Banque Centrale Européenne : la grosse artillerie de Mario Draghi

Tout euro, tout éco par Lise Jolly samedi 12 mars 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 06/12/2018
Siège de la Banque centrale européenne, Francfort
Siège de la Banque centrale européenne, Francfort © Maxppp

La BCE a sorti la grosse artillerie jeudi dernier pour soutenir la croissance, mais elle semble aujourd’hui avoir atteint les limites de son efficacité.

La grosse artillerie de super Mario, c’est d’abord un loyer de l’argent nul. Les banques vont donc pourvoir emprunter à 0% auprès de l’institution de Francfort. Mieux, elles vont même être payées par elle pendant 4 ans pour prêter à leurs clients, à condition qu’elles aient acheté suffisamment d’obligations d’entreprises.

Du jamais vu depuis la création de la BCE, et du jamais vu pour nous, particuliers. On peut fermer nos livrets A et nos bas de laine bancaires, qui ne vont plus rien rapporter et se ruer sur le crédit car c’est le moment d’emprunter. C’est d’ailleurs le but recherché par la Banque centrale, faire circuler le crédit et booster des investissements insuffisants dans l’Eurozone.

Les marchés auraient dû sauter de joie, et pourtant toutes les bourses mondiales ont clôturé à la baisse jeudi soir, signe de leur déception car leurs espoirs sur les taux ont été douchés. Et les marchés ont aussi le sentiment que la BCE est au bout de ce qu’elle peut faire. Car elle y va très fort. Désormais, elle va  acheter non plus 60 mais 80 milliards d’euros par mois de dette de pays en crise d’ici à mars 2017, ce qui reviendra à avoir injecté quelques 1.740 milliards d’euros dans l’économie. A l’instar de la Fed américaine, la planche à billet de l’Eurozone tourne à plein régime. 

Les marchés dubitatifs

Parce qu’on a tout simplement l’impression que la politique de la BCE a non seulement atteint ses limites mais aussi qu’elle ne sert pas à grand-chose. Les mesures prises jusqu’ici n’ont réussi qu’à dégager qu’un petit 1,5 % de croissance pour 2015, autant dire presque rien. Quant à l’inflation, la BCE a baissé sa prévision pour 2016 a 0,1 %. Si ça semble bon pour notre porte-monnaie, car ça tire les prix vers le bas, ça pèse aussi sur les salaires. C’est une inflation qui flirte avec la déflation, et dans ces conditions, difficile de ramener la confiance et de convaincre entreprises et particuliers d’emprunter et d’investir.

Les banques ont donc de l’argent à prêter, mais en face, la demande est faible, particuliers et entreprises n’ont pas très envie de les solliciter. Ces mesures ont donc un impact limité et ne suffisent pas. Par ailleurs, la croissance reste toujours plombée par la baisse du coût des matières premières, et en particulier par le pétrole bas, ainsi que par le ralentissement chinois. En résumé, ces mesures reviennent à vouloir faire boire un âne qui n’a pas soif.

La "japanisation" de la BCE

La banque centrale américaine a aussi inondé le marché de liquidités, pour un résultat médiocre, 2% de croissance. Et au Japon, cette politique a conduit à zéro croissance et zéro inflation, c’est-à-dire une stagnation qui dure depuis près de plus de 20 ans, une presque stagnation qui touche aussi les États-Unis. Et c’est ce que redoutent certains économistes qui parlent de "japanisation" de la politique de la BCE.

L’autre inquiétude, c’est que l’argent facile conduise à des prises de risques inconsidérés, à la création de nouvelles bulles financières et pousse les états à s’endetter davantage encore. Au contraire de ce que préconisent certains économistes, qui plaident pour une économie plus flexible, une priorité au désendettement, condition de la reprise de l’investissement. Et pour eux, cela passe par des réformes structurelles. Et en ce moment par exemple, en France, où la reprise ne semble toujours pas s’annoncer véritablement, on est loin d’être prêts à l’accepter, voyez le texte sur la réforme du marché du travail.

Une chose est sûre, la BCE seule ne suffira pas à ramener une croissance forte, l’intervention des banques centrales n’est peut-être pas la panacée pour réparer la panne de l’économie, et une croissance timide est peut-être ce avec quoi il faudra apprendre à vivre dans la décennie à venir.