Signac au fil de l'eau à Giverny

Noeud emission temporaire pour le nid source 907 par Jean-Baptiste Urbain vendredi 5 avril 2013
Signac au fil de l'eau à Giverny
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Pour bien comprendre Paul Signac, il faut prendre du recul sur son oeuvre. Conseil valable au propre comme au figuré.

En effet, les tableaux néo-impressionnistes de cet amoureux de la mer, pointillistes comme il est de coutume de les qualifier, ne prennent tout leur sens qu'à une certaine distance. C'est au visiteur de faire la "mise au point", d'associer les couleurs entre elles pour donner corps au tableau.

Le technique des points découle directement des impressionnistes. Avant d'en devenir l'un des inventeurs, Paul Signac fut un immense admirateur de Claude Monet. C'est sur les traces du maître qu'il peint ses premières toiles.

Port-en-Bessin. Le Catel, 1884

Port-en-Bessin. Le Catel, 1884 © Tous droits réservés

Mais déjà, au début des années 1880, Signac montre de véritables talents de coloriste. Il ne se satisfait pas de l'harmonie, des effets de lumière qui se dégagent de ses premiers travaux. Il veut aller plus loin.

Au côté de son compère Georges Seurat rencontré en 1884, il s'intéresse alors aux théories scientifiques sur la perception des couleurs, portées notamment à l'époque par Eugène Chevreul, dont les travaux déterminants sont détaillés dans l'exposition. Les cercles chromatiques vont très vite trouver écho dans la création artistique.

Ainsi, Seurat va reprendre entièrement Un dimanche après-midi sur l'île de la Grande Jatte pour y appliquer pour la première fois la théorie du mélange optique. Que dit-elle? Que c'est à l'oeil du spectateur, à distance, de recomposer les couleurs, les tons. Le néo-impressionnisme est né.

Dès lors, Signac signe une première série dans le sillage de son ami. Les Andelys est caractéristique du tournant qu'a pris son art. Les couleurs sont décomposées, séparées, de petites touches de pinceau font leur apparition. Et c'est en effet à distance que l'ensemble du tableau offre toute sa magie.

Herblay. Coucher de soleil. Opus 206, 1889

Herblay. Coucher de soleil. Opus 206, 1889 © CSG CIC Glasgow Museums Collection

Tout au long de sa vie, Signac s'intéressera presque exclusivement à la mer, aux bords de Seine, aux grands ports européens. Des lieux on ne peut plus propices pour mettre en lumière son art, car dans le reflet de l'eau que les paysages sont naturellement "décomposés".

L'exposition montre d'ailleurs, dans sa dernière partie, combien le peintre tomba amoureux de Saint-Tropez, où il devint propriétaire d'une villa. Là, il peint la Bouée Rouge ou encore Voiles et pins, et l'on découvre dans ses oeuvres plus tardives une autre évolution : une sorte de second néo-impressionnisme, caractérisée par davantage d'abstraction, davantage de couleurs, et un léger retour aux fondamentaux de l'impressionnisme. Le point, lui, devient presque "mosaïqué".

La Bouée rouge, Saint-Tropez, 1895

La Bouée rouge, Saint-Tropez, 1895 © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

Signac est alors au sommet de son art, il peut se permettre de se prendre ses aises avec les paysages qu'il peint.  Il montre également, l'exposition en témoigne au travers de nombreuses oeuvres, un immense talent d'aquarelliste.

Trait d'union entre impressionnisme et fauvisme, Signac est aussi un théoricien : d'Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, sorte de manifeste du pointillisme, sera lu par de très nombreux artistes. Qu'il contribuera d'ailleurs à faire connaître, en les accueillant chez lui à Saint-Tropez (Matisse par exemple), ou bien à la tête de la Société des artistes Indépendants.

Signac, les couleurs de l'eau, exposition au musée des impressionnismes de Giverny, jusqu'au 2 juillet.

Renseignements 02 32 51 94 65