Les contradictions du rugby

A première vue par Patrice Bertin vendredi 10 février 2012

Car dans ce rugby moderne bodybuildé, truffé de stratégie,
construit comme un jeu vidéo et souvent minimaliste dans les intentions,
l’équipe qui souffle la victoire lors du dernier quart d’heure est souvent
celle qui joue le moins au ballon et prend le moins de risques. Comme si
contradiction il y avait entre le volume de jeu produit et le score final.

A l’exception du formidable match Irlande/Galles qui s’est
disputé à l’ancienne, dans une débauche d’énergie et de cavalcades, les autres
rencontres aperçues il y a huit jours ont célébré la victoire des barbelés à
l’anglaise ou de la ligne Maginot à la française sur le jeu à mille passes des
Ecossais ou celui à une passe des Italiens.

A ce petit jeu là, qui n’a plus rien d’un jeu, ce sont
précisément les équipes produisant le moins de jeu qui gagnent le plus souvent.
Avec pour toute stratégie, la défense et le contre. Mention spéciale aux
nouveaux Bleus "made in Saint André", qui ont su marquer quatre
essais sans en encaisser un seul et sans forcer leur talent, si talent il y a.

Demain, en nocturne dans un Stade de France frigorifié, on
peut craindre que le volume de jeu reste lui aussi au congélateur. Du moins du
coté des Bleus. Car chez les verts Irlandais, éternels cocus de l’attaque à
outrance, les lancements de jeu sont depuis des lustres une marque de fabrique.
De même que les chandelles et les quinze dernières minutes de folie.

Tout oppose les équipes de France et d’Irlande. Le style, le
standing et la joie. C’est demain vers 23 heures qu’on saura si, comme disent
les gamins, "souffler n’est pas jouer" ou si plus exactement "jouer n’est pas gagner" ce qui, admettons-le serait légèrement
déprimant pour les amoureux du rugby.