La Chine dissout l’acier européen

Tout euro, tout éco par Lise Jolly samedi 13 février 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 08/11/2018
Usine fabriquant des roues en acier, située à Maanshan en Chine.
Usine fabriquant des roues en acier, située à Maanshan en Chine. © Maxppp

Lundi aura lieu à Bruxelles une grande marche à l’instigation de l’association AEGIS Europe, un groupement d’une quarantaine d’industries européennes. L’objectif de cette marche, c’est de s’opposer à l’obtention par la Chine du statut d’économie de marché avec en toile de fond la survie de l’acier européen…

Et le temps presse car la question doit être réglée d’ici à la fin de l’année. Souvenez-vous, la Chine est entrée dans l’organisation mondiale du commerce en 2001, mais n’a pas obtenu ce statut d’économie de marché. Elle avait 15 ans pour se mettre en conformité avec les règles de l’OMC pour ne plus être une économie en transition comme le sont une dizaine d’autres pays tels que l’Ukraine ou le Kirghizstan.
Aujourd’hui il s’agit donc de savoir où en est la Chine ? Certains experts considèrent qu’elle est loin de remplir tous les critères. L’État est toujours omniprésent dans l’économie chinoise, le droit comptable n’est pas encore conforme, en matière de propriété, de faillite et dans le secteur financier, ça n’est pas ça non plus. Sans parler du dumping, qui existe encore, même s’il a diminué par rapport au début des années 2 000. Ce dumping représente le principal risque pour l’économie européenne dans certains secteurs.

L’acier au cœur des inquiétudes

L’acier chinois inonde nos marchés et tue nos entreprises européennes, deuxièmes productrices d’acier au Monde avec 177 millions de tonnes par an. Mais aujourd’hui en Europe, il y a d’autres Florange, par exemple en Angleterre, avec SSI, 1.700 postes supprimés dans le nord du pays, ou Caparo Industries, en redressement judiciaire. Arcelor Mittal, qui a déjà perdu plus d’un milliard et 22 % de son chiffre d’affaire, tire la sonnette d’alarme.

La Chine produit aujourd’hui la moitié de l’acier mondial contre 10% dans les années 2 000

Un acier dont elle ne sait que faire aujourd’hui en raison de son ralentissement économique et qu’elle déverse sur la planète et notamment sur l’Europe, à prix cassés.
Les importations d’acier chinois ont grimpé de 40 % à l’automne dernier dans l’Union. Mittal dénonce ce dumping chinois qui asphyxie les industries européennes. Macron l’avait fait aussi en fin d’année chez nous. Une commission compétitivité s’est réunie à Bruxelles en début de semaine au chevet de l’acier européen moribond et sept ministres de l’économie ont adressé une mise en garde à l’union et au conseil.

Un statut risqué pour l’Europe

Pour Aegis, le mouvement à l’origine de la marche qui aura lieu lundi, à Bruxelles, ce statut d’économie de marché ferait sauter toutes les mesures anti-dumping appliquées à la Chine aujourd’hui, c’est-à-dire des droits de douanes plus élevés pour pratique déloyale.
La Chine fait l’objet de 32 mesures de ce type et de 22 enquêtes. Si elle obtenait ce statut comme le lui ont déjà accordé la Malaisie, Singapour et la Nouvelle Zélande, il faudrait compter, toujours selon Aegis, avec un manque à gagner de 228 milliards d’euros de PIB et 3 millions et demi d’emplois supprimés dans l’Union. Cela toucherait aussi le secteur de la céramique, du verre, et de l’aluminium.

Le Brésil, le Canada et surtout les États-Unis ont dit non à la Chine

Pas question de lui octroyer automatiquement ce statut qu’elle convoite pour redorer son blason dans le monde. L’Europe, elle, s’interroge encore car si la Chine n’a pas ce qu’elle veut, acceptera- t-elle encore de financer le fameux plan de relance de Jean-Claude Juncker qui devait booster la reprise européenne et qui est toujours au point mort ou presque. Réponse en décembre prochain.