EDF et le nucléaire : Proglio patron voyou ?

La revue de presse par Jean-Christophe Martin mercredi 13 février 2013
EDF et le nucléaire : Proglio patron voyou ?

Avec d'abord l'histoire ordinaire d'un travailleur du nucléaire...

On va l'appeler Eric. Son histoire est racontée par le Canard Enchaîné. Deux jours après avoir appris qu'il était atteint d'un lymphome, une forme de cancer, il est licencié par son employeur, un sous-traitant d'EDF, qui l'envoyait travailler dans les réacteurs nucléaires un peu partout en France, au gré des contrats.

Eric a un défaut : il est consciencieux. A force d'attirer l'attention sur des dysfonctionnements et des défauts de maintenance qui lui semblent inquiétants sur les sites nucléaires, au lieu d'être écouté, il est viré.

Il a un cancer, mais pas de chance, son ex-employeur a "perdu" - perdu entre-guillemets - son dosimètre, cet appareil qui mesure tout au long de sa carrière la somme des radiations subies par un ouvrier du nucléaire. C'est vraiment malheureux, et ce n'est pas si rare selon le Canard, malheureux, car faute de dosimètre, impossible d'évaluer exactement la prise de risque du salarié, et le lien éventuel avec son cancer.

Une histoire ordinaire, elle illustre une situation qui irait bien au-delà du cas de cet ouvrier du nucléaire...

"Proglio accusé d'être un patron voyou" titre le Canard Enchaîné. Explication : le 24 janvier, Henri Proglio, le PDG d'EDF, reçoit un courrier de l'ASN. Dans ce courrier, l'Autorité de sûreté nucléaire menace l'électricien en chef de poursuites pénales pour sa gestion du personnel dans les centrales nucléaires. Il est accusé dans cette lettre de "prêt de main d'oeuvre à but lucratif" et de "travail dissimulé". Comme n'importe quel margoulin du BTP souligne encore le Canard.

Officiellement, EDF parle de "sous-traitance". Courrier de l'ASN à l'appui, le Canard traduit en langage courant : "combine".  Une combine simple : des entreprises complaisantes mettent à disposition d'EDF leurs personnels, employés par EDF sans le statut maison. Adieu les bons salaires, l'ancienneté, les primes et les avantages variés.

Le Canard précise encore que dans ses bilans financiers, EDF classe ce personnel sous la rubrique "Fourniture", au même titre qu'une vulgaire prise électrique.

Des fournitures au bord de la crise de nerfs : face aux cadences et au stress du travail en milieu nucléaire, le risque d'épuisement psychologique guette dans les centrales toujours selon le Canard. D'ailleurs le comité d'hygiène et de sécurité a tiré le signal d'alarme tout récemment en déposant un "droit d'alerte pour danger grave et imminent".

De son côté, l'Autorité de sûreté nucléaire demande à EDF de mettre de l'ordre dans ses centrales en "ré-internalisant" des missions confiées à de faux sous-traitants.

La justice aura de toute façon son mot à dire : l'ASN a transmis ses procès-verbaux aux procureurs de Cherbourg, Dieppe et Rouen. En théorie, pour manquements au droit du travail, EDF risque 250 000 euros d'amende et son PDG 3 ans de prison. En théorie...

Toujours en feuilletant la presse, on découvre aussi comment quelques hommes déterminés ont pu sauver les fameux manuscrits de Tombouctou...

Des manuscrits précieux, irremplaçables, conservés depuis des siècles, qui font la renommée de Tombouctou, perle du désert... On y trouve des textes religieux, mais aussi des poèmes, des récits, des traités d'astronomie, de médecine ou de mathématiques. Ces manuscrits, on les a cru perdus quand les islamistes occupaient la ville avant l'intervention française. Nicolas Delesalle raconte dans Télérama comment ce trésor a été finalement sauvé de la bêtise et de l'ignorance des djihadistes qui menaçaient de tout brûler.

Télérama - du 16au 22 février 2013 

Des image ont fait le tour du monde : les cendres des manuscrits incendiés avant leur départ par les djihadistes. C'était un leurre, quelques centaines de textes laissés sur place pour donner le change.
Le vrai trésor était ailleurs. D'abord, le propriétaire d'une bibliothèque avait pris les devants en faisant creuser un bunker bétonné où reposent toujours trente grosses cantines en métal remplis de milliers de parchemins, dont les plus rares remontent au XIème siècle.

Pour les autres manuscrits, quand la menace s'est précisée, des habitants de la ville ont décidé de tout mettre à l'abri. Un peu comme à Paris on avait déménagé les trésors du Louvre pour les mettre à l'abri des appétits nazis pendant la Seconde guerre mondiale.

A Tombouctou, occupée par les islamistes, c'est une petite armée des ombres qui s'est mise en action à l'été dernier. Des milliers de ces manuscrits ont été cachés dans des boîtes de médicaments ou des sacs de riz et transportés par petits lots vers Bamako ou vers le Burkina Faso, en camion, sur des vieux deux roues déglingués, en pirogue ou même à dos d'âne.

Tous ceux qui trempent dans le complot des manuscrits savent que s'ils sont pris, ils risquent l'amputation. Ils ne seront pas pris : en deux semaines, le trésor de Tombouctou a quitté la ville. Au nez et à la barbe des djihadistes. Récit à lire dans Télérama.