.

Ramirez devrait toucher 11 millions par an dans son nouveau club. On ne parle donc pas là de recycler les vieux joueurs sur le retour. Non, il s’agit pour la Chine d’investir ce nouveau secteur comme le Qatar a autrefois acheté le PSG. Il s’agit surtout de respecter la consigne du boss, autrement dit du président chinois lui-même, Xi Jinping.
Un brainstorming d’une commission du Parti communiste, a donné comme mot d’ordre, porté par le président  : "revitaliser le football pour faire de la Chine une puissance sportive dans le cadre du rêve chinois". Un plan en cinq points qui date de l’an dernier prévoit la création de 10.000 écoles dans le pays dans les 10 ans qui viennent et le foot obligatoire à l’école dans certains établissements, mais en attendant la Chine fait son marché dans le monde et surtout en Europe.

L’atelier du monde a changé de nature

On est clairement un cran au-dessus de ce qui se passait il y a 10 ou 15 ans.
En Europe, la Chine est passé de 1 milliard de dollars par an d’investissement à 18 milliards aujourd’hui. Elle investit surtout dans les vielles nations industrielles que sont la France, le Royaume Uni et l’Allemagne.
Services bancaires et finances outre-Manche, entreprise du BTP en Allemagne ou la Chine est le premier investisseur étranger, Club Med, Fram, Marionnaud ou des vignobles du Bordelais en France , mais aussi les pneus italiens Pirelli, le port du Pirée en Grèce ou encore la dette de pays en crise, la Chine fait flèche de tout bois. Dans la nouvelle Europe, on l’accueille à bras ouverts. Elle en a les moyens. Malgré une croissance atone et un atterrissage brutal de l’économie chinoise, il reste encore dans les caisses de Pékin des réserves de l’ordre de 3.500 milliards de dollars.

Un label de chez nous

Il ne s’agit pas pour les chinois de racheter l’Europe non, mais d'obtenir un label de qualité pour leur produits, y compris à l’usage de leur propre marché intérieur.
Le foot, c’est la dernière mode mais l’agro-alimentaire est aussi leur terrain de jeu. Il s’agit d’acquérir le label mais aussi le savoir-faire européen. Savoir-faire et technologies qui, une fois rapportés chez eux, leur permettent d’être aujourd’hui concurrentiels, voire d’être un concurrent sérieux face au géant américain, juste en face.
La vieille Europe, sa crise de la dette, sa crise bancaire, aura été et demeure une aubaine pour la Chine, un levier pour devenir un acteur international majeur dans tous les domaines, y compris dans le domaine du foot, et de consolider cette place.
Et la Chine ne fait pas que faire main basse sur nos joueurs et nos entreprises, elle exporte aussi sa culture tous azimuts. A peine 4 ans après son entrée dans l’organisation mondiale du commerce, la Chine a implanté son premier Institut Confucius en Suède. C’était en 2005. Depuis l’Europe en compte 87 pour promouvoir la langue et la culture de l’Empire Céleste.