30 ans après, quel avenir pour le lycée autogéré de Paris ?

Question d'éducation par Emmanuel Davidenkoff vendredi 29 juin 2012

On en parle avec Anne-Marie Bonnisseau, professeur au lycée
autogéré.

Pour en savoir plus :

- Le site du Lycée.

- Une histoire du Lycée autogéré de Paris sur le site Ecoles différentes.

- Le programme des festivités des 30 ans.

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Le livre des trente ans

Les principes du LAP (extrait du site du LAP) :

"Les éléments qui suivent ne peuvent être compris que
rapportés aux intentions et aux buts qui animent le projet du LAP. Nous
affirmons que les valeurs propres à chacun imposent de faire un choix
entre les moyens à notre disposition et nous insistons sur le fait que
le chemin suivi a autant d'importance que le but à atteindre.

La vie dans notre établissement est aussi " réelle "
qu'ailleurs, mais le respect des normes d'efficacité et de rendement ne
peut être attendu de la même manière que dans le monde du travail.

Notre établissement porte le nom de Lycée Autogéré de
Paris. Cet établissement est un lieu de formation et d'éducation.
Les membres du lycée autogéré sont de deux sortes :
les enseignants (l'équipe éducative),
et les élèves, venant pour acquérir une formation de niveau secondaire.

Ce qui est recherché, c'est la participation de tous aux
actions et aux décisions qui se rapportent à la vie de
l'établissement : c'est en cela que nous disons que notre établissement
est un lycée autogéré. En particulier cela signifie que la différence de
statut n'est pas considérée comme un obstacle, mais plutôt comme une
richesse, à l'image de ce qui se passe dans une société démocratique.

L'équipe éducative est garante du cadre. Ce cadre
consiste en principes éthiques, philosophiques et pratiques que l'on
pourrait résumer en parlant de recherche organisationnelle et
institutionnelle permettant la construction et le maintien d'un
véritable " régime démocratique ".

Nous souhaitons donc que chaque
élève soit citoyen de l'établissement.

Les membres de l'équipe sont convaincus que la
citoyenneté s'apprend en la vivant au sein d'une communauté de petite
taille. Vivre et agir parmi d'autres de manière réfléchie est une
condition préalable à la compréhension de la citoyenneté à l'échelle
d'une nation ou à l'échelle de la planète, de la Citoyenneté
" abstraite ".

La citoyenneté considérée comme savoir vivre ensemble
est à la fois le fondement indispensable de cette expérience et l'objet
d'un apprentissage continuel. Car à travers la " citoyenneté " c'est la
question des liens qui est posée. Et chez nous, justement, nous
cherchons à en tisser. Il est important de comprendre que c'est l'esprit
de cette expérience qui nous pousse à établir des relations
interpersonnelles, à construire des réseaux d'obligations, d'échange et
de solidarité.

Nous devons communiquer avec des mots, symboliser, dire
ce qui nous arrive, ce que l'on veut, ce qui nous déplaît, en
particulier réfléchir, discuter ensemble. D'une manière plus générale,
retrouver des significations, en instituer ou en réinstituer d'autres.

L'expérience nous prouve que les adolescents peuvent
apprécier que des normes soient explicitées, et qu'un certain nombre de
valeurs soient affirmées et même reconstruites. La plupart du temps,
chacun admet le contrôle social et sait que ce n'est pas le manquement
de quelques-uns à un certain nombre de principes qui va entraîner la
perte de tous.

Les membres de l'équipe souhaitent que les élèves
fassent l'expérience d'une sorte de contrat social, à petite échelle
bien entendu. La taille de notre établissement nous permet d'allier
démocratie directe et démocratie indirecte. C'est pour ces raisons qu'il
est fondamental de garantir la liberté-participation de tous les
membres de la communauté éducative. Un élève est libre parce qu'il peut
participer aux choix " politiques " de l'établissement. Il s'agit là, en
quelque sorte, d'une liberté politique qui correspond aux orientations
de recherche sur la " démocratie ". C'est dans ce sens-là qu'on peut
dire que l'élève est citoyen, avec toutes les difficultés que cela
soulève chez les adeptes des définitions strictes. Ces difficultés sont
certainement héritées d'une conception " jacobine " de la société qui ne
voit de citoyenneté que par rapport à l'État, et qui ne voit de liberté
qu'individuelle.

À travers ce fonctionnement sont reconnus ou mis en
place des dispositifs et des hiérarchies variés. Par exemple, il y a des
élèves responsables de la salle informatique. Il y a aussi des groupes
qui se forment autour d'un projet qui devient leur projet. Il est
possible pour tout individu ou groupe de participer à des activités déjà
là ou d'en créer de nouvelles. La mobilité, l'ouverture sont
souhaitées, et les recours prévus. Tout individu, tout groupe peut en
appeler à la réunion générale de gestion, dont la fonction de régulation
est importante, en appeler à l'Assemblée générale qui - à condition de
respecter le quorum requis - est souveraine.

Même si notre établissement n'est pas un état miniature,
les questions des libertés, des droits et des devoirs y sont posées, et
il nous faut donner des réponses dont certaines sont formalisées.

Un certain nombre de lois et de règles ont été formulées
au cours des années. Comme cela se passe dans la société " réelle ",
elles l'ont d'abord été sur les sujets problématiques. Les énoncer par
écrit, les répéter fait partie de notre travail. La connaissance de
grands principes, la conscience individuelle et collective font le
reste : c'est ce que certains appellent le sens des responsabilités, ce
que d'autres appellent tout simplement l'humanité.

L'établissement s'est doté de structures repérables qui
font partie de la " loi fondamentale ", autrement dit de sa
constitution. Elles sont explicitées dans la partie Organisation
du LAP
."