"Un réfugié politique touche 700 euros par mois" ?

Le vrai du faux par Antoine Krempf mardi 3 novembre 2015
écouter l’émission disponible jusqu'au 29/07/2018
Pierre Lellouche dit-il vrai sur les aides aux demandeurs d\\\'asile ?
Pierre Lellouche dit-il vrai sur les aides aux demandeurs d'asile ?© Maxppp

Pierre Lellouche, député Les Républicains de Paris, affirme donc qu'un "réfugié politique a le droit à 700 euros par mois et une priorité sur le logement". C'est faux.

Pierre Lellouche mélange beaucoup de choses en une seule phrase... 

D'abord, le terme de "réfugié politique" renvoie à une réalité bien précise, définie par la Convention de Genève. Ce n'est ni le nombre total de migrants qui arrivent en France, ni celui des demandeurs d'asile mais uniquement ceux qui ont obtenu le statut de réfugié : 11.000 personnes l'an dernier en France (14.500 en comptant le statut de la protection subsidiaire).

Sauf que Pierre Lellouche, interrogé par France Info sur sa déclaration, assure qu'il parlait en fait des demandeurs d'asile. Ce qui n'a donc rien à voir puisque sur les 65.000 personnes qui ont déposé un dossier l'an dernier en France, le taux d'obtention du statut se situe entre 15 et 20%.

Et toujours d'après le député de Paris, chacun de ces étrangers bénéficieraient donc de 700 euros par mois et d'un accès prioritaire à un logement. 

Quelle aide financière pour les demandeurs d'asile ? 

Depuis dimanche dernier, une aide unique a remplacé l'allocation temporaire d'attente et l'allocation mensuelle de subsistance. Cette nouvelle aide, l'allocation pour demandeur d'asile, est attribuée aux demandeurs d'asile le temps que leur dossier soit étudié. Son montant dépend des ressources, des conditions d'hébergement et de la taille du foyer.

En l'occurence, les 700 euros par mois avancés par Pierre Lellouche ne sont disponibles qu'aux familles de six personnes hebergées au centre d'accueil. Pour un demandeur d'asile seul, l'allocation s'élève à 200 euros par mois. Le député de Paris exagère donc largement. 

Par ailleurs, il s'agit de la seule aide financière dont peuvent bénéficier les demandeurs d'asile. Ils ne perçoivent ni RSA, ni aides de la CAF et autres prestations sociales. Ces étrangers ne peuvent pas non plus avoir accès au marché du travail pendant les neuf premiers mois de leur présence en France. 

Priorité au logement ? Non. 

Contrairement à ce qu'on l'en entend souvent, les demandeurs d'asile n'ont pas accès au logement social en France. Ils sont obligatoirement orienté vers des structures spécifiques, les Centres d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA).

Ils y sont donc hebergés... lorsqu'il y a de la place. Car la France a une capacité d'accueil très limitée : un parc de 25.000 places avec de nombreux engorgements, en région parisienne notamment. 

S'ils ne peuvent pas être pris en charge dans les Cada, les demandeurs d'asile sont alors orientés vers des dispositifs d'urgence, type 115, vers des hôtels ou chez des proches. D'après un rapport de la Cour des comptes, "moins d'un tiers des demandeurs d'asile est hebergé dans les structures d'accueil spécifiques".

Sources

L'accueil et l'hébergement des demandeurs d'asile, Cour des comptes octobre 2015
Les demandes d'asile en 2014, Ministère de l'Intérieur
Barème de l'allocation pour demandeur d'asile, Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
Guide du demandeur d'asile, Ministère de l'Intérieur, octobre 2015