Vertigineuse "Triennale" de l'art au Palais de Tokyo à Paris

Noeud emission temporaire pour le nid source 401 par Claire Baudéan samedi 21 avril 2012

Jean
de Loisy, commissaire des fameuses expositions La Beauté à Avignon en 2000 ou des Maîtres du désordre, en ce moment au musée du Quai Branly,  est le nouveau capitaine du paquebot Palais de Tokyo, avenue du
Président Wilson à Paris, avec son architecture intérieure brute de décoffrage
qui est passée de 7 000 à 22 000m2 et l’ouverture en sous-sol des espaces
de l’ancienne école de cinéma La Fémis. On peut aussi désormais profiter de la
lumière qui entre dans les espaces du lieu qui s’ouvrent sur le fleuve parisien la Seine.

C'est une
réussite même si les plus grincheux se plaignent de l’aspect friche de
Berlin
de ce vaste territoire. Sa réouverture saluée en avant- première la
semaine dernière par 30 000 visiteurs, et depuis hier par plusieurs autres
milliers de curieux,  met un sérieux
bémol aux controverses qui ont marqué son histoire depuis sa création il y a 10
ans en 2002. Cette Triennale à visiter absolument jusqu’au 26 août, témoigne de la
richesse et de la force de l’art à travers 120 créateurs et quelques 1200
œuvres. Jean
de Loisy et les commissaires de cette grand-messe artistique, ils sont cinq, Okui Enwezor, commissaire général, entouré de Mélanie Bouteloup, Abdellah Karroum, Emilie Renard, Claire Staebler, ont
choisi pour thème l’Intense Proximité ou plus concrètement la culture des
autres.

Paris, avec la réouverture de ce lieu pour l’art contemporain, renforce sa
place sur la scène internationale. Après la remontée en force de la Fiac ces dernières années, de Paris Photo, et
le goût marqué du public pour toutes les expos et les galeries d’art
contemporain, le Palais de Tokyo associé 
à des lieux du Grand Paris comme Ivry, Aubervilliers, Montreuil, mais
aussi le musée de la mode Galliera de l’autre côté de l’avenue Wilson, le musée
du Louvre et le Grand Palais au cœur de la capitale, unissent leurs moyens pour
faire de cet événement, une sorte de préfiguration du Grand Paris de la
Culture. On peut enfin dire que la rencontre avec l’art d’aujourd’hui c’est possible
pour tous. Le lieu n’est pas arrogant, les œuvres sont présentées simplement, il
invite à la déambulation, c’est gratuit pour les moins de 18 ans et l’entrée
est de 8 euros si on veut tout visiter, le prix d’une place de cinéma, mais la
moitié de la surface et des expos est gratuite en permanence.

La Triennale est le lieu de la découverte. C’est
un vrai voyage, une immersion, une orgie visuelle, attention à
l’overdose, il y a des œuvres partout sur trois niveaux, des terribles comme la vidéo violente de six minutes de Thomas Hirschorn, des frontales et politiques comme la salle des
filles prostituées d’Amsterdam de Jean-Luc Moulène, des merveilleuses comme l’installation
d’Annette Messager, des artistes roumains, allemands, africains, brésiliens, américains,
italiens mais aussi des philosophes, cinéates, écrivains. Nos coups de cœur
vont à l’italienne Carol Rama, 94 ans depuis trois jours, elle a reçu un Lion d’Or
à la Biennale de Venise pour sa carrière en 2003, mais aussi au photographe allemand
Thomas Struth, au sud-africain Guy Tillim, au peintre allemand Michael Buthe.

Ce qui ressort de cette culture des autres, de
ces chemins hors piste, où de grands noms du XXè siècle comme l’anthropologue Claude
Levi Strauss et le photographe américain Walker Evans côtoient la plus jeune création, c’est
le retour de la figure humaine. C’est l’idée sous-jacente du commissaire général new-yorkais Okui Enwezor, d’origine nigériane, de la tribu des Eboes : "Je
n’ai pas cessé de penser, pendant la préparation de l’exposition, que le
discours sur l’image, en particulier sur l’image photographique au Nigéria, est
pour moi tout à fait remarquable chez les Eboes. Quand quelqu’un meurt au
Nigéria, on tourne la photo de cette personne face au mur. C’est seulement quand
le corps est enterré, que l’on peut remontrer le visage. Le portrait, la photo est retournée à nouveau
et fait face aux vivants. Je pense que cette réémergence de la figure, cette
métaphore, ce discours sur l’image en photographie, sur la représentation
du corps invisible, c’est une thématique qui est quelque peu développée dans cette Triennale."

La
Triennale un grand rendez-vous à Paris
pour le public et les artistes dans le
Palais de Tokyo agrandi et rénové. Une exposition à découvrir jusqu’au 26 août.
Ouverture tous les jours sauf le mardi de midi à minuit.

Ecouter Okwui Enwezor, le commissaire général de la  Triennale devant l'oeuvre monumentale de l'artiste El Anatsui du Ghana, qui recouvre toute la façade du musée de la mode            
 

Okwui Enwezo Triennale de l'art palais de tokyo - SORTIR ECOUTER VOIR

Ecouter le directeur du Palais de Tokyo Jean de Loisy
 

Triennale de l'art palais de tokyo jean de Loisy - SORTIR ECOUTER VOIR

Ecouter Claire Staebler, l'un des cinq commissaires de la Triennale Intense Proximité
 

claire Staebler Triennale de l'art palais de tokyo - SORTIR ECOUTER VOIR