Quand la Chine était rouge

Photos, photographes par Pascal Delannoy samedi 18 août 2012

On peut
tout dire avec des images, et on peut parfaitement mentir. En voilà la
preuve : c'est un travail de propagande qui nous est proposé. Il est signé
Weng Naiqiang. Lui est de bonne foi, si l'on peut dire, il est fasciné par ce
mouvement qui semble irréversible, mais l'amour, c'est bien connu, rend
aveugle.

Il ne
saisit pas, il ne comprend pas que c'est une tragédie qui a commencé.

"Rouge
de Chine
". Cette couleur est omniprésente. C'est même celle des tracteurs
dans les champs. Là nous sommes dans une ferme qui porte le nom romantique des
"sept étoiles".

Les jeunes
instruits comme on les appelle ont quitté la ville pour apporter leur aide aux
paysans.

Tout est
fait pour rendre la révolution incontournable. Les trains deviennent gratuits, voilà
comment les gardes rouges peuvent voyager partout. Cela a même un nom :
c'est " le grand mélange ".

Dans un
wagon justement tout le monde est debout faute de place. Un meneur fait scander
des passages du petit Livre Rouge. Les livres en question restent d'ailleurs
fermés. Il s'agit de bien montrer qu'on a appris, retenu la bonne parole et
qu'à présent on peut la répéter à l'infini.

Les
collèges et lycées sont fermés. On est passé aux travaux pratiques. Beaucoup d'anciens
soldats refont la Longue Marche de 1935, quand Mao a mené un combat victorieux
contre les nationalistes.

Mao dont le
visage est omniprésent. Et quand on ne voit pas son effigie, on sent
parfaitement qu'il est au centre de toutes les conversations.

Dans cette
Chine tout devient révolutionnaire. Au diable les berceuses, les enfants les
plus petits doivent entonner les chants révolutionnaires.

C'est le
règne de toutes les surveillances. Il y a par exemple cette scène à la
campagne. C'est le soir. Devant des greniers à blé chacun doit dire ce qu'il a
fait dans la journée puis annoncer quel record il compte atteindre le
lendemain.

Extraordinaire
regard sur ces années de dictature. Monsieur Weng, le photographe a aujourd'hui
76 ans. Il habite à Pékin. Difficile de vraiment comprendre comment il juge ces
dix années qui ont vu la Chine se refermer sur elle-même.

"Rouge
de Chine
" est à retrouver dans le Numéro 3 de la Revue 6 Mois. La semaine
prochaine direction la Sibérie pour partager les jolis rêves d'une petite
fille.