Et si l'entreprise devenait bienveillante avec ses salariés ?

Modes de vie lundi 12 novembre 2012

Avec
Anne Laure
Gannac de
Psychologies Magazine.

Ca peut sembler
déplacé a
priori. Parce
que ce
mot de
gentillesse, il
a une
tonalité un
peu naïve,
infantile. Etre
gentil au
travail, on
s'imagine que
cela veut
dire être
obéissant, être
sage, se
soumettre à
l'autorité patronale
comme le
petit enfant
se soumet
gentiment à
celle de
ses parents...
Mais ce
n'est évidemment
pas de
ça dont
on veut
parler ici.
La gentillesse, c'est tout simplement une
qualité appréciée dans
la relation
entre individus. Et
ça, oui,
ce devrait
être un fondement
de la
vie au
travail, aussi.
On peut
y parler
de compétitivité, d'efficacité, mais
sans que
cela empêche
-au contraire !-, d'y développer
une bienveillance
des employeurs
à l'égard
des employés,
des employés
entre eux
et à
l'égard de
leur entreprise.
Notamment pour lutter contre ce qu'on appelle " la souffrance au
travail " et dont on connaît les conséquences parfois dramatiques, de la
dépression au suicide.

De quoi dépend
cette bienveillance en
entreprise ?

On distingue,
en gros,
trois piliers
essentiels :

  1. Donner du
    sens au
    travail de
    chacun.
  2. Développer la
    qualité des
    relations et
    le mieux
    vivre ensemble.
  3. Veiller au
    bien-être
    des individus.

Partant de ces trois principes, toutes sortes d'initiatives sont applicables, comme on le suggère en détails dans un appel que Psychologies Magazine a lancé, l'an dernier, avec le réseau Entrepreneurs d'avenir, et que chacun peut trouver sur notre site et dans le magazine. Et y adhérer ! Le faire admettre par l'entreprise comme une charte.

Vous dites "Veiller
au bien-être des
individus". Ca passe
par quoi, par
exemple ?

Les initiatives sont
variées : salles
de jeux,
salles de
sport, jardins
partagés... On
a notamment
un entrepreneur
qui nous
raconte comment
il a
aménagé un
poulailler et
un potager,
pour dit-il
"s'occuper de
la terre
pendant les
pauses et
ne pas
être toute
la journée
devant son
ordinateur". Pour
d'autres, cela
passera par
la volonté
d'améliorer le
cadre de
travail, en
proposant des
espaces lumineux,
un matériel
ergonomique. D'autres
qui aident
à faciliter
l'équilibre entre
vie professionnelle et vie
privée, avec
des horaires
aménagés, du
télétravail.

L'autre chose, c'est
de fixer
des règles
de comportements : en interdisant
l'usage de
portables en
réunion, en
interdisant l'envoi
de mails
professionnels en
soirée et
le week-end.
En s'engageant
à ne
pas juger
ceux qui
partent tôt
(qui sont
souvent ceux
qui arrivent
tôt), ou
encore à
respecter réellement les temps
partiels. Le but,
c'est de
considérer l'individu
non pas seulement
comme une
force de
travail, mais
dans son
intégralité. Ceci
dit, ce
n'est pas
que philanthropique : il en
va du
devoir légal
de l'entreprise
de veiller
à la
protection de
la santé
physique et
psychique de
ses salariés.

Est-ce que ce
n'est pas aussi
donner à l'entreprise
plus de pouvoir
sur les salariés ?
En gérant tous
les aspects de
leur vie, elle
peut, en échange,
leur demander toujours
plus de disponibilité...

C'est vrai que le
risque serait de faire
passer pour
de la
bienveillance ce
qui ne
serait qu'une
volonté d'exercer
un peu
plus de
pression et
d'autorité. Offrir
des massages
ou des
consultations psy
pour faire
oublier la
pression sur
les résultats,
par exemple, on peut
se demander
si c'est
bienveillant. D'où
la nécessité
de discuter
au sein
de l'entreprise
de toutes
ces propositions,
que chacun
y trouve
son véritable
intérêt, ne
se sente
pas manipulé,
mais entendu,
soutenu.

En fait, il s'agit davantage de ces
questions de bien-être au sein de l'entreprise, c'est cela ?

C'est l'une des
clés : communiquer,
encourager la
création des
liens, à
toutes les
échelles. Sans
quoi, il
n'y aura
pas de
changement de
fond des
comportements ; on
ne devient
pas attentif
les uns
aux autres
juste par
décret. Il
faut apprendre
à mieux
se connaître,
à se
faire confiance,
à se
parler... Pour
cela, certaines
boîtes proposent
de commencer
la semaine
par des
discussions "hors
boulot", d'autres
suggèrent des formations
à la
communication non
violente ou
des formations
au management
intergénérationnel, pour
aider les
relations entre
les seniors
et les
plus jeunes
employés qui
n'ont pas
forcément les
mêmes codes
de comportement
ou de
langage.

Ca peut sembler
un peu idyllique :
est-ce que ces
initiatives peuvent suffire
pour faire changer
les comportements à long terme ?

Encore faut-il que
les gens
aient envie
de changer.
Et qu'il
en aient
l'occasion : pris
dans le
feu de
l'action, tout
cela peut
rester au
stade de
la bonne
parole. Et
à la
moindre situation
de stress,
chacun va
reprendre ses
mauvaises habitudes.
D'où l'utilité
d'un suivi,
et de
règles fixées,
écrites, auxquelles
on pourra
se référer,
par exemple
en début
de chaque
réunion. Mais
il est
certain que
cela demande
un effort
à tous.
Pour certains,
l'effort d'être
plus chaleureux,
pour d'autres
plus à
l'écoute, ou
à féliciter
plus souvent
leurs collaborateurs. La bienveillance
ne va
pas de
soi, surtout
dans le
cadre professionnel
où la
pression est
forte. Cela
exige un
engagement commun
et individuel.
Et l'idée,
avec cet appel, notamment,
c'est de
proposer un
cadre qui
favorise ces
changements de
comportements par des
prises d'engagement,
sur le
long terme.

Pour plus d'informations, rendez-vous
dans le numéro
de Psychologies Magazine
actuellement en kiosque,
ou sur le
site Psychologies.com, où
vous pourrez notamment
signer cet Appel à plus de bienveillance au
travail
.