Déco : Cap sur l'Italie !

Noeud emission temporaire pour le nid source 459 par Olivia Ferrandi dimanche 10 juin 2012
Déco : Cap sur l'Italie !
©

1955-1960 :
C'est à cette époque qu'apparait le design en Italie. L'idée est alors de
rationnaliser l'objet au maximum, de lui donner une forme qui correspond
exactement à son usage. Autrement dit, pas de fioriture, pas d'extravagance, on
s'en tient à l'essentiel. C'est
l'époque de Gio Ponti et de sa chaise ultra légère, la  "Superleggera". 

Chaise Superleggera, Gio Ponti. © Droits Réservés, Cassina.

Les lignes sont pures. On dirait presque quelques traits,
tracés à la volée. Mais qu'on ne s'y trompe pas : malgré sa fragilité
apparente, elle est très solide. L'ingéniosité du mécanisme est une priorité
pour le designer de l'époque, qui a réussi à inventer un système presque
invisible pour fixer le dossier, l'assise et les pieds de cette chaise en frêne.
C'est là tout son génie !

On trouve encore cette chaise sur ce site, ou dans les
salles des ventes, mais en cherchant
bien sur ebay vous pourrez en trouver quelques unes à des prix bien moins
élevés !  

Au fur et à mesure des décennies, le design italien, toujours
précurseur, a évolué, abandonnant les 
formes essentielles, pour la
fantaisie de l'univers du rêve
avec Alessandro Mendini et ses fauteuils aux volutes presque
baroques, ou Ettoré Sottsass  et ses bibliothèques avec mille et une
étagères, ses commodes aux multiples tiroirs...

Bibliothèque Carlton, Ettore Sottsass © Droits Réservés/ Memphis Milano.

Et aujourd'hui ?
Que cherchent les designers italiens ? Eh bien, avant tout à correspondre à VOTRE univers ! C'est (presque) un comble ! Ils
travaillent les meubles pour qu'ils s'intègrent dans l'univers d'un célibataire
de 25 ans, d'un couple de 35 avec ou sans enfant, d'une famille qui vit à la
campagne... Et oui ! Ils travaillent votre profil psychologique et vous proposent
des meubles, qui vous conviendront, presque inconsciemment !  (Une technique aussi utilisée dans certaines
grandes surfaces de meubles désormais...)

Des meubles qui savent aussi s'adapter à vos envies : à partir d'un système d'étagères il
est possible de meubler tout un appartement ! A vous...d'inventer la vie qui
va avec ! Etagères pour livres, pour CD, qui se prolongent dans la cuisine
sous la forme d'une crédence, puis sous la fenêtre, recouverte de coussins sous
la forme d'une banquette ! Le
designer crée un outil, à vous de l'adapter à votre intérieur,
de vous
l'approprier !

Etagères...version jardin! Yuu Garden. © Droits Réservés / AAV.

Le design a le vent en poupe, le marché est florissant  et une clientèle beaucoup plus jeune s'y
intéresse, sans pour autant être richissime. Disons qu'après quelques décennies
de meubles en kit, il y a une envie de belles choses, de meubles qui durent, et
qui soient atypiques. De là, à remeubler
toute sa maison avec du design ....   

Mais pourquoi pas, juste sa cuisine ? Juste un objet archi design, rutilant,
posé sur un coin de table, l'air de rien et qui donnera à votre cuisine tout
son cachet ?  Oui ? Eh bien, je
vous conseille cette version de la  cafetière
italienne (ou napolitaine, les puristes apprécieront) redessinée par les
designers Riccardo Dalisi et Aldo Rossi (voir photos ci-dessous).

La cafetière, par Aldo Rossi. © Droits Réservés/ Alessi

Evidemment là, on ne parle pas d'une vulgaire cafetière
électrique ou d'une prétentieuse machine à expresso ! Non, il s'agit de LA cafetière italienne, celle que l'on
pose sur le gaz. Le modèle traditionnel  est en  aluminium, en trois parties
(réservoir pour l'eau et filtre en bas, puis partie haute où s'écoule le café).
Le modèle napolitain est un peu plus complexe, puisqu'il faut retourner la
cafetière pour que le café passe. Mais
dans les deux cas, l'arôme du café n'a .... strictement rien à voir avec ce que
l'on connait ! Et les deux cafetières design de Dalisi et Rossi sont aussi
fines et élégantes que le café est bon !

La cafetière par Riccardo Dalisi. © Droits Réservés/Alessi.

Si vous avez envie de vous lancer dans du café à
l'italienne, voici quelques conseils : ne prenez pas un modèle trop petit,
sinon, votre cafetière ne tiendra pas sur les brûleurs de la gazinière, les
grilles du dessus sont trop écartées ! En Italie, on vend de petits
adaptateurs pour poser sur nos gazinières françaises (environ 3€ les deux, à
trouver dans les drogueries/quincailleries italiennes "ferramenta"  ou
dans une boutique située place du Palais Farnèse à Rome juste à gauche de
l'ambassade de France). Et avant toute utilisation, je vous conseille un
passage par ce site !

Tout cela, pour dire que la cafetière est une icône en Italie ! Toutes les familles en
possèdent, c'est l'objet incontournable de la maison. Mais au-delà du plaisir
de déguster ce café, il y a l'art de
recevoir
autour d'un repas. On ne prend pas le thé en Italie, on prend le
temps ! Le temps de manger, de discuter ... d'où l'importance de la cuisine
et du salon dans les maisons.

Cette convivialité, on la retrouve aussi à l'extérieur des maisons : dans
cet espace situé entre la rue et l'intérieur du logis. Toutes les maisons
italiennes en ont un. C'est une loggia dans le Nord, un portique à Bologne, un
portique avec une vigne, voire une petite placette dans les maisons de Campanie
(autour de Naples) comme l'atrium des maisons romaines de l'Antiquité !

Terrasses à Rome. © Olivia Ferrandi.

Chaque ville possède
également son atmosphère
, sa couleur, héritée d'une tradition séculaire.
Rome, Naples, Modène, étaient très puissantes avant l'unité italienne des
années 1860. Chacune avait son palais, centre de pouvoir. Chacune se
différenciait aussi, par son style d'architecture. A Rome : de l'ocre, du jaune, du rouge brique un
peu passé, sur les façades des immeubles, on en voit encore la trace
aujourd'hui. La pierre volcanique du
Vésuve et de l'Etna servait à recouvrir les maisons de Naples et de Palerme,
construites en tuf.

L'art... au coin de la rue à Rome ! © Olivia Ferrandi.

Et puis, chaque ville avait ses artisans, ses tapissiers,
ses menuisiers... Elles étaient rivales, leurs artisans aussi. Chacun cherchait
une meilleure technique, une plus belle couleur, de plus nobles matières... Cette
émulation a duré des siècles. Au XVIIIè, la concurrence des Gobelins à Paris, a encore accentué un
peu plus ce phénomène. On recherche
l'excellence.

Aujourd'hui encore, les artisans, les designers italiens
gardent toujours un degré d'exigence
très élevé. D'ailleurs, ne dit on pas de l'Italie que c'est le pays de
l'élégance et du raffinement ?

Avec la complicité Augusto Antonio Viola,Designer italien, installé à Paris et enseignant à la
Sorbonne.