"Seuls 12% des auteurs de bande dessinée sont des femmes"

Le vrai du faux par Matthieu Mondoloni lundi 11 janvier 2016
écouter l’émission disponible jusqu'au 06/10/2018
Antonin Baudry en 2013 à Angoulême.
Antonin Baudry en 2013 à Angoulême. © Maxppp

Face au tollé provoqué par l’absence de femmes nommées pour son Grand Prix, le Festival de la BD d'Angoulême est accusé de sexisme. Son président s'est défendu en expliquant qu'il n'y avait que 12% de femmes auteures. C'est vrai.

Face aux accusations de sexysme, le président du jury de l'édition 2016 du Festival international de la bande dessinée, qui s'ouvre à Angoulême à la fin du mois, s’est défendu vendredi. Antonin Baudry a expliqué que c'était dû "à une question de génération". "Il n'y a que 12% ou 13% de femmes auteures. Mais c’est en augmentation et il y en a des très très talentueuses. Les femmes qui écrivent maintenant sont des espoirs, et vraiment talentueuses."

Pour être précis, seuls 12,4% des auteurs de bande dessinée sont des femmes. C’est ce qu’indique l’ACBD, l’association des critiques de BD, dans son dernier rapport daté de 2015. En tout, il y a donc 173 femmes sur 1399 auteurs de bande dessinée recensés en 2015. C’est effectivement très peu. Ce qui est moins vrai en revanche, c’est quand Antonin Baudry dit que ce chiffre est en augmentation. Depuis trois ans, le nombre de femmes stagne, voire baisse légèrement dans le 9e art, alors qu’il était en hausse depuis le début des années 2000.

Profession très masculine

La profession reste très masculine Ce qui est très surprenant, car les femmes sont, par ailleurs, majoritaires parmi les étudiants des écoles des Beaux-Arts. Mais il semble qu’elles s’orientent plus naturellement vers d’autres formes d’expression (par exemple l’illustration de livres pour enfants) que vers la bande dessinée proprement dite, rappelle un rapport du Sénat daté de 2013.

Dans ce même rapport de 2013, le Sénat épinglait d'ailleurs déjà le manque de femmes dans le monde de la BD. Et déjà, il était fait mention du Festival international d’Angoulême. Le rapport s’étonne par exemple que deux dessinatrices seulement aient obtenu le Grand prix : Claire Bretecher en 1983 et Florence Cestac en 2000. “L’explosion éditoriale de la BD ne s’est pas traduite par une reconnaissance plus grande laissée aux femmes”, explique Lucie Servin, doctorante en histoire contemporaine et journaliste de bande dessinée.

Paravent historique

Le fait qu’il y ait moins de femmes auteures de BD ne justifient donc pas qu’elles soient moins nommées pour le Grand Prix. Les organisateurs se sont réfugiés derrière un paravent historique, expliquant que ce Grand prix ne récompense que les longues carrières. Sauf que, quand on regarde la liste des nommés initialement publiée, et bien on trouve notamment un auteur de 37 ans. Or des femmes de 37 ans, auteures de BD et “talentueuses” comme le dit Antonin Baudry, il y en a.

D’ailleurs le Festival a annoncé que finalement, il invitait l’ensemble des auteurs de bande dessinée à voter librement pour désigner "comme lauréat.e l’auteur.e de leur choix".