Misia, Reine de Paris, au Musée d'Orsay

Noeud emission temporaire pour le nid source 907 par Claire Baudéan mercredi 20 juin 2012
Misia, Reine de Paris, au Musée d'Orsay

 Misia, une jeune polonaise née sous le nom de Godebska en 1872, est morte dans la solitude, dépendante à la morphine et presque aveugle en 1950. Misia, amie de Coco Chanel et de Diaghilev, dont l'histoire ne retiendra que le prénom et dont la vie sentimentale et sociale a fait naitre la légende : 3 mariages, 3 divorces, amour castagnettes et tango, résume en pirouette l'une des salles de l'exposition en évoquant le nombre de têtes célèbres que fit tourner la belle jeune femme, pianiste au jeu puissant : Vuillard, Bonnard, Vallotton, Renoir, Toulouse-Lautrec, mais aussi Satie, Debussy, Ravel, Stravinsky, Poulenc.Tous ont évoqué son insolente beauté mais aussi la cruauté de son regard et de ses dédains.

Peintures, photographies, aquarelles, sculptures, objets d'art, costumes de scènes et maquettes de décor, l'exposition scénographiée dans un duo de couleurs cassis et parme, montre combien cette fée verte mais aussi panthère sanguinaire selon les mots de Guy Cogeval, président du musée parisien, sut inspirer les créateurs. Elle excitait le génie comme certains rois savent fabriquer des vainqueurs, rien que par la vibration de son être, décrypte l'écrivain Paul Morand. L'exposition évoque la musicienne, la muse, la mécène et l'amoureuse. Elève de Fauré, Misia est souvent représentée en train de jouer du piano. Un premier mariage en 1893 avec Thadée Natanson, directeur de la Revue Blanche la propulse dans la brillante avant-garde parisienne. En 1905, elle épouse un magnat de la presse, Alfred Edwards, fondateur du Matin. C'est la grande époque des Ballets Russes, celle de la création de Parade,  premier ballet moderne qui fit scandale. Misia impose ses goûts, distribue admiration et antipathie. Celle que Coco Chanel surnommait Madame Verdurinska, en hommage à Proust, rencontre en 1908 son troisième et futur époux, le peintre et décorateur d'origine catalane, José Maria Sert, star de l'art au début du XXè siècle, dont on peut découvrir les peintures en ce moment même au Musée du Petit Palais en face du musée d'Orsay.

Chapeaux à fleurs, robes soyeuses, appartements décorés avec goût, bijoux, la vie romanesque de la belle Misia est évoquée jusqu'au 9 septembre à Paris avant le musée Bonnard au Cannet à l'automne. L'un des plus troublants tableaux est certainement celui de l'amoureux Vuillard peignant la nuque de Misia et sa chevelure relevée en chignon dans un format cinémascope érotique et saisissant à l'entrée de l'exposition.